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Les dérives du bio

Fabien Deglise   11 avril 2009  Consommation
Photo : Agence France-Presse
L'idée a fait grincer quelques dents. En mars dernier, en mettant sur le marché un sirop de poteau dans un contenant de métal jusque-là exploité pour le véritable sirop d'érable, les industries Bernard, mais aussi Décacer, ont déclenché, coup sur coup, une petite vague d'indignation. Chez les acériculteurs, bien sûr, mais aussi chez les consommateurs dont plusieurs ont pris un malin plaisir à souligner un paradoxe bien de notre temps: pour se faire encore plus attirants, ces ersatz composés principalement de sirop de riz se présentaient au public comme étant certifiés biologiques. En grosses lettres.

Bien sûr, l'existence de ces sirops de table, tout comme de leur certification biologique par l'organisme Ecocert Canada, n'a rien d'illégal. Les produits respectent entièrement les normes de production, d'emballage et d'étiquetage en vigueur au pays. Quant à leur caractère bio, il a certainement été reconnu selon les règles de l'art par un organisme crédible et spécialisé dans le domaine. Comme la loi l'impose.

Sauf qu'en revendiquant fortement une appartenance à la maison du bio, ces faux sirops d'érable, qui se sont retrouvés au coeur d'une petite controverse, n'en soulèvent pas moins une question fort dérangeante pour le monde de l'alimentation dite responsable: à vouloir certifier tout et n'importe quoi, les organismes de certification du biologique ne sont-ils pas en train de pervertir sérieusement le concept qu'ils sont pourtant censés défendre?

La goutte de sirop, qui est sans doute en train de faire déborder le vase, vient certainement apporter de l'eau au moulin des détracteurs du bio. Mais elle n'est pas la seule.

Depuis quelques années, en effet, l'univers du biologique se fait de plus en plus intrigant en cautionnant dans les épiceries des aliments qui laissent effectivement perplexe: la mini-carotte biologique importée par camion de Californie, avec les gaz à effet de serre qui viennent avec, est du nombre.

Elle est facilement rejointe par ces nouilles en sauce, de type Chef Boyardee, ces céréales au sucre raffiné, ce sachet de soupe déshydratée extra-sel, cette pizza ou encore ce cola, tous certifiés bio, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Comme si ce n'était pas assez, dans les derniers jours, un fromage artisanal au lait cru a fait son apparition dans les frigos d'une épicerie près du Devoir en revêtant lui aussi avec ostentation des atours bio. C'est l'organisme Québec Vrai qui valide la chose.

Très bon, ledit fromage souffre toutefois d'une tare évidente: pour un produit qui affirme se porter à la défense de l'environnement — c'est l'un des fondements du bio —, il est suremballé. Une première couche de plastique le tient sous vide, alors qu'une boîte en carton (bien plus grosse que le produit), par-dessus, vient mettre en valeur son nom ainsi qu'un petit personnage sympathique conçu pour attirer le regard des enfants.

Alors que le meilleur déchet est celui que l'on ne produit pas, la présence sur le marché d'aliments certifiés biologiques qui abusent de leur droit à l'habillement fait certainement désordre. Et ce, même si l'une des deux couches, comme dans le cas du fromage, est recyclable.

Courgettes bios sur assiette de styromousse, biscuits granola bios emballés individuellement, oranges bios dans des sacs de plastique, fromages dans des contenants gigognes... L'incohérence est flagrante, surtout quand on se souvient que le bio a bâti sa réputation, au Québec comme ailleurs sur la planète, sur le respect de la nature, l'absence de pesticides, d'organismes génétiquement modifiés (OGM), d'antibiotiques, et ce, pour léguer un monde plus vert aux générations futures. Dans les grandes lignes.

Et c'est sans doute là que le bât blesse. Face à ces quelques dérives biologiques, dérives qui amènent le bio à encourager trop de transport, à se rapprocher de la malbouffe ou à produire trop de déchets, une étrange évidence est peut-être en train de se profiler: initialement considéré par ses fidèles comme un art de vivre et surtout comme un outil de revendication politique et sociale, le biologique est peut-être en train de ne devenir qu'une vulgaire niche commerciale.

Une niche largement exploitée par l'industrie de l'alimentation et par la grande distribution pour mettre la bonne conscience à la portée de tous, pour une poignée de dollars et lors d'une simple visite à l'épicerie.

Parce que, après tout, à l'époque du tout-maintenant-tout-de-suite, même les idéaux ne doivent pas être trop fatigants à faire vivre!

