Rêve d'une langue commune, par Louise Caron, Gâtineau

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Hervé Fischer

Date: dimanche 16 décembre 2007 14:33



Rêve d'une langue commune

 

            Au seuil de l’adolescence, alors que ma pensée était perméable à toutes les influences, la Crise d’octobre 1970 a déclenché une prise de conscience qui aura déterminé ensuite le cours de ma vie. Je venais de découvrir mon identité de québécoise francophone et  la précarité de ma langue maternelle. Vers l’âge de 16 ans, dans le cadre d’un cours de méthodologie, j’ai choisi de rédiger ma dissertation de fin d’année sur l’indépendance du Québec et sur la survie du français en Amérique du Nord. La loi 22 du gouvernement Bourassa venait d’être adoptée et représentait, pour moi, un bon pas en avant… enfin! Dès lors, j’ai rêvé d’un Québec indépendant et j’ai fait de la défense du français mon cheval de bataille. Je rêve encore, mais ce rêve s’étiole. L’idéalisme de mon adolescence a fait place au réalisme de l’âge mûr. Les sempiternelles querelles entre fédéralistes et souverainistes me donnent maintenant la nausée. Ce pays rêvé n’existera probablement jamais. Pis, ma langue maternelle est peut-être appelée à disparaître à plus ou moins long terme du paysage nord-américain, comme toutes les langues minoritaires soumises à la domination d’une autre. Je fais maintenant face à la désillusion. Dorénavant, je pourrai difficilement résister à la tentation de baisser les bras. Oui, pourquoi continuer à lutter pour sauvegarder ma langue alors que je vois tant de jeunes autour de moi préférer voir un film en anglais, ou lire un livre en anglais, plutôt que sa traduction en français? Oui, quelle est l’utilité de me battre lorsque j’entends ces jeunes parents, Québécois de souche, applaudir à l’apprentissage de l’anglais dès la première année du primaire tandis que leur enfant ne sait même pas encore écrire dans sa langue maternelle? Oui, pourquoi continuer à braver l’anglicisation alors que des producteurs ne prennent même plus la peine de sous-titrer en français lorsqu’un personnage s’exprime en anglais dans un téléroman diffusé sur une chaîne francophone?

 

Or, l’autre jour, au lendemain de notre première tempête, assise dans l’autobus, j’ai été témoin d’une scène qui m’a redonné le goût de rêver. Trois jeunes femmes, toutes de nationalités différentes, chaudement vêtues comme tous les citoyens d’ici aux prises avec l’hiver, essayaient de se faire comprendre en parlant une langue commune : le français! Elles sont descendues au même arrêt et semblaient se connaître. J’en ai conclu qu’elles suivaient peut-être ensemble des cours de français. Et si c’était ça désormais mon Québec rêvé? Une nation accueillant des membres d’autres nations qui, pour se faire comprendre, parleront la même langue, à savoir le français. Je reprends donc mon bâton de pèlerin. Nous qui habitons le seul coin de terre en Amérique du Nord où la langue française est majoritaire, faisons en sorte qu’elle soit commune à tous ses habitants, qu’ils soient de nouveaux arrivants ou qu’ils y soient installés depuis des lustres, pour qu’ils puissent communiquer entre eux afin de mieux se comprendre. Il m’est donc encore permis de rêver. L’avenir de cette langue dépend de nous tous Québécois, toutes origines confondues. Prenons sa destinée en main, soyons-en fiers, aimons-la et ayons la volonté de la préserver. Ne cédons pas à la facilité et ayons le courage politique et citoyen d’imposer cette langue commune. Faites que mon rêve ne soit pas chimérique. Faites que dans cent ans il soit encore possible de parler français au Québec.

 

 

Louise Caron

Gatineau




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