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D'abord, qu'est-ce-qu'un pays? Et, réponse aux deux questions sur le réel et l'imaginaire
D'abord, qu'est-ce qu'un pays?
N'est-ce-pas qu'un pays est toujours, avec ses prétentions de réalité, toujours imaginaire dans l'esprit des citoyens?
Tout pays se base sur une notion d'identité: un idéal en permanente construction.
L'identité, c'est le pouvoir de me représenter à moi-même face à mes voisins, dans ce qui me caractérise et me distingue. Un bouton de chemise ne se distingue pas d'un autre bouton sur la même chemise, encore qu'il possède des caractéristiques de lieu et de nécessité (au col, aux poignets...)
Je suis une personne et je suis membre d'une communauté organisée. La mienne est québécoise, la vôtre est la vôtre.
Mon identité m'illustre et me colore. Cela veut dire que je porte en ma personne une histoire, une culture, une langue, des habitudes éprouvées, que j'aime et que j'assume.
Normalement, je suis satisfait de cette identité qui s'est sculptée par des marques de souffrances et de joies. Je suis le produit des labeurs de mes prédécesseurs et d'une culture qui font que mes qualités de bravoure, de discrétion, d'humilité, de fierté, de savoir, de langue, sont héritées et qu'elles ont des teintes particulières et distinctes.
Ceux qui m'ont devancé ont voulu vivre avec noblesse; c'est surtout cela: une grandeur. Se comporter dans leurs ouvrages, dans leurs manières, dans leur parler, dans leur expériences, avec une dignité qui se voulait exemplaire.
Mais les Juifs ne sont-ils pas exemplaires? Les Russes? Les Allemands? Les Arabes? Ils vous diront tous que "oui", que ce soit en référence à leur culture, à leur mouvance, à leur gouvernement.
Aucun ne prétendra qu'il domine en toutes choses les autres pays ou nationalités. Mais chacun prétendra ou entretiendra la conviction qu'il tient à ce qui lui parait de meilleur et d'unique à son destin.
Si un citoyen désire quitter son pays pour des raisons de persécussion, de famine ou autre, il cherchera à s'établir en un ailleurs où il fait bon vivre en harmonie.
Il gardera malgré tout une nostalgie de sa patrie. Il en gardera le souvenir de ses temps meilleurs, de ses moments d'amour et de prospérité. Il en rêvera.
Il n'en souhaitera pas l'extinction, car ce serait poser un acte suicidaire de son identité.
Le Québec est-il un pays réel?
Pour répondre à cette question, établissons qu'il est un pays réel et procédons à la démonstration.
Un peuple est né ici, au Nouveau Monde, il y a quatre-cent-soixante-quinze-ans. Ils étaient venus de France et ceux qui vinrent avec eux furent vite engagés ensemble dans une entreprise où ils auraient à s'organiser pour y rester (s'établir), dans des conditions climatiques, économiques, ethniques, religieuses, militaires, ensemble conjuguées.
Un esprit est né et s'est développé de cet amalgame.
Et c'est ici que l'identité et le pays se sont crées.
On a vu prendre corps une volonté obstinée de combattre, malgré les adversités naturelles et humaines, malgré les conquérants armés et incendiaires qui auraient voulu que disparaisse l'âme française et catholique, et du coup ses orgueilleux colons, ses opiniâtres travailleurs.
Chose particulièrement honorable et puissante au regard des autres peuples, ces gens d'ici n'ont jamais cherché la guerre sanguinaire pour défendre leur existence.
Ils étaient les enfants de la Révolution française et aspiraient à incarner la démocratie dans un nouveau continent, à tout le moins, la force agissante d'un peuple et non celle de Rois tout-puissants.
C'est pour cette raison de non-violence et de non-arrogance que les Québécois adoptent une attitude réservée quand on leur parle de leur propre affirmation identitaire et nationale.
Leur position timorée tient à un doute que ne soit pas comprise leur assurance et leur solidité qui passent par la modestie.
S'ils ne se braquent pas, ils ne se nient pas pour autant.
