Dix tranches de pepperoni pour des pinottes
La ville a-t-elle encore des choses à offrir pour un seul petit dollar?
Photo : Pascal Ratthé
Avec quelques noix achetées en vrac, il est possible, pour moins d’un dollar, de déguster un aliment faisant partie du groupe des viandes et substituts, recommandé par le Guide alimentaire canadien. Une aubaine!
Que devient la ville l'été, que peut-on y vivre, y voir, y remarquer, y sentir, au-delà de toutes les activités officielles qui se multiplient sous le soleil? Nos journalistes vous font part des découvertes, des coups de coeur ou des sourires en coin que Montréal, Québec ou Ottawa, sous le ciel estival, leur ont inspirés.
Le mythe vaut une piasse. Il goûte aussi la pizza de fin de soirée, le hot dog steamé et le petit sac de caramels. Mous, naturellement.
N'empêche, alors que le litre d'essence a largement dépassé l'envergure d'un huard, que le dollar canadien grimpe par rapport à son homologue américain et que la planète se réchauffe, la ville a-t-elle encore, en 2008, des choses à offrir pour un seul et malheureux petit dollar? Un peu, mais pas assez pour bien manger et bien se divertir.
La confirmation vient très vite dans une épicerie près de chez vous, au rayon des fruits et légumes où, outre trois bananes, seuls deux kiwis se présentent aux traqueurs d'aubaines. Pour 99 sous. Point. À droite, la section des fromages et autres plaisirs lactés est évitée par décence: les chances d'y trouver de quoi se sustenter pour une piasse étant aussi élevées que celles de trouver une côtelette de porc kasher au rayon des viandes.
Dans le coin du pain, les espoirs sont élevés. Mais rapidement ils sont aussi déçus: un pain blanc tranché «sans nom» se transige aujourd'hui sur le marché de l'alimentation à... 2,19 $; 2,39 $ s'il est «enrichi». Dans une série de bacs, un croissant industriel (89 ¢), une brioche à la cannelle (69 ¢) — tout aussi industrielle — et un scone sec aux bleuets (65 ¢) tendent les bras. «Mais on ne va pas les acheter parce qu'on ne les mangera pas», entend-on dans une tête.
Pour 100 briques, t'as plus rien, disait le réalisateur français Édouard Molinaro en 1982. Vingt-six ans plus tard, le constat vaut pour le dollar qui, devant une demi-baguette à 1,25 $, une boîte de conserve de Paris pâté à 1,29 $, un yogourt à 1,09 $ et même un paquet de Kraft Dinner à 1,59 $, ne fait malheureusement plus le poids. Bref, «y en aura pas de facile», comme disent les athlètes canadiens à Pékin.
Le secret est dans l'unité
Une fois les attentes éclipsées par la réalité et les trop chers poudings à la vanille française ou Kool-Aid bleu, le tableau des évidences à moins d'un dollar prend finalement forme: les conserves et les boissons gazeuses dominent pour ce qui est de ce que la menue monnaie peut rapporter, macédoine et salades de légumineuses confondues. Pour 0,99 $, le client en quête d'exotisme gazeux peut même dénicher un peu de la Chine en format deux litres au goût de litchi. Le luxe à petit prix.
Le vrac se dresse aussi en véritable paradis du huard. L'inaccessible groupe des viandes et substituts, recommandé par le Guide alimentaire canadien, peut donc être dégusté — pour autant qu'il soit pesé avec une précision chirurgicale, pour que cette poignée de noix ou ce tentant «mélange montagnard» reste dans les limites de l'exercice.
Un penchant pour les crevettes nordiques sauvages? Demandez et vous recevrez 23 de ces petits crustacés — pas un de plus — pour 0,95 $. Une surprise qui n'a rien à envier à celle du nombre de tranches de pepperoni que le dollar peut permettre d'acquérir. Alors que le boucher empoigne la moins dispendieuse des charcuteries, les espérances volent bas. Quatre tranches, tout au plus, feront le poids et le compte, se dit-on. Erreur puisque chaque nouveau coup de trancheuse stupéfie. Six... Sept... Huit... Neuf... À dix, c'est presque une pizza 12 pouces qui se pointait. Mais sans sauce, sans pâte et sans fromage.
