Un écran non comestible, des mangeurs pressés et une pub surréelle
C'est l'absurde poussé à l'extrême. Aux États-Unis, un petit moniteur vidéo à cristaux liquides (LCD pour les intimes) est vendu actuellement avec cet avertissement complètement braque: «Ne pas manger cet écran LCD». Ailleurs dans l'univers agricole, un sac de bagues (salement) utilisées pour la castration des animaux de ferme a été mis sur le marché avec une mise en garde tout aussi démente: «Pour usage sur des animaux seulement».
Non. Cela n'est pas une extravagance d'étudiants post-pubères dans une cour de récréation, mais bel et bien de véritables avertissements placés sur de vrais produits de consommation que vient de révéler à la face du monde la Foundation for Fair Civil Justice aux États-Unis.
Depuis 12 ans, l'organisme versé dans la défense des droits civiques, comme son nom l'indique, tient en effet un concours pour traquer la mise en garde la plus farfelue inscrite sur un emballage, le Wacky Warning Labels Contest, comme on dit à Portland, Maine, tout comme à Whicita, Kansas. La liste des gagnants vient d'être dévoilée.
Bien sûr, l'exercice est très amusant. Mais dans les faits, il est animé par la fondation non seulement pour faire rire le monde entier mais surtout pour dénoncer les dérives du système judiciaire américain, qui permet à des consommateurs de poursuivre des compagnies, y compris pour des usages totalement inappropriés de leurs produits.
Et le pire, c'est qu'ils obtiennent souvent gain de cause. Ce délire collectif a fait naître un florilège de mises en garde débiles et qui, pour l'organisme derrière cette course à la bêtise, finit par coûter cher à tout le monde en engraissant au passage des cabinets d'avocats.
Ces cabinets n'auront d'ailleurs pas la chance d'amener devant les tribunaux Convenient Sports International, distributeur d'accessoires pour la chasse et les activités de plein air. L'entreprise remporte en effet le premier prix cette année pour un petit bijou d'inutilité baptisé The Original Off-Road Commode.
Éclairage sur le produit: il s'agit d'une simple lunette de toilettes portables qui se fixe sur le système de boule amovible de son véhicule sport — la chose qui sert à accrocher une remorque. Objectif: permettre au chasseur-campeur de se délester, confortablement assis sur un semblant de siège de toilettes, tout en profitant des charmes de la nature. La compagnie précise toutefois que ce produit «ne doit pas être utilisé sur un véhicule en mouvement». Le célèbre comique britannique Benny Hill n'aurait pas pu imaginer mieux.
Pas de doute. La peur de la poursuite rend les vendeurs de biens de consommation un peu cons aux États-Unis. Et elle les fait parfois sombrer aussi dans les abysses de la crétinerie.
Une autre preuve: une compagnie qui fabrique un produit servant à éradiquer les verrues plantaires indique sur la boîte: «Ne pas utiliser si vous ne voyez pas suffisamment pour lire les informations de cette notice.» On aurait envie de répéter la mise en garde pour souligner son absurdité. Mais ce n'est pas vraiment nécessaire.
***
Dur pour les bons vivants du Canada qui se croyaient sur la bonne voie de convaincre leurs contemporains de se plier à leur art de vivre. Nourriture et plaisir ne font pas forcément bon ménage ici, où les foyers consacrent finalement moins de temps pour s'alimenter... qu'aux États-Unis, mais aussi qu'en Norvège et en Grande-Bretagne. Et ça, c'est l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui le dit.
Après avoir passé au crible le temps des loisirs dans 18 pays, l'organisme international est catégorique. Les Canadiens consacrent en moyenne 70 minutes par jour pour s'alimenter et s'abreuver, indique l'OCDE dans son dernier Panorama de la société, une étude qui explore les tendances et politiques sociales dans plusieurs pays.
Avec 14 minutes en moyenne consacrées à chacun des trois repas et deux pauses-café, le Canada semble donc pas trop intéressé à prendre le temps de bien s'alimenter, préférant expédier cette activité avant de passer à autre chose. Les promoteurs du mouvement Slow Food ont finalement bien du pain sur la planche.
Expéditifs, les Canadiens le sont sans aucun doute, un peu moins certes que les Mexicains qui, selon l'OCDE, consacrent le moins de temps à leur alimentation, mais ils le sont certainement plus que les Français, les Italiens, les Coréens ou les Australiens qui, avec des temps alimentaires qui varient de 95 à 140 minutes par jour, semblent être effectivement les plus grands des bons vivants de la planète. Pour le moment.
***
Retour au début: l'absurde est de mise aux États-Unis avec la ribambelle d'avertissements loufoques apposés sur des produits. Mais au Québec, c'est dans la publicité que ce n'importe-quoi peut parfois s'exprimer. Et l'annonce pour les cigarettes Du Maurier, présentée dans la livraison de mai du magazine branché NightLife, a certainement été placée à la page 77 pour en témoigner.
Avec un message sans équivoque, «Notre nouvelle image, notre nouvelle approche», le marchand de tabac y présente le nouvel emballage de ses cigarettes, emballage «actualisé» pour «réduire son impact sur l'environnement», peut-on lire.
Là, on marque une petite pause nécessaire pour une précision importante: croix de bois, croix de fer, cette histoire n'est pas une fiction!
