Le Québec de 2037, par André Renaud

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Hervé Fischer

Date: samedi 03 novembre 2007 19:02



Le 2 novembre 2007

QUÉBEC IMAGINAIRE

 

 

Merci de votre invitation à participer à cette enquête.

 

Vous posez deux questions :

 

  • Qui sommes nous, les québécois en 2007? et,

 

·         Qui voudrions nous être dans 30 ans sur cette planète bleue?

 

Poser la première questions c’est un peu comme nous demander de décrire le climat météorologique du Québec. Gilles Vignault  a répondu que son pays c’est l’hiver et personne ne l’a contesté même si tous savent qu’au Québec il y a trois autres saisons et que l’hiver diffère d’une région à l’autre. Donc, une description de la société québécoise est énorme. Quelle est l’essence de notre société en 2007? Quelle est-elle ou n’est-elle pas? Quelle sera ou ne sera-t-elle pas en 2037?

 

Je ne puis entreprendre une étude exhaustive de cette question et, comme Vigneault, suis obligé de me limiter à livrer des impressions sur une saison seulement espérant toucher à l’essentiel. Je me restreins donc à trois thèmes : confiance, économie et identité.

 

1 LE QUÉBEC DE 2037

 

J’aimerais débuter par une réponse à la deuxième question parce que ça me permettra de souligner ensuite le chemin à parcourir pour se rendre à l’idéal.

 

  • Pour rester avec l’hiver, j’espère que le Québec va continuer d’en avoir un en 2037 malgré les changements climatiques appréhendés.
  • J’espère aussi que nous nous serons réconciliés avec les autochtones et que nous pourrons nous concerter avec eux pour assurer un développement durable et prospère et retarder ces changements.
  • S’il y avait malgré tout, changements climatiques, j’espère que nous nous serons assurés d’une alimentation en eau potable adéquate.
  • Dans trente ans, il est fort probable que je ne serai plus là, et mes enfants auront mon âge et leurs enfants la leur. Donc j’espère pour eux une atténuation du vieillissement de la population au Québec et un redressement de la pyramide démographique.
  • J’espère que mes petits enfants n’auront pas à faire face à des guerres et que le grandes puissances auront trouvé la façon de vivre en harmonie tout comme le Québec aura trouvé le moyen d’assurer la viabilité de sa culture et de vivre en harmonie avec ses concitoyens immigrés au Québec et les canadiens des autres provinces.
  • En 2037, le mode de gouverne sera démocratique et j’espère que le gouvernement aura adopté pour sa seule mission de réunir les conditions qui permettent à ses commettants d’atteindre leur plein potentiel comme être humain. La vocation des ministères et le rôle des institutions que ce soit en justice, en santé, en éducation, en culture, etc., ne devraient avoir d’autres buts que de permettent au gouvernement de remplir cette unique mission.

 

Donc une société qui a une vision d’avenir, qui la façonne avec confiance et peut s’ajuster face aux défis imprévus pour vivre harmonieusement avec ses voisins.

 

Confiance

 

Pour atteindre cet idéal, il faut que le Québec retrouve la confiance qu’il avait lors de la révolution tranquille. Jean Lesage, il y a plus de quarante ans,  disait: ’’Maîtres chez-nous’’ déplorant que, sous Duplessis, le Québec s’était satisfait de parler d’autonomie mais n’avait même pas daigné occuper tous ses champs de compétences. René Lévesque et le parti Québécois ont bâti sur l’héritage de Jean Lesage et ensembles, ils ont réalisé de grands progrès qui font toujours notre fierté. La fierté fait partie de la confiance.

 

Avec cette confiance retrouvée, j’aimerais que le Québec soit plus positif et moins sur la défensive dans la poursuite de son destin. Cela lui permettrait d’être pro actif et, par exemple, d’envisager à établir le Secrétariat de l’ALÉNA à Montréal. Sans larguer les acquis de la Loi 101, cela supposerait que la société se préoccupe de l’esprit et non seulement la lettre de la loi et accepte d’assouplir cette loi pour accueillir des étrangers venant au Québec temporairement. Pierre Laurin, VP de Merrill Lynch et frère de Camille, avait fait cette proposition dans les pages du journal Le Devoir pour aider Montréal à devenir une ville internationale. Montréal pourrait envisager d’établir une grande école des langues et de la sorte créer un réservoir de personnes parlant le français, l’anglais et l’espagnol pour soutenir le Secrétariat de l’ALÉNA et aussi former des traducteurs pour l’ONU et autres organisations mondiales comme le fait la Suisse.

