Jeep Commander : espèce menacée
Qui dit Jeep dit véhicule à quatre roues motrices capable de s'aventurer hors des routes. C'est à cette légendaire marque américaine qu'on doit les premiers véhicules tout-terrain à vocation civile; c'est aussi elle qui revendique la paternité du concept des véhicules utilitaires sport, avec le Cherokee (devenu Grand Cherokee depuis). Mais, depuis la disparition du Grand Wagoneer, en 1991, Jeep n'avait plus de VUS grand format pour concurrencer les Chevrolet Tahoe, GMC Yukon, Ford Expedition et Toyota Sequoia. Le Commander est donc venu combler ce trou dans la gamme. Manque de chance, il est arrivé tout juste avant les envolées du prix du pétrole et la crise économique est venue enfoncer le dernier clou. Depuis deux ans, sa mort est annoncée et pourtant, il est toujours là.
Tendance carrée
Pour le design, on ne s'est pas cassé la tête: Jeep et les formes carrées, c'est indissociable, et le Commander a toute la grâce et l'élégance du véhicule militaire. Cela dit, la clientèle cible aime ça, alors... Et puis, le look cubique est à la mode: qu'il suffise de mentionner, outre la quasi-totalité de la gamme Jeep, les Honda Element et Pilot, la Kia Soul et la bien-nommée Nissan Cube. Démodé, le Commander? Au contraire!
Si on peut se questionner (avec raison) sur la pertinence de ces énormes VUS, il faut tout de même préciser que le Commander est moins gros que ses rivaux. Enfin, tout est relatif: avec son gros V8 HEMI, il est aussi lourd que certains d'entre eux.
Si gros et pourtant...
L'habitabilité de ce gros VUS constitue une déception directement proportionnelle à la taille de la bête. Non seulement il faut faire attention de ne pas se cogner la tête en prenant place à l'arrière, mais l'espace pour les jambes est réduit. Quant à la troisième banquette, elle est plus décorative qu'autre chose; parlons plutôt de places d'appoint. Quelqu'un peut-il m'expliquer comment il peut y avoir si peu d'espace dans un véhicule aussi gros? Pourtant, le Commander est plus long (+ 5 cm) et plus haut (+ 10 cm) qu'un Grand Cherokee, et ce dernier, on s'entend, n'est pas un petit format.
Au moins, la banquette médiane est confortable, tout comme les sièges avant, mais ceux-ci offrent bien peu de support latéral. L'habitacle est aussi fort bien insonorisé. Finition et qualité d'assemblage atteignent des sommets; Jeep ne nous a pas habitués à autant de rigueur, c'est même du jamais vu.
Un diesel SVP!
Le plus gros de la famille Jeep emprunte sa plate-forme au Grand Cherokee, avec lequel il partage aussi ses motorisations. Il y en a trois au menu, un V6 et deux V8. Le premier est à proscrire; malgré toute sa bonne volonté, ses 210 chevaux peinent à déplacer cette masse de plus de 2000 kilos. Loin de moi l'idée d'encourager les grosses cylindrées, mais les V8 apparaissent incontournables. Le premier, d'une cylindrée de 4,7 litres, affiche une puissance de 305 chevaux, et ils ne sont pas de trop. Le second, le célèbre V8 HEMI de 5,7 litres, qui tire son nom de ses culasses hémisphériques, pourra s'attaquer aux gros travaux avec ses 357 chevaux et surtout, son couple de 389 lb-pi. Grâce à son système de désactivation des cylindres, il parvient à limiter (un peu) les dégâts en matière de consommation; mais on ne peut que regretter l'absence du V6 3 litres diesel d'origine Mercedes, dont le couple est comparable (376 lb-pi), et la consommation, beaucoup plus raisonnable. Pourquoi le Grand Cherokee y a-t-il droit et pas le Commander? Mystère.