Sur papier glacé, Du Maurier décline donc les grands avantages du nouveau paquet de ses clopes, avec «pellicule intérieure maintenant en papier, plus respectueuse de l'environnement», ou encore son «carton répondant aux normes de gestion durable des forêts». C'est écrit comme ça et, bien sûr, après s'être exposé au slogan final, «nos petits pas font la différence», on ne peut, sans surprise d'ailleurs, qu'avoir le souffle coupé.
***
conso@ledevoir.ca
Non. Cela n'est pas une extravagance d'étudiants post-pubères dans une cour de récréation, mais bel et bien de véritables avertissements placés sur de vrais produits de consommation que vient de révéler à la face du monde la Foundation for Fair Civil Justice aux États-Unis.
Depuis 12 ans, l'organisme versé dans la défense des droits civiques, comme son nom l'indique, tient en effet un concours pour traquer la mise en garde la plus farfelue inscrite sur un emballage, le Wacky Warning Labels Contest, comme on dit à Portland, Maine, tout comme à Whicita, Kansas. La liste des gagnants vient d'être dévoilée.
Bien sûr, l'exercice est très amusant. Mais dans les faits, il est animé par la fondation non seulement pour faire rire le monde entier mais surtout pour dénoncer les dérives du système judiciaire américain, qui permet à des consommateurs de poursuivre des compagnies, y compris pour des usages totalement inappropriés de leurs produits.
Et le pire, c'est qu'ils obtiennent souvent gain de cause. Ce délire collectif a fait naître un florilège de mises en garde débiles et qui, pour l'organisme derrière cette course à la bêtise, finit par coûter cher à tout le monde en engraissant au passage des cabinets d'avocats.
Ces cabinets n'auront d'ailleurs pas la chance d'amener devant les tribunaux Convenient Sports International, distributeur d'accessoires pour la chasse et les activités de plein air. L'entreprise remporte en effet le premier prix cette année pour un petit bijou d'inutilité baptisé The Original Off-Road Commode.
Éclairage sur le produit: il s'agit d'une simple lunette de toilettes portables qui se fixe sur le système de boule amovible de son véhicule sport — la chose qui sert à accrocher une remorque. Objectif: permettre au chasseur-campeur de se délester, confortablement assis sur un semblant de siège de toilettes, tout en profitant des charmes de la nature. La compagnie précise toutefois que ce produit «ne doit pas être utilisé sur un véhicule en mouvement». Le célèbre comique britannique Benny Hill n'aurait pas pu imaginer mieux.
Pas de doute. La peur de la poursuite rend les vendeurs de biens de consommation un peu cons aux États-Unis. Et elle les fait parfois sombrer aussi dans les abysses de la crétinerie.
Une autre preuve: une compagnie qui fabrique un produit servant à éradiquer les verrues plantaires indique sur la boîte: «Ne pas utiliser si vous ne voyez pas suffisamment pour lire les informations de cette notice.» On aurait envie de répéter la mise en garde pour souligner son absurdité. Mais ce n'est pas vraiment nécessaire.
***
Dur pour les bons vivants du Canada qui se croyaient sur la bonne voie de convaincre leurs contemporains de se plier à leur art de vivre. Nourriture et plaisir ne font pas forcément bon ménage ici, où les foyers consacrent finalement moins de temps pour s'alimenter... qu'aux États-Unis, mais aussi qu'en Norvège et en Grande-Bretagne. Et ça, c'est l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) qui le dit.
Après avoir passé au crible le temps des loisirs dans 18 pays, l'organisme international est catégorique. Les Canadiens consacrent en moyenne 70 minutes par jour pour s'alimenter et s'abreuver, indique l'OCDE dans son dernier Panorama de la société, une étude qui explore les tendances et politiques sociales dans plusieurs pays.
Avec 14 minutes en moyenne consacrées à chacun des trois repas et deux pauses-café, le Canada semble donc pas trop intéressé à prendre le temps de bien s'alimenter, préférant expédier cette activité avant de passer à autre chose. Les promoteurs du mouvement Slow Food ont finalement bien du pain sur la planche.
Expéditifs, les Canadiens le sont sans aucun doute, un peu moins certes que les Mexicains qui, selon l'OCDE, consacrent le moins de temps à leur alimentation, mais ils le sont certainement plus que les Français, les Italiens, les Coréens ou les Australiens qui, avec des temps alimentaires qui varient de 95 à 140 minutes par jour, semblent être effectivement les plus grands des bons vivants de la planète. Pour le moment.
***
Retour au début: l'absurde est de mise aux États-Unis avec la ribambelle d'avertissements loufoques apposés sur des produits. Mais au Québec, c'est dans la publicité que ce n'importe-quoi peut parfois s'exprimer. Et l'annonce pour les cigarettes Du Maurier, présentée dans la livraison de mai du magazine branché NightLife, a certainement été placée à la page 77 pour en témoigner.
Avec un message sans équivoque, «Notre nouvelle image, notre nouvelle approche», le marchand de tabac y présente le nouvel emballage de ses cigarettes, emballage «actualisé» pour «réduire son impact sur l'environnement», peut-on lire.
Là, on marque une petite pause nécessaire pour une précision importante: croix de bois, croix de fer, cette histoire n'est pas une fiction!
Sur papier glacé, Du Maurier décline donc les grands avantages du nouveau paquet de ses clopes, avec «pellicule intérieure maintenant en papier, plus respectueuse de l'environnement», ou encore son «carton répondant aux normes de gestion durable des forêts». C'est écrit comme ça et, bien sûr, après s'être exposé au slogan final, «nos petits pas font la différence», on ne peut, sans surprise d'ailleurs, qu'avoir le souffle coupé.
***
conso@ledevoir.ca
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

