L'histoire d'un peuple qui ignore son potentiel, par Éric Fréchette, L'Assomption
Hervé Fischer
Date: dimanche 11 novembre 2007 11:14
L’histoire d’un peuple qui ignore son potentiel.
Ce qui frappe le plus quand on regarde l’attitude et l’opinion des Québécois, c’est l’efficacité avec laquelle fut martelée l’idée que nous ne sommes qu’un petit peuple sans envergure. De Lord Durham jusqu’à P.E. Trudeau, c’est incroyable de voir à quel point le Québec entier fut marqué au fer rouge en tant que peuple «né pour un petit pain». C’est désolant.
Le Québec réel est pourtant pourvu de richesses impressionnantes, naturelles et humaines. L’ennui c’est que l’État a presque toujours choisi d’abdiquer son rôle de gestionnaire au profit d’entreprises privées (le plus souvent étrangères) peu soucieuses de l’environnement, du renouvellement ou simplement du partage des bienfaits avec la population.
Les secteurs des mines et de la forêt sont des exemples flagrants. Les compagnies minières et forestières opèrent à coup d’allègements fiscaux et de passe-droits, quand ce ne sont pas carrément les subventions. Tout cela sous prétexte que ces entreprises fournissent de nombreux emplois «en région». La réalité, au final, c’est que les villes et villages qui accueillent ces employeurs se font littéralement traiter en bassins de ressources humaines «jeter après usage». En général, après le passage de ces compagnies, l’environnement est dévasté (montagnes de déchets miniers chez les uns, forêt rasée chez les autres). Avec un peu de chance, une génération entière aura profité de la manne des emplois. La suivante n’aura qu’à s’exiler...
En ce moment, avec les éoliennes, c’est le même genre de déresponsabilisation de l’État qui prévaut. On concède d’immenses secteurs du territoires à des développeurs privés et on fait preuve d’un laxisme lamentable quant à la surveillance de leurs agissements. Trop bête pour comprendre qu’une entreprise privée n’existe que dans le but de réaliser les plus grands profits, sans égard à la qualité de vie de la population. L’éolienne la plus rentable, c’est celle qui se trouve en pleine zone habitée, on sauve notamment sur l’entretien. Mais toutes les études (bien connues de l’industrie) le disent, les éoliennes produisent un bruit sourd constant et un certain champ magnétique qui, quoique imperceptibles, sont effectifs dans un vaste rayon. Chez la majorité des gens, une exposition soutenue à ces irritants provoque un stress qui peut dégénérer en insomnie, voire en dépression. Mais allez donc vous plaindre à une entreprise privée qui agit en sous-traitant pour Hydro-Québec...
Le Québec actuel est un état à la mesure de son peuple, pathologiquement timoré. De la même manière qu’il refuse de prendre en main sa propre destiné, préférant en laisser les rênes à un autre peuple, il croit volontiers que l’entreprise privée saura toujours mieux faire que le secteur public. Il faut bien le dire, l’explication est facile. Tant et aussi longtemps qu’on ne prend pas soi-même les décision nous concernant, il demeure possible de critiquer. C’est confortable la dépendance...
Pourtant, le Québec compte déjà sur une économie très enviable, classée 15e au monde (comparée à près de 200 pays). De plus, le Québec compte parmi les meneurs dans des secteurs économiques qui seront peu touchés par la mondialisation (ce qui ne sera pas le cas de l’Ontario par exemple) et il compte d’importantes ressources renouvelables (tout le contraire de l’Alberta). Sa culture, parfois déjà reconnue comme québécoise plutôt que canadienne, est incroyablement vigoureuse sur le plan international. Mais encore une fois, les Québécois se laissent plus facilement convaincre par ceux qui affirment leur petitesse.
Cela dit, avec un peu de vision le Québec pourrait faire beaucoup mieux. Chacun sait que le Québec est déjà l’un des plus importants producteurs d’électricité «verte» au monde. Soulignons sur ce point qu’il dispose toujours d’un potentiel hydroélectrique pouvant doubler sa production actuelle et qu’il pourrait aisément produire autant en énergie éolienne hors des zones habitées. Bref la limite est loin d’être atteinte. Chacun sait également que le Québec dispose de réserves considérables d’eau douce (3% de l’eau douce mondiale en fait).
