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La fin de la carte de crédit?

Fabien Deglise   22 novembre 2008  Consommation
C'est une question de survie. En temps de récession, le monde des affaires fait généralement preuve d'une très grande créativité pour limiter ses pertes et relancer du même coup ses activités. Et le milieu bancaire américain, frappé de plein fouet par la crise du crédit, fait désormais une belle démonstration de ce principe...

Confrontées à la fragilité des hypothèques — pour le moins —, à l'endettement croissant des ménages et à la frilosité des consommateurs devant les achats compulsifs et surtout les achats à tempérament, les maisons de crédit, qui pourraient voir ainsi les lucratifs volumes de transactions baisser dans les prochains mois, semblent avoir trouvé la parade pour éviter le pire.

Elles mettent sur le marché des cartes prépayées qui maintiennent l'apparence du crédit mais limitent les risques de banqueroute et de non-paiement qui s'ensuivent. Et ce, avec des frais de service, d'ouverture de dossier et de transactions en sus qui laissent perplexe.

À l'origine, ces fausses cartes de crédit ont été développées par les Visa et MasterCard pour les ménages américains qui ne possèdent pas de compte en banque. Oui, dans la plus grande démocratie du monde, ça existe.

Il y aurait même 10 millions de familles dans cette situation au pays de Barack Obama, rappelle d'ailleurs le New York Times Magazine dans son édition du 9 novembre dernier. Ce n'est pas rien.

Hautement fonctionnel pour les exclus du crédit, ce mode de paiement, baptisé RushCard aux États-Unis et dont l'arrivée au Canada est imminente, fonctionne sur le modèle des cartes d'appel prépayées: pour pouvoir s'en prévaloir, il faut au préalable «mettre de l'argent dedans» (virtuellement, s'entend). Quand le montant est dépensé, la fête est terminée. Bref, c'est un peu comme de l'argent comptant, mais sur une carte.

Comme avantages, cette carte permet de régler des achats dans le monde virtuel, mais surtout elle assure à son détenteur une certaine «dignité» et lui confère un sentiment d'inclusion à la culture américaine de l'argent. «Nous avons créé la RushCard pour que tout le monde ait accès au rêve américain», résume un de ses promoteurs dans les pages du célèbre magazine, qui rayonne à travers le monde depuis l'île de Manhattan.

Jusqu'à aujourd'hui, et depuis 2003, 1,5 million de cartes prépayées de ce genre ont été vendues chez nos voisins du Sud, où les perspectives d'avenir pour ce mode de paiement sont finalement, en temps de crise, des plus intéressantes.

Poussés dans la marge — de crédit —, des millions de consommateurs pourraient en effet succomber aux attraits de ce type de carte, croient les marchands de rêves et ténors de la surconsommation. C'est que, dans une société de l'illusion, du superficiel et du paraître, le côté pratique de la RushCard et surtout l'image qu'elle donne à son propriétaire deviennent finalement un must. Un must qui se résume ainsi: je n'ai plus les moyens de vivre à crédit, mais il est encore possible de donner l'impression aux autres que je peux le faire.

Et comme dans ce beau monde rien n'est gratuit, l'orgueil lui-même finit par avoir un prix. Cette carte prépayée est aussi payante pour ceux qui l'ont mise sur le marché.

Il en coûte effectivement 20 $US pour en faire l'acquisition et, par la suite, chaque transaction coûte 1 $ — ou 10 $ par mois en adhérant à un forfait. Pas de doute, le milieu financier est déterminé à sortir de la crise. En passant une fois de plus la tondeuse sur les mêmes moutons.

***

C'est le paradoxe de notre époque. Alors que certains cherchent à confirmer leur appartenance sociale par la dépense outrancière, d'autres rêvent de consommer moins et surtout de réduire leur empreinte écologique pour le bien de l'humanité. Et pour eux, David Suzuki — un homme d'origine japonaise avec une barbiche, dit-on — et David R. Boyd viennent de publier Le Guide vert (Boréal).