Ces trois moteurs peuvent être jumelés à une robuste boîte automatique à cinq rapports. Robuste, mais néanmoins raffinée, car elle autorise des passages fluides. L'exécution mécanique est d'ailleurs irréprochable dans son ensemble; conçu sous l'ancien régime (DaimlerChrysler), le Commander a pu bénéficier de l'expertise des ingénieurs allemands. Évidemment, un Jeep ne serait pas un Jeep s'il n'avait pas quatre roues motrices; trois systèmes d'entraînement sont offerts (Quadra Trac I et II, et Quadra Drive II). Quel que soit le mode choisi, les capacités hors route des Jeep sont dans une classe à part.
Bonnes surprises
Le freinage a longtemps été un problème chronique chez Chrysler. Ce n'est plus le cas: la pédale est encore un brin spongieuse, mais la réponse est nettement meilleure, et les distances de freinage, plus courtes. En freinage d'urgence, l'avant plonge mais le véhicule garde sa trajectoire. Autre amélioration notable, la direction, qui brille par sa précision et sa rapidité d'exécution.
Ce genre de véhicule, lourd et haut sur pattes, ne peut défier les lois de la physique. Et puis le Commander est un camion, pas une automobile, et il s'assume. Malgré tout, le roulis est fort bien maîtrisé, grâce à un système de contrôle antiroulis, et la tenue de route ne réserve pas de mauvaises surprises, pour autant qu'on garde bien en tête qu'on conduit un gros VUS et non une Ferrari. Le travail des trains roulants est à souligner, car la grande douceur de roulement contribue au confort exceptionnel — c'est écrit en majuscule dans mes notes, tant j'ai été impressionné — de ce VUS.
Conclusion
Comme tous les gros VUS de son espèce (en voie de disparition), le Commander fait figure d'anachronisme, en cette époque de réduction des gaz à effet de serre, sur fond de crise économique et pétrolière. Pour le rendre plus fréquentable, il aurait fallu une motorisation diesel ou hybride; or, le Commander n'offre ni l'une ni l'autre. Dommage, parce que c'est dans l'ensemble un véhicule qui possède de réelles qualités, à commencer par son confort et sa qualité de construction, une rareté chez ce constructeur. À moins que Chrysler ait tout simplement décidé de le laisser mourir de sa belle mort...
***
FICHE TECHNIQUE — JEEP COMMANDER LIMITED
- Moteur: V8 5,7 L
- Puissance: 357 ch
- 0-100 km/h: 7,9 s
- Vitesse maximale: 180 km/h (limitée électroniquement)
- Consommation moyenne: 16 L/100 km
- Échelle de prix: 32 345 $ à 43 845 $
***
Collaborateur du Devoir
Tendance carrée
Pour le design, on ne s'est pas cassé la tête: Jeep et les formes carrées, c'est indissociable, et le Commander a toute la grâce et l'élégance du véhicule militaire. Cela dit, la clientèle cible aime ça, alors... Et puis, le look cubique est à la mode: qu'il suffise de mentionner, outre la quasi-totalité de la gamme Jeep, les Honda Element et Pilot, la Kia Soul et la bien-nommée Nissan Cube. Démodé, le Commander? Au contraire!
Si on peut se questionner (avec raison) sur la pertinence de ces énormes VUS, il faut tout de même préciser que le Commander est moins gros que ses rivaux. Enfin, tout est relatif: avec son gros V8 HEMI, il est aussi lourd que certains d'entre eux.
Si gros et pourtant...
L'habitabilité de ce gros VUS constitue une déception directement proportionnelle à la taille de la bête. Non seulement il faut faire attention de ne pas se cogner la tête en prenant place à l'arrière, mais l'espace pour les jambes est réduit. Quant à la troisième banquette, elle est plus décorative qu'autre chose; parlons plutôt de places d'appoint. Quelqu'un peut-il m'expliquer comment il peut y avoir si peu d'espace dans un véhicule aussi gros? Pourtant, le Commander est plus long (+ 5 cm) et plus haut (+ 10 cm) qu'un Grand Cherokee, et ce dernier, on s'entend, n'est pas un petit format.
