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    Fouiller Montréal

    Dans le cadre d'une exposition du Centre canadien d'architecture, l'auteure et enseignante Nance Klehm anime un atelier sur le glanage urbain, une façon des plus originales de se nourrir...

    18 avril 2009 |Jérôme Delgado | Consommation
    À une époque où consommation rime avec gaspillage, il ne faut pas se surprendre de voir apparaître des glaneurs et des fouilleurs de poubelles un peu partout. Nance Klehm a développé à Chicago sa culture à elle, basée sur la cueillette de mauvaises herbes et d'autres plantes urbaines méprisées.

    Nance Klehm assure pouvoir marcher toute une journée en quête de denrées alimentaires. Des fruits, des plantes, des herbes médicinales. «Je cherche ce que je mange», dit-elle simplement. Cette femme qui se présente comme auteure, enseignante et conceptrice de systèmes écologiques — «des systèmes de gestion des déchets alimentaires» — pratique le glanage urbain à Chicago depuis 15 ans.

    Elle est à Montréal ces jours-ci pour donner un atelier dans le cadre de l'exposition Actions: comment s'approprier la ville du Centre canadien d'architecture (CCA). Atelier ou collecte de feuilles comestibles qui se terminera par la dégustation d'un repas concocté par la chef Klehm. Au menu: salade, pesto, pâté et thé.

    «Les plantes sauvages ont un goût plus prononcé, avertit-elle. Mais elles sont meilleures pour la digestion.» C'est pour des raisons de santé qu'elle a d'ailleurs adopté ce mode de vie fait de marche et de végétaux.

    Glaneuse de Chicago et artiste, selon les papiers du CCA, Nance Klehm ne veut pas être prise pour une membre active de Freegan, ce mouvement mondial d'anticonsuméristes dont la principale fonction consiste à fouiller les poubelles pour y récupérer tout ce qui est encore mangeable.

    Elle n'est pas membre de Freegan parce qu'elle considère qu'il n'y a rien de gratuit. Tout est question d'échange. Elle ramasse, elle cueille, on consomme, on prend ce que la terre produit. La manière de le faire, c'est le prix à payer.

    «Je fais ça parce que je veux entrer en relation avec la terre qui me soutient. Je veux savoir comment les mauvaises herbes occupent un lieu, comment leurs semences sont transportées par le vent, l'eau ou les oiseaux. Ma santé se nourrit des plantes sauvages, davantage vitales et avec plus de minéraux et de vitamines que les plantes cultivées.»

    Le mot clé du Freegan est «gratuité», alors que dans son cas il s'agit de rapport, de contact, de «relationship», précise-t-elle. Les actions quelque peu clandestines du groupe peuvent se limiter à des gestes individuels, alors que Klehm aime bien l'idée du partage. Partage autant des denrées ou des mets que des connaissances. D'où l'atelier. Ou son rôle de fournisseur. Sur le principe du troc, Klehm dit offrir ses trouvailles à quelques restos de Chicago. Le Lula Café (www.lulacafe.com), qui vante sa cuisine et ses ingrédients artisanaux, serait l'un d'eux. «C'est un resto biologique dont le chef est créatif et ouvert aux expériences», dit-elle.

    Chaque saison a ses produits et notre vie doit en dépendre, dit-elle. Aujourd'hui, pour son atelier montréalais, elle sait à quoi s'attendre: des plants et quelques racines, pas plus. Elle n'improvisera pas; arrivée jeudi, elle aura fait son repérage. Prévoyante, elle a aussi apporté des ingrédients qu'elle sait qu'elle ne trouvera pas à cette période de l'année, ou qu'elle n'aura pas le temps de préparer.

    Il faut dire que Nance Klehm n'est pas une activiste anticonsommation. «Ce serait trop difficile de tout fabriquer soi-même», reconnaît-elle, admettant faire à l'occasion quelques courses. Ce qu'elle achète: du lait et un ou deux péchés, du chocolat et du café.

    Elle ne s'en cache pas, le resto à ciel ouvert et libre-service qu'elle promeut n'offre pas de repas complets. «C'est difficile d'y trouver des protéines et des matières grasses, de se ressourcer en calories.»

    Sa solution, même dans un coin aussi urbain que Chicago, est d'élever de la volaille. Elle ne mange que les oeufs, ses voisins prennent les poulets. «J'habite un quartier d'immigrants. Il y a beaucoup de Mexicains», dit-elle pour décrire son environnement, invitant à imaginer ses matins bercés par les chants de coqs.

    Végétarienne mais capable de cohabiter avec des gens très carnivores, très «simplicité volontaire» mais acceptant les excès des autres, Nance Klehm ne se prend pas pour une prêtresse aveuglée par son dogme. Sa parole, elle la prêche à qui veut bien l'entendre.

    «Je n'agis pas contre la consommation, assure-t-elle. Je ne fais que montrer qu'on peut manger et marcher avec des amis. Je veux rappeler comment cuisiner peut être facile et fascinant.»

    Ce choix de l'alimentation «élémentaire», Nance Klehm l'a développé depuis 15 ans à force de marcher et marcher. «Je veux explorer une ville de manière peu linéaire», dit celle qui, finalement, est une flâneuse avant d'être une glaneuse.

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    Collaborateur du Devoir

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    - Fouiller à Montréal, aujourd'hui, samedi à 14h. Réservations au Centre canadien d'architecture, 514 939-7026.












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