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Sale temps pour l'économie, beau temps pour la fraude

Fabien Deglise   7 mars 2009  Consommation
La Banque du Canada incite les gens à se prémunir contre la fraude bancaire, le vol de NIP et le clonage de cartes.
La Banque du Canada incite les gens à se prémunir contre la fraude bancaire, le vol de NIP et le clonage de cartes.
Quand tout va mal, le pire n'est jamais vraiment certain. La preuve: depuis quelques mois, les ténors de la santé publique sonnent l'alarme. L'instabilité économique du moment va gonfler, dans les prochaines années, le tour de taille de nos contemporains. En grand nombre et par souci d'économie, l'homo consomus en crise risque en effet de se tourner davantage vers la malbouffe pour combler ses besoins essentiels. Avec la prévisible surcharge pondérale qui vient avec.

Or, un malheur n'arrivant jamais seul, tout en devenant gros par abus de calories vides, les consommateurs risquent d'être plus souvent allégés de leur... portefeuille. Et ce, en devenant les victimes d'activités frauduleuses qui, selon le Bureau de la concurrence du Canada, pourraient, en ces temps financièrement torturés, être une importante source de prospérité pour les truands de tout acabit.

La vie est ainsi faite. Là où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie, et là où la misère s'installe, il y a toujours des esprits mal intentionnés pour chercher à en tirer profit. «On observe souvent une intensification de l'activité frauduleuse quand l'économie se porte mal», a résumé cette semaine l'organisme fédéral qui lançait, d'un océan à l'autre, le Mois de la prévention de la fraude.

Cette vaste campagne annuelle d'information et de sensibilisation met le faux, l'arnaque, le tripatouillage et la tromperie sur la sellette, pendant tout le mois de mars.

Le message des autorités est sans ambages. L'annonce de licenciements massifs, la baisse des indices boursiers, la hausse du chômage et l'augmentation des prix à la consommation devraient inciter les consommateurs et les entreprises à la plus grande prudence. «Nous nous attendons à ce que [les Canadiens] s'exposent davantage à des fraudes en cherchant des moyens de réduire leurs dépenses», a résumé Melanie Aitken, du Bureau de la concurrence, qui coordonne les activités du Forum sur la prévention de la fraude, un regroupement d'entreprises et de groupes consuméristes qui a décidé de traquer les coquins rêvant de se mettre de la laine sur le dos en volant celle de leur voisin.

Une cartographie de l'arnaque

La dépression en cours ferait d'ailleurs sourire ces tristes personnages qui se réjouissent à l'idée de remettre très rapidement en opération leurs belles gimmicks, comme on dit du côté de Wall Street, pour mieux abuser des crédules.

Les stratagèmes sont connus. Mais au cas où la prospérité et l'insouciance des dernières années nous les auraient fait oublier, le Bureau de la concurrence dresse une fois de plus cette vaste cartographie de l'arnaque sur laquelle les pseudo-prix remportés à des loteries ou concours divers occupent une place de choix.

Détails mécaniques: par l'entremise d'une lettre, d'un courriel ou d'un coup de téléphone, cette fraude séculaire fait miroiter une grosse somme d'argent ou un prix prestigieux (croisière, voiture, maison) sur lequel le pigeon sélectionné pourra mettre la main... à condition, bien sûr, d'envoyer un peu d'argent par la poste. Argent dont il ne reverra pas la couleur.

Remporter un prix sans avoir participé à un concours; le concept doit certainement soulever la suspicion. Et il n'est pas le seul, souligne sérieusement le gouvernement fédéral. Les annonces laissant présager des revenus faciles en travaillant à domicile, sans «expérience requise», les propositions de financement mettant en vedette des sommes démesurées, mais aussi «les inscriptions à des annuaires d'entreprises» — une fraude très populaire dans l'univers des PME — sont aussi à considérer d'un regard hautement critique.

Et, en avertissant de la sorte la population, l'organisme fédéral souhaite doubler ses chances de réduire les cas de fraude au pays en 2009. L'an dernier, 15 000 plaintes ont été déposées par des victimes d'arnaques par téléphone, par Internet ou par la poste.

Des fraudeurs oubliés

L'appel à la vigilance est sans doute nécessaire. Il s'accompagne d'une autre sonnette d'alarme activée cette semaine par la Banque du Canada. L'institution incite les Canadiens à se prémunir contre la fraude bancaire, le vol de NIP et le clonage de cartes. Entre autres. Ces emmerdements de l'existence vont voir leur popularité grimper, selon la Banque, et ce, de manière inversement proportionnelle à la chute du Dow Jones et du TSX.

Or, prompts à dénoncer cette sournoise criminalité de bas étage, le Bureau de la concurrence, tout comme la Banque du Canada, restent par contre très discrets sur deux autres activités des temps de crise, moralement discutables et dont les beaux jours seraient certainement assurés, croient pourtant les groupes de défense des consommateurs: le sous-dimensionnement des produits de consommation — à Sarnia, en Ontario, on appelle ça du downsizing — et la reformulation des recettes d'aliments transformés pour couper dans les dépenses. Sans trop en parler aux clients.

Tout comme les revenus surprises débarquant dans une boîte de courriels, les consommateurs gagneraient d'ailleurs à se méfier de ces autres effets pervers de la crise économique. Orchestré non pas par des groupes de criminels plus ou moins organisés mais par des entreprises bien établies dans le monde de la consommation, le sous-dimensionnement consiste à réduire discrètement la contenance d'un produit pour éviter d'en faire grimper le prix. On prend un pot de fromage à tartiner ou une pizza congelée et on y enlève 30 petits grammes. Le consommateur finit donc par payer plus cher ce qu'il était habitué d'avoir avant.

Et si ce dégraissage ne suffit pas, un autre tour de passe-passe peut aussi être mis à contribution par les fabricants. Tout aussi discrètement, ces derniers revoient les formules de leurs produits pour substituer des matières premières de moindre qualité à celles qui commencent à coûter un peu cher sur les marchés mondiaux. En vrac: le beurre et le lait se trouvent remplacés par des substances laitières ou des huiles bas de gamme, les viandes par des mélanges de viandes séparées mécaniquement et de protéines végétales, les fromages par des ersatz à base de tofu... La liste est loin d'être exhaustive.

Mais, qui sait, le consommateur pourrait peut-être en entendre parler lors d'un deuxième mois de la fraude?

***

conso@ledevoir.ca
 
 
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