La tristesse n'est toutefois que passagère. Après des heures de recherche — en évitant les magasins à un dollar parce que ç'aurait été trop facile —, la plus payante acquisition avec un seul dollar se profile enfin. Au dépanneur du coin de la rue, huit dollars en chocolat scintillent dans leur emballage couleur or. Huit piasses pour une piasse? Le retour sur investissement de 700 % laisse rêveur. Même s'il n'est pas très nourrissant.
Le mythe vaut une piasse. Il goûte aussi la pizza de fin de soirée, le hot dog steamé et le petit sac de caramels. Mous, naturellement.
N'empêche, alors que le litre d'essence a largement dépassé l'envergure d'un huard, que le dollar canadien grimpe par rapport à son homologue américain et que la planète se réchauffe, la ville a-t-elle encore, en 2008, des choses à offrir pour un seul et malheureux petit dollar? Un peu, mais pas assez pour bien manger et bien se divertir.
La confirmation vient très vite dans une épicerie près de chez vous, au rayon des fruits et légumes où, outre trois bananes, seuls deux kiwis se présentent aux traqueurs d'aubaines. Pour 99 sous. Point. À droite, la section des fromages et autres plaisirs lactés est évitée par décence: les chances d'y trouver de quoi se sustenter pour une piasse étant aussi élevées que celles de trouver une côtelette de porc kasher au rayon des viandes.
Dans le coin du pain, les espoirs sont élevés. Mais rapidement ils sont aussi déçus: un pain blanc tranché «sans nom» se transige aujourd'hui sur le marché de l'alimentation à... 2,19 $; 2,39 $ s'il est «enrichi». Dans une série de bacs, un croissant industriel (89 ¢), une brioche à la cannelle (69 ¢) — tout aussi industrielle — et un scone sec aux bleuets (65 ¢) tendent les bras. «Mais on ne va pas les acheter parce qu'on ne les mangera pas», entend-on dans une tête.
Pour 100 briques, t'as plus rien, disait le réalisateur français Édouard Molinaro en 1982. Vingt-six ans plus tard, le constat vaut pour le dollar qui, devant une demi-baguette à 1,25 $, une boîte de conserve de Paris pâté à 1,29 $, un yogourt à 1,09 $ et même un paquet de Kraft Dinner à 1,59 $, ne fait malheureusement plus le poids. Bref, «y en aura pas de facile», comme disent les athlètes canadiens à Pékin.
Le secret est dans l'unité
Une fois les attentes éclipsées par la réalité et les trop chers poudings à la vanille française ou Kool-Aid bleu, le tableau des évidences à moins d'un dollar prend finalement forme: les conserves et les boissons gazeuses dominent pour ce qui est de ce que la menue monnaie peut rapporter, macédoine et salades de légumineuses confondues. Pour 0,99 $, le client en quête d'exotisme gazeux peut même dénicher un peu de la Chine en format deux litres au goût de litchi. Le luxe à petit prix.
Le vrac se dresse aussi en véritable paradis du huard. L'inaccessible groupe des viandes et substituts, recommandé par le Guide alimentaire canadien, peut donc être dégusté — pour autant qu'il soit pesé avec une précision chirurgicale, pour que cette poignée de noix ou ce tentant «mélange montagnard» reste dans les limites de l'exercice.
Un penchant pour les crevettes nordiques sauvages? Demandez et vous recevrez 23 de ces petits crustacés — pas un de plus — pour 0,95 $. Une surprise qui n'a rien à envier à celle du nombre de tranches de pepperoni que le dollar peut permettre d'acquérir. Alors que le boucher empoigne la moins dispendieuse des charcuteries, les espérances volent bas. Quatre tranches, tout au plus, feront le poids et le compte, se dit-on. Erreur puisque chaque nouveau coup de trancheuse stupéfie. Six... Sept... Huit... Neuf... À dix, c'est presque une pizza 12 pouces qui se pointait. Mais sans sauce, sans pâte et sans fromage.
La tristesse n'est toutefois que passagère. Après des heures de recherche — en évitant les magasins à un dollar parce que ç'aurait été trop facile —, la plus payante acquisition avec un seul dollar se profile enfin. Au dépanneur du coin de la rue, huit dollars en chocolat scintillent dans leur emballage couleur or. Huit piasses pour une piasse? Le retour sur investissement de 700 % laisse rêveur. Même s'il n'est pas très nourrissant.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