Véritable guide pratique à l'usage du parfait petit écologiste nanti, le bouquin, traduit de l'anglais par Serge Paquin, propose dans différents champs de l'activité humaine des gestes pour faire du bien, ou pour faire moins de mal à la planète, c'est selon.

Sans surprise, on y parle donc d'ampoules fluocompactes, d'isolation de maisons, de voitures électriques, de réduction des déchet à la source, de produits non testés sur les animaux, d'aliments biologiques, de vélos, d'auto-partage (Communauto) ou encore de végétarisme et de réduction de l'apport calorique quotidien.

On y lit aussi des appels à ne pas consommer du thon rouge, du saumon d'élevage ou de l'eau en bouteille, par respect pour dame Nature. Entre autres choses.

En un peu plus de 200 pages, l'ouvrage expose donc l'ensemble des conditions gagnantes pour la survie de la planète selon le mouvement environnementaliste. Des conditions maintes fois ressassées au cours des dernières années dans les médias traditionnels et les émissions du type La Vie en vert (Télé-Québec), et que le duo Suzuki-Boyd rassemble ici, sans doute pour les néophytes de l'engagement social.

Autant le savoir. Car les autres, qui baignent là-dedans depuis des années, risquent de trouver l'ensemble redondant, au mieux, ou, au pire, de se lasser encore une fois d'un ton moralisateur dont le courant écologiste commence désormais à faire les frais.
 
 
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  • Ginette Bertrand - Inscrite
    22 novembre 2008 06 h 56
    Moutons orgueilleux?...
    Contrairement à vous, Monsieur Deglise, je ne vois pas dans la RushCard un moyen de donner le change par orgueil, mais plutôt un instrument fort utile pour les gens qui n'ont pas de carte de crédit par choix.

    Sans carte, il est impossible de réserver un billet de spectacle, une chambre d'hôtel, ou une place dans un avion ou le train. Impossible non plus de faire un achat quelconque par Internet. La RushCard éliminera ce problème tout en freinant les achats intempestifs. Le consommateur sera certain de ne pas s'endetter et vivra selon ses moyens.

    À vrai dire, tout le monde serait bien avisé de troquer ses cartes de crédit contre une RushCard.
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  • Marc Lapointe - Abonné
    22 novembre 2008 07 h 36
    Question de survie de qui au juste?
    Je ne comprends pas. Les grandes institutions de crédit ont donc trouvé le moyen de combler en partie leurs pertes de profits considérant la diminution du crédit à la consommation. La Rushcard -puisqu'il faut l'appeler par son nom- va me coûter 10$(US) pour l'acquisition et 1$(US) ensuite par transaction ou 10$(US) mensuellement c'est selon. Autrement dit, je vais débourser pour une carte débit de Visa, MasterCard etc Mais j'ai déjà une carte débit avec ma banque appelée Interac. Elle est gratuite (pour l'instant...) et les frais sont de 0,50$CAN par transaction, frais que le commerçant ajoute directement sur le paiement de la facture ou camouffle dans le prix d'achat. Un inconvénient cependant : les frais sont prohibitifs lors de retrait (comptant) dans une distributrice non dédiée à Interac ou ma banque. Enfin, la carte débit n'a pas l'apparence, le look de la carte de crédit mais ce détail pourrait être facilement corrigé pour, comme vous dites, donner l'impression aux autres que je moi aussi je peux vivre à crédit. Question de ménager l'orgueil des gens. À moins qu'Interac flaire la bonne affaire et modifie ses pratiques de concert évidemment avec les grandes institutions financières... À suivre!
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    22 novembre 2008 13 h 36
    Crédit à la carte?
    Plus de carte de crédit? Ou crédit à la carte (en apparence), qui pourrait être l'argument des promoteurs de cette RushCard. Pour en saisir toute la portée, il faut se référer à un site Internet qui en fait la promotion, par exemple celui de VISA. On y dit de suite que la carte VISA prépayée offre les avantages d'une carte de crédit sans contracter de dette, ce qui est séduisant.