Logos paysan et bio-paysan

Hasard ou coïncidence, alors que le laxisme du bio semble vouloir de plus en plus s'exprimer dans les allées des magasins à grande surface, sans vraiment déranger les consommateurs qui font toujours grimper les chiffres de vente du biologique au Québec, un petit groupe d'agriculteurs tente de faire naître une nouvelle certification.

C'est l'Union paysanne qui débarque aujourd'hui avec son projet de logo «paysan» et «bio-paysan», comme le révélait Le Devoir en début de semaine.

Présenté comme une sorte de certification biologique améliorée, le concept vise en substance à renouer avec les fondements du biologique en y injectant un peu plus de cohérence.

Ce programme de certification souhaite encadrer les conditions de production d'un aliment. Il veut aussi garantir aux consommateurs que les produits qu'ils achètent viennent d'une ferme qui protège les ressources naturelles à tous les niveaux, en mettant de l'avant le recyclage ou des emballages écologiques, par exemple.

Cette certification veut aussi prendre en compte le rôle social et territorial joué par l'exploitation agricole.

En conjuguant l'achat local et la production biologique, en cherchant à mettre un visage plus humain sur la fonction vivrière de l'agriculture, en s'engageant sérieusement dans la lutte contre la pollution et la surconsommation des ressources naturelles, ce label paysan en devenir a finalement tout pour séduire les milliers de mangeurs qui, au début des années 90, ont permis, sous la pression de scandales alimentaires, de faire décoller l'appellation biologique.

Et ils vont pouvoir tranquillement en profiter pendant une petite dizaine d'années, à partir de son lancement prévu dans deux ans, avant de voir les organismes de certification, l'industrie agroalimentaire et la grande distribution le pervertir.

***

conso@ledevoir.ca
 
 
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  • lise jacques
    Abonnée
    samedi 11 avril 2009 09h29
    Bravo à l'Union Paysanne ! et merci!
    Monsieur Deglise, pourquoi dites-vous que l'Union Paysanne se fera pervertir dans 10 ans. C'est très mal connaître cet organisme que de prétendre une chose pareille. Nous ne pourrons jamais assez remercié l'Union Paysanne pour le travail d'arrache-pied qu'ils accomplissent, David contre Goliath,celui-ci étant l'UPA naturellement. Je vous invite à lire leur contrat Vert sur leur site ou sur mon blogue. Ce qu'ils proposent c'est l'excellence en agriculture et en élevage respectueuse des animaux, des ressources et des consommateurs! Qui dit mieux?

    Certains fermiers du secteur biologique soulèvent qu'ils vont beaucoup plus loin que la certification biologique elle-même, tandis que d'autres, provenant de l'agriculture traditionnelle, disent ne pas être bio mais ne se qualifient pas non plus d'industriels.



    «J'envoie mes animaux au pâturage pour des considérations de bien-être et de santé animale au lieu de les maintenir à l'intérieur à l'année!»

    «Je boucle mes cycles énergétiques à la ferme sans apport de fumier extérieur.»

    «J'ai une gestion de l'eau impeccable mais je n'en retire aucun bénéfice sauf celui du devoir accompli!»

    «Je prends un soin jaloux de n'utiliser que des emballages recyclables pour mes produits et cela me coûte plus cher...pourtant rien ne me soutient dans mes efforts.»

    «Je n'utilise aucune farine carnée, ni facteur de croissance et en plus je respecte l'alimentation naturelle de l'animal, mais je ne suis pas bio et je n'ai rien pour faire reconnaître mon travail»



    Toutes ces situations nous ont permis de voir que les agriculteurs ne sont plus de simples producteurs de denrées et que leur rôle est beaucoup plus large qu'à première vue. Ils sont eux-mêmes devenus multifonctionnels et les gouvernements tardent encore à reconnaître ces rôles à l'exception de l'Europe. L'Union paysanne, face à cette réalité, a commencé à réfléchir à l'idée d'une certification qui arriverait à englober des aspects ou pratiques agricoles non encore reconnus dans les systèmes de certification actuelle : Un cahier de charge qui considérerait la ferme comme étant un agroécosystème complet.



    Afin d'amorcer une réflexion, l'Union paysanne, en partenariat avec Équiterre et la Fondation François Pilote, a envoyé deux stagiaires à l'été 2002 en France et en Suisse afin d'explorer différents cahiers de charge. L'Europe fût un choix tout désigné puisqu'elle représente depuis 20 ans un formidable laboratoire de politique agricole tournée vers la valeur ajoutée, la différenciation, le biologique et les circuits courts. L'Union paysanne, encore aujourd'hui, se tourne fréquemment vers l'Europe afin de poursuivre sans relâche une réflexion sur les modèles et les politiques agricoles.

