De nouveaux défis, par Paul Lévesque

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Hervé Fischer

Date: dimanche 11 novembre 2007 11:09



QUÉBEC

 

 

Le Québec réel

 

Le Québec a beaucoup changé depuis cinquante ans et c’est très bien. Personne ne voudrait retourner aux discours de Duplessis flanqué de l’archevêque ou d’un de ses évêques. Le Québec a même franchement bien progressé dans certains secteurs d’activités au point d’être devenu une référence. Cela dit, le reste du monde a lui aussi changé et si le Québec a relevé avec brio quelques défis, d’autres se pointent à l’horizon.

 

En comparaison aux vieux pays européens, le Québec est rafraîchissant, malléable et sans a priori.  Son combat pour préserver son caractère distinct au sein d’une Amérique sans pitié pour ce qui n’est pas homogène est remarquable. Le Québec est ouvert sur le monde et demeure une terre d’accueil pour les immigrants malgré ce que la commission sur les accommodements raisonnables pourrait nous laisser croire. Il offre aussi une des meilleures qualités de vie au monde. Ce sont là des forces indéniables.

 

Pourtant, ce Québec manque de courage, de vision. On pourrait blâmer, et plusieurs le font, le discours politique des trente dernières années sur le Québec province du Canada ou pays, mais cela ne saurait tout expliquer. Les forces et les faiblesses de ce Québec sont réelles et c’est une erreur de lier celles-ci à sa situation politique. La question d’un pays est légitime et peut très bien continuer d’être débattue sans pour autant scléroser son évolution au quotidien. Cependant, un Québec indépendant aura à faire face aux mêmes défis. Il aura les mêmes voisins et demeurera de descendance française. Il aura peut-être quelques outils supplémentaires, mais tous les problèmes seront entiers et devant lui. Cessons de confondre les moyens et la finalité recherchée. Le fédéralisme et le souverainisme ne sont que des moyens et dans un cas comme dans l’autre, la fin doit être mieux définie en fonction de ce que nous sommes et de ce que nous voulons bien devenir. Alors attablons-nous dès aujourd'hui et préparons le Québec à plus de compétitivité, de justice sociale, de beauté et de fierté.

 

Le Québec imaginaire

 

Le Québec de demain, je le souhaite meilleur et plus performant. Le Québec commence à peine à voir tout le potentiel que lui fournirait une relation plus privilégiée avec le pays de nos ancêtres, la France. Pourtant, le Québec qui se targue d’incarner les traditions françaises en Amérique n’en est qu’à ses premiers balbutiements dans la recherche d’une relation durable et profitable au long cours avec ce pays. Un pays émergent comme le Mexique traite davantage avec l’Espagne que le Québec avec la France. Comment une telle chose a bien pu nous échapper?

 

Seuls nos chansonniers ont su établir une vraie relation avec la France. Pierre Bourgault a déjà dit quelque chose qui ressemblait à ceci : « Si vous ne voyez pas de bénéfices à conserver et à développer des liens avec la France basés sur ce que nous avons en commun, à quoi bon préserver le fait francophone en Amérique du Nord! » Il avait fichtrement raison!

 

Cela dit, il ne faudrait pas penser que nos rapports avec la France seront du tout cuit. Bien au contraire, on ne peut pas reprendre contact avec la France de façon sérieuse sans réapprendre à la connaître. Parce que la réalité, c’est celle-ci : nous ne la connaissons pas. Pas plus qu’elle nous connaît d’ailleurs. Les Français ont une idée folklorique de ce que nous sommes et vice versa. Malgré tout, derrière quelques apprentissages et ajustements d’usage se cachent plusieurs ressemblances et une complicité réelle à mettre au service de nos deux sociétés en cette époque où les fuseaux horaires ont de moins en moins d’importance.

 

Sommes-nous prêts à relever ce défi? Quels efforts faisons-nous à l’école, au travail et dans les médias électroniques pour parler un français de qualité internationale? Le français comme langue existait bien avant la fondation de Québec et existera bien au-delà de son trépas si cela devait un jour arriver. En conséquence, nous devons nous rendre à l’évidence que les choix qui s’offrent à nous ne sont pas nombreux.

