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    Toujours propre, l'eau en bouteille?

    25 octobre 2008 |Fabien Deglise | Consommation
    Inquiétés par l'innocuité de l'eau du robinet et étrangement rassurés par l'industrialisation de l'alimentation, les consommateurs se sont tournés en grand nombre, au cours des dernières années, vers l'eau en bouteille pour étancher leur soif. Parce que c'est pratique, parce que c'est à la mode et surtout parce que c'est plus propre.

    Or toutes ces motivations doivent aujourd'hui être remises en question sérieusement au regard des résultats d'une étude pas très complaisante envers l'industrie de l'eau embouteillée, étude que vient de dévoiler l'Environmental Working Group (EWG) aux États-Unis.

    Installé à Washington, le groupe de pression, qui traque les risques sanitaires liés à la consommation pour mieux les enrayer, a passé au crible 10 marques importantes d'eau en bouteille distribuées chez nos voisins du Sud. Plusieurs de ces produits, présents entre autres sur les rayons de la multinationale de la distribution Wal-Mart, se retrouvent aussi au Québec et au Canada. L'analyse visait à mesurer la présence de contaminants dans ces eaux que l'on dit irréprochables.

    Résultat? «L'industrie de l'eau en bouteille fait la promotion d'une image de pureté, écrit l'EWG dans son rapport final [www.ewg.org], mais les tests en laboratoire révèlent la présence étonnante de produits chimiques dans chaque bouteille analysée, dont plusieurs contaminants toxiques.» L'organisme précise toutefois que ces substances impropres ont été décelées à des taux qui respectent les normes fédérales américaines, mais dans deux cas elles contreviennent aux normes sévères de la Californie. Parfois, les consommateurs peuvent aussi trouver l'un ou l'autre de ces contaminants dans l'eau du robinet.

    N'empêche, contre un à trois dollars le litre, l'eau en bouteille est loin d'être aussi impeccable et proprette qu'on veut bien le laisser croire. Et l'Environmental Working Group le prouve en déclinant le nom des 38 contaminants découverts. Ceux-ci vont du coliforme fécal — un indice de pollution de l'eau — aux résidus classiques de pesticides, en passant par des traces d'engrais chimiques, de Tylenol, de toluène (un hydrocarbure) ou d'arsenic. Rien de moins.

    Un portrait chargé

    Dans le détail, six marques analysées contenaient des traces de contaminants d'origine agricole, généralement liés à l'usage d'engrais, et trois marques pouvaient se vanter de soigner autant qu'elles abreuvent: les laboratoires d'analyse de l'Université de l'Iowa et de l'Université du Missouri, en charge de l'étude, ont en effet révélé la présence d'acétaminophène, un antidouleur assez populaire merci, mais aussi de théobromine, un dérivé de la caféine.

    Autre constat: des traces d'acétaldéhyde, de lisobutane, de toluène, d'octane ou encore de napthalène, utilisés dans l'univers du plastique, ont été retrouvées dans l'eau de neuf marques placées sous microscope.

    Par ailleurs, sept échantillons contenaient des substances radioactives, dont le célèbre radium-228, ce qui fait dire à l'EWG que l'eau en bouteille «n'est pas la solution miracle» puisqu'elle «est exposée aux mêmes sources de contamination que l'eau du robinet», le plastique de la bouteille en plus. Et d'ajouter: «L'eau embouteillée n'est certainement pas la solution quand on cherche de l'eau exempte de contaminants.»

    Pour le groupe de pression environnementaliste, la voie royale que les consommateurs devraient emprunter pour être rassurés coule finalement de source: il suffit de filtrer l'eau du robinet — avec un bon filtre au charbon ou autre. L'EWG rappelle au passage que 44 % de l'eau mise en bouteille aux États-Unis provient d'ailleurs du robinet, qu'elle soit traitée ou non.

    Au Canada, ce type d'eau se retrouve dans les bouteilles de Dasani et d'Aquafina, deux marques populaires à la distribution épidémique détenue par les géants Coca-Cola et Pepsi. Les étiquettes de ces eaux, généralement exposées à côté de vraies eaux de source, précisent toutefois qu'il s'agit d'eau de la distribution publique. Comprendre: elle vient d'un aqueduc, le même qui amène le précieux liquide inodore, incolore et sans saveur dans les robinets des maisons.

    Pour toutes ces raisons et plus encore, l'organisme américain conseille donc aux consommateurs de mettre rapidement une croix sur les bouteilles en plastique au profit de contenants en acier inoxydable remplis d'eau du robinet filtrée. Il suggère aussi de faire pression sur les gouvernements afin qu'ils renforcent les lois en matière d'embouteillage de l'eau, et ce, pour que l'industrie qui aspire à faire de l'argent comme de l'eau fasse preuve aussi, à l'avenir, de plus de transparence quant à la nature réelle du produit qu'elle met sur le marché.

    ***

    Dupé par le marché de l'eau en bouteille, le consommateur le serait aussi par l'industrie des céréales qui, depuis des années, lui promet de la santé en boîte mais ne lui livre généralement rien de mieux que du sucre, peut-on lire dans la dernière livraison de Consumer Report, le Protégez-vous du ROC (rest of Canada).

    Sur la trentaine de marques soumises à l'analyse par le mensuel consumériste, quatre à peine peuvent réellement être considérées comme «très bonnes», soit les Cheerios classiques, les Kix, les Life et les Cheerios miel et noix. À l'opposé, les Corn Pops, les Golden Crisp, les Froot Loops, les Rice Krispies et les Cap'n Crunch doivent être consommées avec modération en raison d'une grande quantité de sucre qui en ferait des produits d'exception plutôt que des céréales au quotidien.

    L'étude du Consumer Report s'accompagne d'ailleurs d'un chiffre étonnant: la quantité de sucre ajouté consommée chaque jour par les Américains est de 134 grammes, soit l'équivalent de 17 sachets de sucre utilisés pour adoucir le goût du café. Il s'agit d'une augmentation de 40 % par rapport à la quantité de sucre ajouté consommée dans les années 50, une époque où l'obésité ne s'exhibait pas encore trop souvent dans les rues des grandes villes du pays.

    Ce dossier sur une autre vraie nature, celle des céréales, vient aussi avec cette anecdote amusante: au milieu des années 80, les plus vieux s'en souviennent, plusieurs grands céréaliers ont changé, sous l'effet de la rectitude politique, le nom de leurs produits pour faire disparaître le mot «sucre», nouvellement diabolisé.

    Ainsi, les Sugar Smacks sont devenues les Honey Smacks et les Super Sugar Crisp ont été rebaptisées Super Golden Crisp. «Mais les niveaux de sucre dans ces céréales, eux, sont restés les mêmes», peut-on lire. Sans surprise.
     
     
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