Chacune de ces ressources prise individuellement constitue déjà une richesse incroyable (et renouvelable!). Mais si on les combine, on obtient la possibilité de créer une richesse bien plus grande encore: l’hydrogène. Cet élément est en fait un carburant extraordinaire et peut être produit à partir de l’eau par un procédé utilisant l’électricité.
Malgré une campagne de dénigrement par les compagnies pétrolières*, il s’avère que l’hydrogène possède tout du carburant idéal pour remplacer l’essence. Son premier atout est important. L’hydrogène est une technologie déjà maîtrisée (les moteurs l’utilisant sont presque identiques aux moteurs à essence) et il convient parfaitement au mode de distribution déjà existant (il se transporte et s’entrepose au même titre que l’essence).
À cela il faut ajouter des avantages environnementaux considérables. Il ne crée aucune pollution lors de sa production, du moment que l’électricité servant à le produire soit elle-même non-polluante, et il n’en crée pas davantage au moment de servir puisque sa combustion ne produit que de la vapeur d’eau (pure!). Évidemment, il s’agit d’un carburant tout à fait renouvelable.
Du point de vue du consommateur, il y a d’énormes bénéfices. Il faut savoir que la combustion de l’hydrogène dans un moteur est parfaite (contrairement à l’essence). Cela, ajouté à la nature même du combustible, fait en sorte qu’un moteur à hydrogène ne s’encrasse pas et qu’il ne subit qu’une usure minimale. Certains seront aussi heureux d’apprendre que les performances d’un tel moteur dépassent nettement celles d’un moteur à essence.
Enfin, lorsqu’il est comparé aux autres énergies de remplacement, l’hydrogène ressort nettement du lot. Contrairement à l’éthanol, il n’exige pas le détournement de cultures destinées à l’alimentation et ne crée pas non plus un besoin colossal en engrais chimiques polluants. Contrairement à l’électricité, il ne demande pas un espace démesuré pour obtenir une certaine puissance ou une certaine autonomie. Il est également parfaitement adapté au froid. Les batteries ont tendance à se vider au froid et les voitures électriques doivent utiliser un surplus d’énergie pour chauffer l’habitacle. En fait, l’hydrogène (qui est un gaz à l’état normal) ne risque même pas de geler dans les conduites menant au moteur...
Bref, le Québec aurait tous les atouts pour devenir l’Arabie Saoudite du carburant de l’avenir et, du même coup, devenir un meneur mondial en environnement. Il lui suffirait d’avoir un peu de vision et de montrer la voie en équipant d’abord ses véhicules publics de moteurs à hydrogène. L’étape suivante consisterait à exiger des fabricants automobiles qu’ils offrent l’option sur les véhicules vendus au Québec (plusieurs, dont BMW, ont déjà de tels véhicules en Europe). À cela, il faut ajouter la création d’un réseau de distribution raisonnable. Si les pétrolières font la fine bouche, il suffirait de passer par les indépendants qui seront plus qu’heureux de réaliser enfin des profits supérieurs aux quelques sous du litre laissés par leurs fournisseurs.
Mais bon, pour que cela se réalise, il faudrait avoir un peu de vision et un minimum de confiance en soi. Deux denrées rares chez un peuple «sans histoire» (Lord Durham) composé de «porteurs de boîtes à lunch» (P.E. Trudeau)...
*La critique des pétrolières à l’encontre de l’hydrogène tient aux risques d’explosion qu’elles affirment supérieurs à l’essence. Or la réalité tend à démontrer que les risques sont sensiblement les mêmes et que, de plus, l’hydrogène étant un gaz plus léger que l’air, il se dissipe aisément lorsqu’il y a une fuite. Cela se fait sans dommage pour l’environnement et évite les accumulations de combustible sur les lieux d’un accident.