S'il est une vertu de notre peuple, admirée et convoitée des autres pays, c'est bien celle de son pacifisme.
Il y a d'ailleurs fort à penser que les Québécois sont les principaux revendicateurs d'une paix qui n'a pas vu le sang verser davantage sur nos terres, dû à la patience et au pacifisme qu'ils ont offerts.
Cette qualité fait de mon Québec un pays formidable!
Il est une dimension de réalité tangible à un pays, qui consiste, par la marque d'un symbole, à l'identifier.
Pour les chrétiens, par exemple, la croix représente l'assumation de la vie humaine dans l'horizontalité et dans la verticalité. Elle proclame la compréhension de la vie humaine dans ses temps d'amour (bras ouverts), et d'élévation (le pieu vertical), et le tout, par l'instrument de supplice, une compassion pour la souffrance.
Pour le Québec, c'est la Fleur-de-lis. Elle signifie la francité, la beauté, l'élégance, la culture occidentale comptant parmi les plus riches,savantes et civilisées.
Le Québec a sa réalité dans son fleurdelisé.
Quel est mon Québec imaginaire?
Ce Québec n'est pas purement imaginaire ou sinon, il est réel et se donne une réalité imaginée, c'est à dire: projective. Et c'est le cas de toute personne saine, douée de raison, de matière, d'imagination et d'idéal.
Sans imaginaire d'ailleurs, un pays n'existe pas. Il traverse les épreuves du temps et porte un projet d'organisation et de co-existence auprès des pays voisins, pour rendre le monde meilleur. Autrement, il n'a pas sa raison d'être.
Ce Québec est une terre de partage convivial et de paix. Il se veut démocratique et compatissant.
Il croit que le progrès n'a pas une connotation qu'économique.
Il sait que le temps de vivre sainement, dans une Nature protégée et respectée, vaut plus que tous les millions.
Il sait que l'humanisme est la seule religion universelle. Cet humanisme consiste à voir en l'autre celui que nous sommes et à lui tendre la main, un morceau de pain, un verre de vin.
Mon Québec imaginaire et réel accueille ses immigrants dans le respect et les invite à adhérer aux valeurs qui font le bonheur de ses habitants et qu'ils nous demandent de leur offrir.
Mon Québec se méfie des dogmes annonciateurs trop souvent de radicales et haineuses manifestations. Il s'objecte aux sectaristes, surtout ceux qui se tiennent parmi la communauté, tout en lui tournant le dos, ne parlant pas aux concitoyens, ne participant pas aux coutumes de la Cité, ne parlant pas la langue officielle des communications, se munissant, aux frais des contribuables, de privilèges d'exclusion face à ceux chez qui ils sont venus vivre.
Finalement, je me permettrai de proposer quatre piliers sur lesquels ce pays imaginaire et réel doit reposer:
1- D'abord, une CONSTITUTION, i.e. un baptistère, un fondement tangible, qui définit les responsabilités et les droits de ses citoyens.
2- Ensuite, un seul IMPÔT national, un budget et un compte commun unique, perçu par le gouvernement du Québec.
3- Puis, un ESPACE, i.e. un seuil de voisinage, pour rendre son territoire habitable et visitable. Espace qui délimite sa géographie physique et humaine.
4- Enfin, une LANGUE,, i.e un verbe, une voix, qui est le français et qui en est l'âme.
Nous concluons par un rapport référenciel indispensable que tout pays se donne en se reconnaissant un père fondateur.
Il n'y a pas de famille noble et fière qui ne glorifie pas son père et ne le reconnait pas comme celui de qui proviennent ses beaux traits.
Pour nous Québécois, c'est, depuis ses débuts, Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Pierre Chomedy de Maisonneuve, Louis-Joseph Papineau; Mais il en faut UN. Et pour le Québec moderne, celui en qui nous reconnaissons, à la tête de tous les autres, un admirable exemple de démocratie, c'est René Lévesque.
Merci et salutations à votre travail, Monsieur Fischer,
Jean-Marc Labrèche