Au moins, la banquette médiane est confortable, tout comme les sièges avant, mais ceux-ci offrent bien peu de support latéral. L'habitacle est aussi fort bien insonorisé. Finition et qualité d'assemblage atteignent des sommets; Jeep ne nous a pas habitués à autant de rigueur, c'est même du jamais vu.
Un diesel SVP!
Le plus gros de la famille Jeep emprunte sa plate-forme au Grand Cherokee, avec lequel il partage aussi ses motorisations. Il y en a trois au menu, un V6 et deux V8. Le premier est à proscrire; malgré toute sa bonne volonté, ses 210 chevaux peinent à déplacer cette masse de plus de 2000 kilos. Loin de moi l'idée d'encourager les grosses cylindrées, mais les V8 apparaissent incontournables. Le premier, d'une cylindrée de 4,7 litres, affiche une puissance de 305 chevaux, et ils ne sont pas de trop. Le second, le célèbre V8 HEMI de 5,7 litres, qui tire son nom de ses culasses hémisphériques, pourra s'attaquer aux gros travaux avec ses 357 chevaux et surtout, son couple de 389 lb-pi. Grâce à son système de désactivation des cylindres, il parvient à limiter (un peu) les dégâts en matière de consommation; mais on ne peut que regretter l'absence du V6 3 litres diesel d'origine Mercedes, dont le couple est comparable (376 lb-pi), et la consommation, beaucoup plus raisonnable. Pourquoi le Grand Cherokee y a-t-il droit et pas le Commander? Mystère.
Ces trois moteurs peuvent être jumelés à une robuste boîte automatique à cinq rapports. Robuste, mais néanmoins raffinée, car elle autorise des passages fluides. L'exécution mécanique est d'ailleurs irréprochable dans son ensemble; conçu sous l'ancien régime (DaimlerChrysler), le Commander a pu bénéficier de l'expertise des ingénieurs allemands. Évidemment, un Jeep ne serait pas un Jeep s'il n'avait pas quatre roues motrices; trois systèmes d'entraînement sont offerts (Quadra Trac I et II, et Quadra Drive II). Quel que soit le mode choisi, les capacités hors route des Jeep sont dans une classe à part.
Bonnes surprises
Le freinage a longtemps été un problème chronique chez Chrysler. Ce n'est plus le cas: la pédale est encore un brin spongieuse, mais la réponse est nettement meilleure, et les distances de freinage, plus courtes. En freinage d'urgence, l'avant plonge mais le véhicule garde sa trajectoire. Autre amélioration notable, la direction, qui brille par sa précision et sa rapidité d'exécution.
Ce genre de véhicule, lourd et haut sur pattes, ne peut défier les lois de la physique. Et puis le Commander est un camion, pas une automobile, et il s'assume. Malgré tout, le roulis est fort bien maîtrisé, grâce à un système de contrôle antiroulis, et la tenue de route ne réserve pas de mauvaises surprises, pour autant qu'on garde bien en tête qu'on conduit un gros VUS et non une Ferrari. Le travail des trains roulants est à souligner, car la grande douceur de roulement contribue au confort exceptionnel — c'est écrit en majuscule dans mes notes, tant j'ai été impressionné — de ce VUS.
Conclusion
Comme tous les gros VUS de son espèce (en voie de disparition), le Commander fait figure d'anachronisme, en cette époque de réduction des gaz à effet de serre, sur fond de crise économique et pétrolière. Pour le rendre plus fréquentable, il aurait fallu une motorisation diesel ou hybride; or, le Commander n'offre ni l'une ni l'autre. Dommage, parce que c'est dans l'ensemble un véhicule qui possède de réelles qualités, à commencer par son confort et sa qualité de construction, une rareté chez ce constructeur. À moins que Chrysler ait tout simplement décidé de le laisser mourir de sa belle mort...
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FICHE TECHNIQUE — JEEP COMMANDER LIMITED
- Moteur: V8 5,7 L
- Puissance: 357 ch
- 0-100 km/h: 7,9 s
- Vitesse maximale: 180 km/h (limitée électroniquement)
- Consommation moyenne: 16 L/100 km
- Échelle de prix: 32 345 $ à 43 845 $
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Collaborateur du Devoir
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