Éric Fréchette
Enseignant d’histoire
L’Assomption, Québec
Ce qui frappe le plus quand on regarde l’attitude et l’opinion des Québécois, c’est l’efficacité avec laquelle fut martelée l’idée que nous ne sommes qu’un petit peuple sans envergure. De Lord Durham jusqu’à P.E. Trudeau, c’est incroyable de voir à quel point le Québec entier fut marqué au fer rouge en tant que peuple «né pour un petit pain». C’est désolant.
Le Québec réel est pourtant pourvu de richesses impressionnantes, naturelles et humaines. L’ennui c’est que l’État a presque toujours choisi d’abdiquer son rôle de gestionnaire au profit d’entreprises privées (le plus souvent étrangères) peu soucieuses de l’environnement, du renouvellement ou simplement du partage des bienfaits avec la population.
Les secteurs des mines et de la forêt sont des exemples flagrants. Les compagnies minières et forestières opèrent à coup d’allègements fiscaux et de passe-droits, quand ce ne sont pas carrément les subventions. Tout cela sous prétexte que ces entreprises fournissent de nombreux emplois «en région». La réalité, au final, c’est que les villes et villages qui accueillent ces employeurs se font littéralement traiter en bassins de ressources humaines «jeter après usage». En général, après le passage de ces compagnies, l’environnement est dévasté (montagnes de déchets miniers chez les uns, forêt rasée chez les autres). Avec un peu de chance, une génération entière aura profité de la manne des emplois. La suivante n’aura qu’à s’exiler...
En ce moment, avec les éoliennes, c’est le même genre de déresponsabilisation de l’État qui prévaut. On concède d’immenses secteurs du territoires à des développeurs privés et on fait preuve d’un laxisme lamentable quant à la surveillance de leurs agissements. Trop bête pour comprendre qu’une entreprise privée n’existe que dans le but de réaliser les plus grands profits, sans égard à la qualité de vie de la population. L’éolienne la plus rentable, c’est celle qui se trouve en pleine zone habitée, on sauve notamment sur l’entretien. Mais toutes les études (bien connues de l’industrie) le disent, les éoliennes produisent un bruit sourd constant et un certain champ magnétique qui, quoique imperceptibles, sont effectifs dans un vaste rayon. Chez la majorité des gens, une exposition soutenue à ces irritants provoque un stress qui peut dégénérer en insomnie, voire en dépression. Mais allez donc vous plaindre à une entreprise privée qui agit en sous-traitant pour Hydro-Québec...
Le Québec actuel est un état à la mesure de son peuple, pathologiquement timoré. De la même manière qu’il refuse de prendre en main sa propre destiné, préférant en laisser les rênes à un autre peuple, il croit volontiers que l’entreprise privée saura toujours mieux faire que le secteur public. Il faut bien le dire, l’explication est facile. Tant et aussi longtemps qu’on ne prend pas soi-même les décision nous concernant, il demeure possible de critiquer. C’est confortable la dépendance...
Pourtant, le Québec compte déjà sur une économie très enviable, classée 15e au monde (comparée à près de 200 pays). De plus, le Québec compte parmi les meneurs dans des secteurs économiques qui seront peu touchés par la mondialisation (ce qui ne sera pas le cas de l’Ontario par exemple) et il compte d’importantes ressources renouvelables (tout le contraire de l’Alberta). Sa culture, parfois déjà reconnue comme québécoise plutôt que canadienne, est incroyablement vigoureuse sur le plan international. Mais encore une fois, les Québécois se laissent plus facilement convaincre par ceux qui affirment leur petitesse.
Cela dit, avec un peu de vision le Québec pourrait faire beaucoup mieux. Chacun sait que le Québec est déjà l’un des plus importants producteurs d’électricité «verte» au monde. Soulignons sur ce point qu’il dispose toujours d’un potentiel hydroélectrique pouvant doubler sa production actuelle et qu’il pourrait aisément produire autant en énergie éolienne hors des zones habitées. Bref la limite est loin d’être atteinte. Chacun sait également que le Québec dispose de réserves considérables d’eau douce (3% de l’eau douce mondiale en fait).