    Plusieurs avantages sont avancés, dont le fait que l'argent que l'on consacre à cette carte détermine la limite des achats. Il est dit que cette carte est plus sécuritaire que de l'argent comptant, qu'elle donne accès à son argent partout, en tout lieu, en tout temps, qu'elle permet un dépôt direct GRATUIT (FREE, chaque fois qu'il est utilisé est toujours en majuscules), qu'une approbation ne nécessite qu'une vérification d'identité, qu'il est facile d'y ajouter de l'argent et qu'il n'y a pas de frais cachés. Il suffit de consulter un tableau pour en découvrir la liste. On dispose de près d'une dizaine de méthodes pour alimenter sa carte, comme un prélèvement automatique sur son chèque de paye ou un transfert de fonds à partir de son compte de banque (la carte ne s'adresse donc plus aux seuls ménages ne détenant pas de compte bancaire). Bref, le site dresse un tableau presque idyllique de cette nouvelle carte et de son mode d'emploi facile et sûr.

    Mais, les plus grands bénéficiaires de cette carte ne sont peut-être pas les consommateurs qui l'utilisent, mais ses promoteurs. En bas du site, en caractères pâless, on peat lire ceci : « The prepaid Visa® RushCard is issued by Manufacturers and Traders Trust Company pursuant to a license from Visa U.S.A. Inc. and is only available to residents of the United States (except Vermont) with a valid social security number. » Il semble donc évident que cette carte est destinée à relancer la consumation, au bénéfice de ceux qui en fabriquent les produits.

    Mais au passage, les « vendeurs » de cette carte ne manquent pas de se servir et d'empocher des montants substantiels. Si, comme le dit Fabien Deguise, l'auteur de l'article, 1,5 million de personnes ont acheté cette carte aux États-Unis au coût de 19,95$US, (le chiffre exacte donné par le site) une simple multiplication donne une idée du montant recueilli : 29 925 000 $US, pour VISA et MasterCard. Si l'on estime que ces 1 500 000 détenteurs ont effectué 10 achats par mois pendant 10 mois (pour simplifier), en payant donc 100 $ chacun pour chaque achat (1 $ par achat avec un plafond de 10 $ par mois), on obtient pour une année un montant colossal : 150 000 000 $. Ce chiffre n'a aucune précision, car il faudrait disposer de la ventilation du nombre de cartes utilisées par année depuis 2003 à nos jours et du nombre d'achats effectués pour la même période. Mais cette approximation donne à réfléchir.

    Certes, comme le souligne un commentaire, une carte est nécessaire pour effectuer un certain nombre d'achats et sous cette forme peut-être utile et ne pas donner la simple apparence d'avoir du crédit, comme le formule l'auteur : « je n'ai plus les moyens de vivre à crédit, mais il est encore possible de donner l'impression aux autres que je peux le faire ». Lorsqu'on en est là, tient-on tellement à sauver les apparences ou n'est-ce pas plutôt une question de survie.

    Mais il n'en reste pas moins que même dans une période de récession, «le monde des affaires fait généralement preuve d'une très grande créativité pour limiter ses pertes et relancer du même coup ses activités. Et le milieu bancaire américain, frappé de plein fouet par la crise du crédit, fait désormais une belle démonstration de ce principe... », comme l'écrit Fabien Deguise. Et sans aucun doute, ce mode de « crédit apparent » va se répandre comme une traînée de poudre, puisqu'il est si bénéfique pour ses promoteurs, qui ne courent plus le risque de ne pas être payés, puisque le détenteur doit commencer par aligner les fonds avant de pouvoir les utiliser. Astuce suprême ou, une crise a parfois du bon... pour certains.
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  • Marie J. Tremblay - Abonnée
    22 novembre 2008 13 h 54
    Carte debit-credit
    Aux Etats-Unis, les cartes debit seulement, comme on les voit au Quebec, n'existent pas. Les cartes debit des banques ont toutes un logo visa ou mastercard et on peut les utiliser comme carte debit ou comme carte de credit selon la lecture qu'en fait les machines des magasins.

    Si par un malheureux hasard il s'avere que nous fassions un achat alors que notre compte est en souffrance, on paiera un petit $34 de frais. Mes amis, pour nous soutirer de l'argent, ils n'en manquent pas une!
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