    Pas étonnant : L'Europe cultive le bio depuis longtemps certains pays comme l'Italie ont 20% de leurs surface agricole en bio, pas étonnant que le slow food soit parti de ce pays. Plusieurs d'entre eux ont aussi réduit même de moitié l'utilisation des pesticides dans leur agriculture. Nous avons intérêts à suivre les bons exemples!


    Une autre des conclusions a permis d'établir l'importance de certifier la ferme dans son ensemble plutôt que les produits séparément. Ce changement de vision permettrait, selon l'Union paysanne, de diminuer les risques que la pression exercée par l'industrie sur les agriculteurs les amène à changer leurs bonnes pratiques pour répondre au volume. En mettant donc l'emphase sur l'intégrité des pratiques, l'agriculteur se retrouverait mieux protégé.

    Par rapport à ce que vous énoncez concernant les faux sirops d'érable bio, au moins c'est écrit sur les boîtes, ceux qui n'en veulent pas laissent les boîtes sur les tablettes. Je trouve pire le fait que nous nous retrouvons avec 70% des produits contenant des dérivés d'OGM et qui ne sont pas encore étiquetés comme tels sans que les consommateurs puissent au moins choisir s,ils veulent ingérer ces produits ou non.

    Nous sommes en arrière pas à peu près au Canada! Obama fera le ménage dans ce dossier ce qui n'a pas été fait depuis plus d'une dizaine d'années et plus de quarante pays ont refusé ces OGM qui polluent et qui sont des risques pour la santé. ( pour en savoir plus voir ce lien)


    infos sante
    www.infossante.com

  • Jacques Morissette
    Abonné
    samedi 11 avril 2009 11h01
    Beaucoup de consommateurs superficiels achètent bio parce qu'ils sont simplement assis sur le standing de la chose.
    Monsieur Déglise, les questions que vous posez au sujet du bio sont très intéressantes. Elles sont très pertinentes aussi. Quoi faire devant un monde de la consommation aussi pervers?

    Achetés bio pour des vrais valeurs bio que les consommateurs défendraient, c'est pour quand? C'est aussi d'éducation dont les consommateurs auraient vraiment besoin. Malheureusement aussi, il est vrai que l'agroalimentaire et les distributeurs ont le bras long quand vient le temps de manipuler la donne.

    En parallèle à tout ça, l'idéal serait de trouver un moyen de bien éduquer les consommateurs, face à la perversion du monde du marketing et à ses fins discutables.

    jacques morissette (Montréal)

  • Marie-Francine Bienvenue
    Abonné
    samedi 11 avril 2009 13h00
    du tournesol aux poules!
    Enfin, il était temps de mettre de l'ordre dans le bio gigantesque. Quand j'achète des graines de tournesol bio et que je m'aperçois qu'elles viennent de Chine...oups! et c'est quoi les normes bios en Chine?
    J'ai su aussi que des oeufs peuvent être certifiés bios alors qu'ils sont produits dans un poulailler de 40 000 poules! oui elles sont libres de marcher et non tassées en cage et elles ont un petit accès à la promenade à l'air libre, mais on est loin de l'agriculture paysanne!

    Il est évident pour ma part que je préfère consommer local et paysan, pis pourquoi pas bio en plussss!

  • Richard Dupuis
    Inscrit
    samedi 11 avril 2009 13h17
    Mais au fond, elle sert à quoi, la certification?
    D'entrée de jeu, j'avoue que je ne suis pas vendu aux divers labels; les certifications, peu importe par qui elles sont émises, me laissent de glace. De là ma question.

    Une certification ne vient-elle pas, d'une certaine façon, dire aux consommateurs "mon produit est meilleur que les autres, à côté", et ainsi, est-elle une autre forme de concurrence?

    Quant au suremballage, il est pratiqué, d'abord et avant tout, afin que le produit se démarque, encore une fois, de sa concurrence. Les marchés d'alimentation offrent de moins en moins de meules de fromage, par exemple, dont le préposé tranche une partie correspondant aux besoins du client, que de parties, préemballées sur une plaquette de styromousse, de la même meule de fromage, disposées dans un comptoir réfrigéré accessible au public. Alors les entreprises tentent de se démarquer en offrant l'emballage directement à l'usine, et ainsi proposer une présentation qui, dans plusieurs cas, vendra davantage que le produit lui-même.