 

D’une part, nous pouvons tenter de nous imposer comme tels, Québécois parlant une langue inspirée du français mais bien québécoise dans sa syntaxe et ses expressions empruntées à l’anglais. D’autre part, nous pouvons opter pour une langue française internationale avec nos accents et expressions bien d’ici. Je ne crois pas que nous trouverons de solution entre les deux. Soyons lucides : si la plupart de nos films doivent être sous-titrés en France, ce n’est pas parce que les Français ont des problèmes auditifs ou sont fermés envers le Québec. Et s’ils sont parfois moqueurs, ils ne sont jamais méprisants. Au contraire, tous les Québécois ayant vécu en France récemment vous diront que nous jouissons d’un a priori très favorable.

 

Malheureusement, la rectitude politique ne nous permet pas d’avoir un véritable débat là-dessus. On a même tendance à mépriser les Québécois qui reviennent de France avec l’accent français alors que nous devrions au contraire saluer leur capacité d’adaptation. Depuis que les cégeps existent, nous enseignons dans les cours de linguistique qu’il n’y a pas de bon ni de mauvais français. La conséquence nous revient en boomerang aujourd’hui. Un meilleur français nous permettrait de reprendre contact avec la France plus facilement et donnerait envie aux immigrants d’apprendre notre langue. Il nous donnerait aussi accès à la francophonie tout entière, ce qui n’est souvent possible qu’après avoir conquis la France. Le Québec a besoin de la francophonie et, dans une certaine mesure, la francophonie a elle aussi besoin du Québec parce que celui-ci représente un microcosme particulier où la langue anglaise est omniprésente.

 

Mais qui voudrait apprendre une langue vernaculaire? Alors que nous admettons plus aisément nos faiblesses dans la maîtrise de la langue écrite, nous sommes incapables d’admettre nos erreurs à l’oral. Et elles sont nombreuses.  Regardez, écoutez! Au Québec, on ne dit pas « je vais » mais bien « je va »; on ne « regarde » pas la télé, on « l’écoute! »… et « ça regarde mal »!

 

Les parents et les professeurs ont un rôle important à jouer dans l’enseignement du français, mais les médias électroniques ont peut-être un rôle encore plus grand. Et force est d’admettre que le niveau n’est pas adéquat. On pourrait blâmer les ex-joueurs de hockey et les nombreux humoristes qui font la pluie et le beau temps sur les ondes, mais la responsabilité revient aux décideurs et au public en général qui acceptent un tel niveau. Les Québécois qui parlent un français très correct ne sont pas difficiles à trouver. C’est seulement qu’on ne les voit pas, on ne les entend pas. Ils sont périmés!

 

En somme, le plan de développement stratégique du Québec doit impérativement contenir un chapitre entier sur notre lien avec la France.  Le cas contraire consiste à faire de notre quotidien un combat sans lendemain pour la survie de nos particularités comme peuple sans même tirer profit de celles-ci. Pour ce faire, le Québec devra cesser les autocongratulations et faire preuve de plus d’objectivité. En parallèle, il sera tout aussi important de concurrencer et d’échanger avec nos voisins anglo-saxons, mais cela a, vous en conviendrez, beaucoup moins de chance de nous échapper.

 

Le Québec de demain, je le souhaite davantage en adéquation avec son environnement. Il est étonnant de constater l’efficacité avec laquelle nous avons su polluer un pays aussi jeune. Le recyclage est évidemment une tactique importante, mais de vraies stratégies de développement durable s’imposent. Les constructeurs de nouvelles habitations au Québec ont le champ libre et n’ont pas à se conformer à des normes suffisamment sévères en matière de développement et d’urbanisme. On serait en droit d’attendre en 2007 un développement urbain moins débridé, avec plus de parcs et de verdure et surtout, avec des services intégrés qui permettraient de ne pas être dépendant de la voiture pour les courses à l’épicerie du coin. Il n’en est rien. On continue de voir de nouvelles agglomérations se développer où les constructeurs font preuve d’une redoutable efficacité pour éliminer toute forme de vie avant de prendre la bétonneuse. C’est absurde!

