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FibrEthik et Ecoco - Changer le monde... un tee-shirt à la fois !

La culture du coton est l'une des plus polluantes au monde

Émilie Corriveau   18 avril 2009  Consommation
Pour la fabrication de leurs vêtements Ecoco, fournisseur officiel du Jour de la Terre, les soeurs Veilleux ont décidé d’utiliser une fibre de coton biologique satisfaisant aux critères de l’organisme Control Union (SKAL).
Pour la fabrication de leurs vêtements Ecoco, fournisseur officiel du Jour de la Terre, les soeurs Veilleux ont décidé d’utiliser une fibre de coton biologique satisfaisant aux critères de l’organisme Control Union (SKAL).
Chaque année, environ 1,5 milliard de tee-shirts en coton sont vendus en Amérique du Nord. Pour chaque tee-shirt produit, aussi simple et épuré soit-il, on utilise un peu plus de 10 000 litres d'eau et 1,5 litre de pesticides. Il suffit de faire le compte pour s'apercevoir que le coton tel qu'on le connaît est loin d'être aussi naturel qu'on le croyait ...

Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, la consommation de fibres de coton n'a cessé de croître à un rythme moyen de 2 % par année. Bien que la superficie mondiale des cultures n'ait pas considérablement augmenté au cours des 80 dernières années, on estime que le rendement par hectare a pratiquement triplé. Aujourd'hui, pour répondre à la demande, on produit environ 25 millions de tonnes de coton par an à travers le monde, une plante dont la culture est majoritairement concentrée dans quatre pays: la Chine, les États-Unis, l'Inde et le Pakistan.

Si la consommation mondiale de coton est toujours en hausse, une chute des prix frappe pourtant l'industrie depuis bon nombre d'années. Cette baisse continue des prix internationaux s'explique par le niveau de production élevé, les subventions américaines et européennes versées aux producteurs, la concurrence des fibres synthétiques, l'augmentation constante de la productivité sans égard à l'environnement et le ralentissement économique.

L'industrie et les pesticides

Lorsqu'elle est pratiquée de façon habituelle, la culture du coton est l'une des plus polluantes au monde. «En fait, la culture du coton n'occupe seulement que 2,4 % de la surface agricole de la planète, mais elle utilise 11 % des pesticides et 25 % des insecticides produits dans le monde entier. Ça fait du coton la culture la plus polluante», précise Marc-Henri Faure, coordonnateur général de FibrEthik, une coopérative de solidarité à but non lucratif qui distribue des produits de coton biologique et équitable certifiés.

Parmi les nombreux pesticides et insecticides utilisés dans les champs de coton, on retrouve plusieurs produits prohibés par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Celle-ci a qualifié d'«extrêmement dangereux» un bon nombre de ces produits, comme la parathion, l'endosulfan et le phosphamidon. Selon l'OMS, l'utilisation de ces produits provoque chaque année la mort de 22 000 personnes et l'intoxication d'un million d'autres.

En plus de causer de graves problèmes de santé aux cultivateurs et aux populations avoisinantes, ces produits chimiques ont un coût élevé. Pour se les procurer, les agriculteurs n'ont souvent d'autre possibilité que de s'endetter.

Les problèmes financiers touchent aussi les cultivateurs qui optent plutôt pour des graines génétiquement modifiées, similaires aux graines traditionnelles, mis à part le fait qu'elles sont assorties d'un bout d'ADN prélevé sur une bactérie tueuse d'insectes. Ces graines transgéniques sont vendues à prix élevé et les résultats qu'elles donnent sont rarement assez importants pour permettre aux agriculteurs de rembourser leurs dettes.

«L'Inde a connu des vagues de suicides dans les champs. Plusieurs cultivateurs ont mis fin à leurs jours parce qu'ils étaient pris dans la spirale de l'endettement. Ironie du sort, les agriculteurs boivent souvent leurs pesticides pour se suicider. Ils espèrent ainsi sortir leur famille de la misère, mais généralement ça ne fonctionne pas parce que l'usurier prend possession de la terre et jette la famille à la rue», souligne Marc-Henri Faure.

Du coton biologique

Le coton certifié biologique, dont la culture ne nécessite pas l'utilisation de produits chimiques, est grandement préférable. L'objectif de ce type d'agriculture est d'obtenir une bonne condition des sols, de rétablir l'équilibre brisé par l'utilisation de différents pesticides et insecticides ainsi que de promouvoir la bonne santé. Toutefois, les normes de certification biologique diffèrent selon les organismes certificateurs et ne sont pas homogènes à travers le monde. Le coton biologique peut aussi recevoir la certification équitable, à condition que soient respectés les principes directeurs du commerce équitable et des pratiques commerciales responsables.

«Les quantités produites avec le coton biologique sont, à la base, plus faibles qu'avec le coton traité par des produits chimiques, mais à long terme c'est beaucoup plus intéressant. Beaucoup de terres droguées aux produits chimiques ne produisent plus aussi bien et autant de coton après quelques années. Dans ces cas, les agriculteurs doivent se réendetter pour acheter d'autres produits chimiques. Donc, à long terme, c'est plus rentable de faire dans le coton biologique que dans le coton traditionnel», explique M. Faure.