    Bref, tout nouveau label, à mes yeux, ne sert qu'à donner un argument au consommateur pour payer plus cher un produit équivalent.

  • lise jacques
    Abonnée
    samedi 11 avril 2009 20h30
    La certification sert à quelque chose...
    Selon la réglementation, les mentions:"biologique" "culture biologique" "élevage biologique" "certifié biologique" "organique" ou toute autre variation ou utilisation du mot biologique sont considérées comme des allégations de produits biologiques. Au Québec et en Colombie Britannique l'utilisation de ces termes est protégée par la loi sur les appellations réservées. Les autres provinces canadiennes ne se sont pas dotées de processus de certification, alors n'importe qui peut dire qu'il produit du bio mais pas ici. Par le biais du Conseil d'accréditation du Québec le gouvernement encadre le processus de certification afin de garantir aux consommateurs l'intégrité de ces appellations pour les produits biologiques du Québec.

    Garantie Écocert, OCIA-Québec, Québec Vrai, Quality Insurance Internatonal, Farm Verified Organic,sont des organismes accrédités dont on trouve les noms et logos sur les produits certifiés cultivés ici.

    Pour obtenir une certification biologique, les agriculteurs doivent respecter tout un code d'éthique de production basé sur la santé des sols et des animaux. Ils font beaucoup plus que d'éviter les produits chimiques. Ainsi ils doivent maintenir et améliorer la fertilité de la terre, veiller à sa protection et au bon traitement des animaux. La grande majorité des producteurs biologique pratique une agriculture diversifiée, ce qui est propice au maintien d'un équilibre écologique.

    Dans les champs, ils assurent une rotation des cultures afin d'éviter l'appauvrissement des sols qu'ils enrichissent plutôt à l'aide d'engrais naturels comme le compost et le fumier. Ils plantent aussi des légumineuses comme le soja, qui ont l'avantage de fixer l'azote au sol et de protéger contre l'érosion.L'utilisation des semences génétiquement modifiées, d'engrais chimiques et de pesticides de synthèse est formellement interdite.

    Trois à quatre ans sont nécessaires avant qu'une entreprise devienne biologique.

    Attention!

    Un aliment certifié biologique n'est pas nécessairement écologique...ni inconditionnellement sain comme dans les exemples de monsieur Deglise, des soupes salées, des céréales très sucrées bio etc etc. Et des légumes bio suremballés qui ont voyagé de la Californie au Québec ne sont pas écolo.

    Les producteurs et cultivateurs doivent débourser chaque année plusieurs milliers de dollars pour être certifiés bio.
    non seulement les producteurs québécois ne bénéficient pas de subventions particulières mais ils doivent en plus faire face à un autre problème de taille: les OGM. Les entreprises de semences refusent actuellement de garantir qu'il n'y a aucune contamination de leurs produits avec des semences transgéniques. Le producteur bio doit faire analyser lui-même ses semences. Au Québec c'est complètement aberrant car c'est le producteur qui paie tout le temps.

    En Europe, l'encouragement du bio implique des choix politiques environnementaux et sociaux. Ils veulent maintenir les petites fermes souvent bio à demeurer actives. Noua aurions avantage à suivre leurs exemples, par exemple la Suède a réduit sa consommation de pesticides de synthèse de 65% entre 1985 et 1994. En 2000, 10% de la superficie de ce pays était cultivé bio, En Italie c'est 20% de l'agriculture qui est bio. En Suisse, l'aide à l'agriculture est conditionnelle à des pratiques écologiques. En plus, l'aide gouvernementale est modulée en fonction de la taille des entreprises, ainsi ce sont les petites fermes familiales écologiques qui reçoivent les subventions plutôt que les grosses industries agricoles polluantes. Encore ici, le Québec aurait intérêt à faire de même plutôt que de financer les gros pollueurs. Allemagne et les Pays-Bas progressent comme la Suisse et la Suède. Certaines régions en Allemagne ont jusqu'à 30% de leurs productions en bio. TOUT ÇÀ Se FAIT AVEC L'APPUI DES GOUVERNEMENTS.

    Les agriculteurs obtiennent des subventions et du soutien lors de la période difficile de transition de l'agriculture chimique à la culture bio. Voilà les différences avec le Québec, quant au reste du pays c'est encore pire que le Québec sauf en Colombie Britannique...
    Cela dit, je me méfie des produits bio importés de plusieurs pays comme la Chine, je ne mangerai rien de ce pays bio ou pas bio. En Europe, je leur fais confiance, en Californie aussi et j'ai des doutes sur la certification de plusieurs pays.