 

L’étalement urbain ne répond pas non plus aux principes du développement durable. Il n’est pas normal que des entreprises établissent leur siège à Mirabel alors que Montréal, l’île, a toujours d’immenses terrains vacants. Ne cherchez pas midi à quatorze heures : si le développement de Montréal stagne, c’est bien parce que nous avons été inefficaces à faire consensus sur les constats, enjeux et solutions. En conséquence, nous n’avons que nous-mêmes à blâmer. De vrais systèmes de transport en commun ne peuvent exister que si une concentration minimale de citoyens s’y trouve. Imaginez le Vieux-Montréal avec 50 000 habitants de plus, quelques écoles, un tramway et des stationnements souterrains plutôt que ceux qui détruisent la beauté et l’uniformité de l’architecture. Avec vision et courage, tout est possible! Autre exemple, pour un peuple qui se congratule d’être les arabes de l’électricité, nous avons un ciel tapissé de fils électriques. Ce sont les normes nord-américaines me direz vous, je vous répondrai qu’avec notre savoir-faire nous aurions dû les réécrire! Cela coûtera plus, bien sûr, mais les bénéfices que nous en retirerions en vaudraient le coup.

 

Le développement durable, c’est aussi une meilleure gestion des richesses naturelles. Celles-ci sont grandement responsables de la poussée économique des dix dernières années. Non seulement nous surconsommons nos ressources, mais nous laissons aux autres le soin de les transformer en produits à plus grande valeur ajoutée. On commence à comprendre que l’avenir n’est pas dans le lait, mais dans le fromage, pas dans les billes de bois, mais dans les produits dérivés. Nous avons encore beaucoup de mal à faire passer l’économie du Québec du primaire au tertiaire.

 

Le Québec a sans contredit des forces dans les secteurs des transports, des ressources naturelles, de la recherche, du  médicament, de l’ingénierie, de la musique et des arts. Pourtant, on trouve trop peu de partenariats public-privé qui ont su créer une expertise concurrentielle à l’échelle internationale. Le TGV n’existerait pas aujourd’hui si l’État français n’avait pas eu un jour cette vision qui a amené le secteur privé à se dépasser. Si la ligne Bruxelles-Paris est rentable, expliquez-moi pourquoi une ligne Toronto-Montréal ou New York-Montréal ne le serait pas. Qui plus est avec la technologie de Bombardier! Facile tout cela? Bien sûr que non! Mais le Québec de demain devra faire preuve de vision, de courage et de conviction. Peu de grands projets au Québec ont réussi; les Jeux olympiques ont créé un gouffre financier sans précédent et l’aéroport de Mirabel a été le plus beau gâchis du siècle. Même les projets électriques des années 70 ont accouché dans la douleur au travers de grèves à répétition. Alors que plusieurs pensent que le financement est toujours et encore le grand problème, c’est plutôt le consensus politique qui fait défaut dans la plupart des cas.

 

Le Québec et le Canada se démarquent des États-Unis par leurs valeurs sociales démocrates. L’histoire a démontré qu’une meilleure répartition de la richesse est gage de qualité de vie, de sécurité et peut-être même de bonheur. Le Québec fait preuve d’une énorme générosité envers un grand nombre de mouvements associatifs. Ce faisant, il donne beaucoup plus qu’il ne reçoit. En conséquence, c’est la province qui dépense le plus et qui est le plus endettée. On pourrait croire que dans une société où les citoyens sont autant assistés, ceux-ci auraient foi en l’avenir. Pourtant, les taux de décrochage scolaire, de suicide chez les jeunes et de natalité sont autant de variables qui portent à croire que bon nombre de Québécois sont devenus fondamentalement pessimistes. Ce phénomène est d’autant plus troublant que seule une augmentation marquée du nombre de naissances ou d’immigrants arrivera à assurer la relève de l’emploi pour maintenir le niveau actuel de richesse des Québécois, déjà considérablement en deçà de celui de nos voisins canadiens et américains.

 

En somme, le Québec doit remettre en question sa vision de lui-même et tracer sa voie pour l’avenir. En outre, il doit revoir avec plus d’objectivité ses forces et ses faiblesses, et remettre les pendules à l’heure dans les domaines comme l’immigration et l’éducation – la santé ayant éclipsé toutes les autres discussions depuis beaucoup trop de temps. Et tout cela ne deviendra possible que le jour où les Québécois feront preuve de suffisamment de maturité pour poser un regard juste sur ce qu’ils sont.

 

 

 

 




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