Si la chose était si simple, tous les producteurs se lanceraient dans la culture du coton biologique. Le problème, c'est qu'ils ne peuvent assumer seuls la longévité.

«Tous les huit ou dix ans, il y a une maladie ou un insecte qui va dévaster les champs. Il y a des sécheresses aussi. L'idée d'être dans une coopérative, c'est que les producteurs forment des groupes dans différents États, de façon à pouvoir répartir le risque. Ensemble, ils peuvent affronter les crises», explique M. Faure.

Passer au vert, de fil en aiguille

Si les produits alimentaires équitables ne cessent de gagner en popularité depuis leur mise en marché au Québec, les vêtements éthiques et biologiques restent encore méconnus du grand public. Lentement, les choses tendent à changer. Certaines entreprises s'intéressent au coton biologique et tentent de sensibiliser la population à une consommation plus équitable et plus respectueuse de l'environnement.

C'est le cas d'entreprises comme OÖM Ethikwear, NKI, Lilidom, ainsi que des soeurs Mélanie et Sophie Veilleux, qui ont d'abord créé la griffe Falbala avant de lancer Ecoco, une gamme de vêtements corporative, événementielle et écoresponsable qui privilégie l'utilisation de coton biologique.

«Quand on a découvert comment étaient faits les tee-shirts en coton traditionnels, on n'en revenait pas et on s'est dit que les gens n'allaient pas en revenir non plus», affirme Sophie Veilleux.

Ainsi, pour la fabrication de leurs vêtements Ecoco, fournisseur officiel du Jour de la Terre, les soeurs Veilleux ont décidé d'utiliser une fibre de coton biologique satisfaisant aux critères de l'organisme Control Union (SKAL). Cette fibre provient de l'Inde et est ensuite tricotée à Montréal. Tout le processus de fabrication a lieu localement et respecte les principes d'équité et de développement durable.

En général, le coût du coton biologique est environ 30 % plus élevé que le coût du coton régulier, mais, en bout de ligne, par rapport au prix d'un tee-shirt, la différence est minime. Par exemple, les chandails du Jour de la Terre Ecoco coûtent de 18 à 25 dollars, alors que l'organisme à but non lucratif FibrEthik vend ses tee-shirts de 10 à 25 dollars, selon les quantités.

Changer le monde

Malgré des initiatives encourageantes, la production annuelle de coton biologique ne représente que 0,1 % du marché mondial, soit 25 000 tonnes sur 25 millions.

Puisque le commerce dépend de la demande du marché, c'est à coups de tee-shirts mais surtout de revendications que les consommateurs pourront améliorer la situation.

«Ceux qui ont réellement le pouvoir de changer les choses, ce sont les grandes entreprises, remarque M. Faure. Il faut donc leur demander de rendre des comptes. Si ces entreprises finissent par acheter et utiliser du coton équitable et biologique, eh bien on pourra alors réellement changer les choses!»

***

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  • lise jacques
    Abonnée
    samedi 18 avril 2009 20h30
    Bravo !
    Bravo et merci pour cet article très intéressant. Je suis heureuse de savoir que des entreprises ont lancé des produits faits avec du coton bio et équitable ici au Québec. Il y a de l'espoir! Le problème c'est que les consommateurs ne sont pas assez au courant de toutes ces choses...Il faut en parler encore et encore pour que des changements d'attitudes s'opèrent dans la population.

    Alors un gros merci à monsieur Deglise.

    Et si certains veulent connaître l'histoire d'un T shirt du début à la fin, allez faire un tour sur mon blogue, j'ai un billet sur ce sujet...On y apprend des histoires pas vraiment exemplaires mais très réelles concernant ces confections non équitables qui nous arrivent d'ailleurs.

    www.infosante.com

  • Jacinthe Denault
    Abonnée
    dimanche 19 avril 2009 19h12
    Coton toxique
    destiné au marché mondial, le taux de cancer est absolument étourdissant! C'est un reportage appellé Killer Bargain présenté sur California Newsreel qui m'a ouvert les yeux. Apparemment, les travailleurs du coton destiné aux marchés mondiaux y oeuvrent presque toujours sans protection, du http://www.newsreel.org/nav/title.asp?tc=CN0195 . Les conditions dans lesquelles les

  • KURT HUDSON
    Inscrit
    lundi 14 juin 2010 11h03
    Coton bio certifié ?
    J'aimerais bien comprendre pourquoi mes légumes doivent porter un logo de certification bio et le nom d'un certificateur, alors que tous les chandails de coton bio que je trouve ne portent JAMAIS ni logo ni le nom du certificateur !!??
    J'ai posé la question à une personne du gouvernement fédéral lors du salon expo manger santé à Montréal, et savez-vous quoi ? IL N'Y A JUSTE PAS DE LOI AU CANADA !!
    Ca veut dire que n'importe qui peut écrire n'importe quoi sur un chandail, y compris de dire que c'est bio, même si ça ne l'est pas !!
    Depuis, je me méfie....K.

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