    --
    Lise Jacques
    Infos Sante
    http://www.infossante.com

  • Guillot Sophie
    Inscrite
    lundi 13 avril 2009 05h35
    Biologique dites vous ?
    La règlementation en France paraît plus exigeante et claire, cependant je voudrais témoigner de la réalité du terrain ici.

    Les premiers organismes à avoir certifié des produits biologiques étaient dans les années 70 des organismes privés nés de groupements de producteurs et de consommateurs. Nature et Progrès furent de ceux ci. Puis le ministère de l'agriculture décida de mettre en place des cahiers des charges pour que la règlementation soit plus transparente. Or ce que peu savent c'est que autour de la table au ministère, ont été conviés des organismes comme Nature et Progrès mais avec eux les représentants des Grandes et Moyennes surfaces qui commençaient à s'intéresser sérieusement au bio. A titre d'exemple pour que cela soit plus parlant, les cahiers des charges de Nature et Progrès pour la culture de produits végétaux comprenaient près de 150 articles et exigences. Bien entendu aucun pesticide ou insecticide de synthèse n'était toléré, l'enrichissement des sols devait être fait à partir de fumier animal et de poudres de roches, de poudre d'os ou de sang séché, quelques très rares produits étaient tolérés comme la bouillie bordelaise à base de souffre et de cuivre ou le pyrèthre dans un cadre bien délimité. Le cahier des charges adopté par le ministère pour la culture de ces mêmes productions végétales ne comprend que ... 15 articles ! Cherchez l'erreur. Les grandes et moyennes surface dont Carrefour, Leclerc et autres géants de la distribution ont fortement fait pression pour pouvoir produire du bio qui est cultivé aujourd'hui depuis des terres qu'ils ont achetées à bas prix dans les pays de l'Est de l'Europe, le but étant d'être capables de produire du bio à moindre de coût.

    Ce qui fait qu'aujourd'hui sur le marché du bio existent vraiment plusieurs filières qui sont bien différentes quant à l'éthique de ce que l'on produit. Les cahiers des charges sur les sous produits animaux ( laitages, oeufs) puis sur le produits animaux ont subi le même genre de traitements. Ensuite, récemment l'Union Européenne a aussi proposé un label de produits bio européen dans lequel les OGM sont tolérés à un certain pourcentage ( certes faible mais tout de même ) sans nécessiter de l'étiquetter. Il va sans dire que les cahiers des charges Français ne tolèrent aucun OGM et moins encore les cahiers des charges Nature et Progrès.

    Dans votre article vous semblez insister fortement sur les emballages polluants ou sur le transport des marchandises cultivées en bio et l'impact sur l'environnement de ces mêmes marchandises. En Europe et en France, ces deux facteurs là ne font pas partie des critères d'accession au label bio, cependant, il est laissé à l'appréciation du consommateur d'acheter ou non des avocats venant du Mexique ou du Maroc, d'acheter ou non des poivrons venant d'Israël ou d'Italie... il faut lire les étiquettes. Certaines chaînes de magasins bio comme Biocoop qui est aussi à la base une association de consommateurs et de producteurs favorise le plus que faire se peut les filières courtes en s'approvisionnant le plus possible chez des producteurs proches des lieux de vente. Donc nécessairement sur les fruits et légumes, n'offrent pas toujours un choix aussi large suivant la saison. Les citrons ne peuvent pas pousser en France, il faut bien les faire venir de Sicile mais si on peut éviter de les faire venir du Sénégal c'est mieux. Et ainsi de suite. Ces magasins là favorisent le plus possible l'achat de produits en vrac pour limiter l'impact des emballages, et encourage ses clients à rapporter si cela est possibles les sachets pour s'en servir plusieurs fois.

    Les grandes et moyennes surfaces quant à elles sont à la traîne pour les produits bio. Aucune conscience du problème de l'emballage, tous les fruits et légumes achetés chez eux sont dans des barquettes et sous plastique pré étiquettés pour la simple et bonne raison que c'est le seul moyen qu'ils ont trouvé pour ne pas mélanger dans les rayons les légumes et fruits bio avec les non bio. Chez eux, peu importe que l'on fasse venir des pommes de Pologne quitte à laisser le producteur de pommes local avec sa production sur les bras. Du moment que c'est bio et que c'est le moins cher possible.