Chacune de ces ressources prise individuellement constitue déjà une richesse incroyable (et renouvelable!). Mais si on les combine, on obtient la possibilité de créer une richesse bien plus grande encore: l’hydrogène. Cet élément est en fait un carburant extraordinaire et peut être produit à partir de l’eau par un procédé utilisant l’électricité.
Malgré une campagne de dénigrement par les compagnies pétrolières*, il s’avère que l’hydrogène possède tout du carburant idéal pour remplacer l’essence. Son premier atout est important. L’hydrogène est une technologie déjà maîtrisée (les moteurs l’utilisant sont presque identiques aux moteurs à essence) et il convient parfaitement au mode de distribution déjà existant (il se transporte et s’entrepose au même titre que l’essence).
À cela il faut ajouter des avantages environnementaux considérables. Il ne crée aucune pollution lors de sa production, du moment que l’électricité servant à le produire soit elle-même non-polluante, et il n’en crée pas davantage au moment de servir puisque sa combustion ne produit que de la vapeur d’eau (pure!). Évidemment, il s’agit d’un carburant tout à fait renouvelable.
Du point de vue du consommateur, il y a d’énormes bénéfices. Il faut savoir que la combustion de l’hydrogène dans un moteur est parfaite (contrairement à l’essence). Cela, ajouté à la nature même du combustible, fait en sorte qu’un moteur à hydrogène ne s’encrasse pas et qu’il ne subit qu’une usure minimale. Certains seront aussi heureux d’apprendre que les performances d’un tel moteur dépassent nettement celles d’un moteur à essence.
Enfin, lorsqu’il est comparé aux autres énergies de remplacement, l’hydrogène ressort nettement du lot. Contrairement à l’éthanol, il n’exige pas le détournement de cultures destinées à l’alimentation et ne crée pas non plus un besoin colossal en engrais chimiques polluants. Contrairement à l’électricité, il ne demande pas un espace démesuré pour obtenir une certaine puissance ou une certaine autonomie. Il est également parfaitement adapté au froid. Les batteries ont tendance à se vider au froid et les voitures électriques doivent utiliser un surplus d’énergie pour chauffer l’habitacle. En fait, l’hydrogène (qui est un gaz à l’état normal) ne risque même pas de geler dans les conduites menant au moteur...
Bref, le Québec aurait tous les atouts pour devenir l’Arabie Saoudite du carburant de l’avenir et, du même coup, devenir un meneur mondial en environnement. Il lui suffirait d’avoir un peu de vision et de montrer la voie en équipant d’abord ses véhicules publics de moteurs à hydrogène. L’étape suivante consisterait à exiger des fabricants automobiles qu’ils offrent l’option sur les véhicules vendus au Québec (plusieurs, dont BMW, ont déjà de tels véhicules en Europe). À cela, il faut ajouter la création d’un réseau de distribution raisonnable. Si les pétrolières font la fine bouche, il suffirait de passer par les indépendants qui seront plus qu’heureux de réaliser enfin des profits supérieurs aux quelques sous du litre laissés par leurs fournisseurs.
Mais bon, pour que cela se réalise, il faudrait avoir un peu de vision et un minimum de confiance en soi. Deux denrées rares chez un peuple «sans histoire» (Lord Durham) composé de «porteurs de boîtes à lunch» (P.E. Trudeau)...
*La critique des pétrolières à l’encontre de l’hydrogène tient aux risques d’explosion qu’elles affirment supérieurs à l’essence. Or la réalité tend à démontrer que les risques sont sensiblement les mêmes et que, de plus, l’hydrogène étant un gaz plus léger que l’air, il se dissipe aisément lorsqu’il y a une fuite. Cela se fait sans dommage pour l’environnement et évite les accumulations de combustible sur les lieux d’un accident.
Éric Fréchette
Enseignant d’histoire
L’Assomption, Québec
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