    La politique des grandes et moyennes surfaces de toutes façons s'accomode mal des principes du bio puisque simplement sur les critères d'équitabilité ils sous paient leurs propres employés et enrichissent avant tout leurs actionnaires. On est bien loin de la conception respectueuse de chacun , alors le respect de la Terre, pensez bien qu'ils s'en contrefichent. Ils ne s'intéressent au bio que parce que cela représente une part de marché et que c'est un secteur porteur en ce moment. D'ailleurs toutes les grandes surfaces tentent différentes démarches pour faire progresser le bio dans leurs rayons. Ils savent que les magasins bio enregistrent des progressions de l'ordre de 20% par an et aimeraient que leurs propres magasins aient le même genre de résultats. Mais chez eux, jamais de vrac tout est préemballé, jamais aucun conseil à la clientèle, leur seul objectif : "être le moins cher possible, être concurentiel par rapport au marché". Quitte à piétiner allègrement les principes de l'agriculture biologique ou le respect de l'environnement.

    Sur d'autres secteurs du marché comme la parapharmacie, ils ont montré une politique différente qui a permis à ces rayons là d'être florissants; ils ont ouvert à l'intérieur même de la grande surface un espace délimité à l'intérieur duquel on trouve tous les produits de parapharmacie que l'on paie dans cet espace avant d'aller poursuivre ses achats dans le reste du magasin. A mon sens, seule une initiative similaire leur permettrait vraiment de gagner les clients du bio, ceux qui vont dans les Biocoops ou dans d'autres magasins faisant partie de chaînes affichant clairement une éthique pointue.

    Pourquoi le bio ne démarre-t-il que timidement dans les grandes surfaces ? Parce que l'argument de vente dans ce type de magasin est le prix le plus bas. Les bouteilles d'huile d'olive bio sont de toutes façons plus chères que celles non bio les moins chères du même magasin. Mettre ces deux produits en concurence fait que la très grande majorité des clients choisissent la moins chère de toute façons, donc, pas la bio ! Il est en effet difficile de justifier vis à vis du client que la bio est meilleur ou qu'elle ne nuit pas à l'environnement quand pendant 40 ans la politique du magasin a toujours été les prix les plus bas possibles. ( quitte à ce que cela nuise bien plus gravement à l'environnement mais ça, on s'est bien gardé de le dire aux clients, quitte à maltraiter son personnel mais ça aussi on s'est organisé pour que les clients ne le voient pas trop et ainsi de suite ) Le suremballage d'un produit bio dans n'importe quel magasin doit nous rendre méfiants et notre acte civique consiste à rejeter systématiquement un tel produit en s'arrangeant pour faire savoir au commerçant la raison de notre geste; parce que tous les commerçants sont sensible à une chose c'est qu'on leur achète leurs produits ou que l'on choisisse délibérément de ne pas leur acheter , voire d'en faire la contrepublicité autour de nous.

    Dans le fonctionnement du marché donc, le producteur et le distributeur jouent un grand rôle, mais au final le plus puissant de tous reste le consommateur. N'oublions jamais que notre seconde carte électorale la plus puissante reste la carte bancaire .... suivant comment on s'en sert , nous sommes capables d'influer notablement les comportements de toute la chaîne de la production. Nous devons poser des questions, lire les étiquettes, bref, être des clients pointilleux et fouineurs, curieux et inquisiteurs. Pas vraiment facile dans les grandes surfaces non ?

    Les chiffres avancés par les autres lecteurs à propos de l'Europe me semblent un peu forcés : les surfaces agricoles utiles cultivées en bio en Italie ( qui est de loin le pays qui en cultive le plus ) sont de 17% et non 20% . Juste après , l'Allemagne et l'Autriche avoisinnent les 15% . La France ne comporte pour sa part qu'un timide 2% . Le système de subventions distribuées aux grandes exploitations non biologiques et les coûts que comportent les certifications restant à la charge des producteurs sont dissuasifs.

    Un autre lecteur parle de soja cultivé pour son apport en azote pour les sols .. oui mais soja trangénique ou non, si d'autres champs proches cutlivent des OGM, le champ bio sera aussi contaminé. Pareil pour le colza OGM . Ce qui veut dire qu'aujourd'hui certaines cultures ne sont plus possibles d'être certifiées en bio à cause de la contamination massive que les OGM infligent autour d'eux pour des années . Le processus est il réversible ? Je crains que non .

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