 

Certains se souviendront d’un débat à l’Assemblée nationale où Camille Laurin avait répliqué à une question en latin par une réponse aussi en latin avant de continuer en grec ancien. Alors pourquoi la nouvelle génération en plus du français ne pourrait-elle  pas apprendre l’anglais et l’espagnol et s’exprimer sans accent? Pensez à la Hollande ou les jeunes apprennent jusqu’à trois langues.

 

Avec ce renouveau de confiance, la société pourrait aussi envisager la possibilité de modifier la Loi 101 en remettant son application aux MRC et communautés urbaines tel que Jean-Paul Desbiens, Le frère un tel, l’avait proposé aussi dans Le Devoir il y a plusieurs années.

 

On peut comparer ma position sur la langue à celle d’une économie qui, face à une compétition internationale accrue, choisit l’option de devenir plus productive et créative en croyant à son avenir au lieu d’ériger des barrières tarifaires. Si elle ne s’adapte pas, la loi 101, après 60 ans (1977-2037), ressemblera à cette dernière option protectrice et limitée.

 

Économie

 

Avec cette nouvelle confiance, j’aimerais que la société québécoise, en 2037, se soit métamorphosée en ‘’beaucerons’’, c’est-à-dire de forts travaillants et entrepreneurs afin d’amoindrir la proportion des personnes rémunérées par l’état plutôt que l’entreprise privée. Pourquoi? Parce que ça donnerait plus de satisfaction aux québécois individuellement et collectivement. Encore une fois, pensez à la Suisse.

 

Je me souviens encore d’une proposition de Gérald Larose qui avait essayé d’en soutirer plus pour ses syndiqués juste avant l’accession de Lucien Bouchard à la chefferie du PQ pour finalement être rappelé à l’ordre dans un éditorial du Devoir. C’est cet état d’esprit que la France essaie de modifier aujourd’hui en se rapprochant de la décision des citoyens suisses qui, lors d’un référendum il y a quelques années, tel que rapporté dans Le Devoir, avaient refusé d’obtempérer pour une réduction de la durée de leur semaine de travail. À l’époque, c’était le contraire pour Gérald Larose. L’augmentation de la productivité et un gouvernement québécois moins interventionniste permettraient une réduction de la dette et des investissements dans les infrastructures, par exemple à Montréal dans les réseaux d’aqueducs pour enrayer le gaspillage d’eau potable.

 

Identité

 

Avec ce regain de confiance, j’aimerais que le Québec fasse encore partie du Canada en 2037.

 

Les tensions qui existent entre un gouvernement fédéral et un gouvernement provincial sont normales et ne sont pas des raisons pour se divorcer. D’ailleurs, ces mêmes tensions existent aujourd’hui entre le gouvernement à Québec et ses régions et celles-ci n’envisagent pas de se séparer. Les problèmes de péréquations, par exemple en santé aux niveaux provincial et fédéral, existeraient d’une façon semblable entre les régions socio sanitaires québécoises et le gouvernement d’un Québec indépendant. La preuve c’est que des iniquités existent aujourd’hui entre les régions et c’est Québec, et non le fédéral, qui a la responsabilité de la répartition en santé. De plus, dans un Québec indépendant, la tendance à la centralisation, telle qu’elle existe maintenant en santé, non seulement, je crois, ne se serait pas atténuée mais se serait accrue. Pour les dirigeants à Québec de se séparer pourrait s’avérer un acquis de pouvoir mais pour les dirigés dans les régions il s’agirait d’une perte. Nous pouvons tirer la même conclusion dans le choix des priorités entre Ottawa et Québec et Québec et ses régions.

 

Si ce n’est pas une question de pouvoir, parce que du pareil au même pour les régions, il faut admettre quand terme de valeurs, celles inscrites à la Charte des droits au Québec ne diffèrent pas substantiellement de celles inscrites dans la Charte canadienne ou la Charte onusienne.

 

Donc en termes existentiels, quels accommodements sont nécessaires pour qu’un Québec confiant puisse vivre d’une façon prospère et harmonieuse au sein du Canada? Il y a eu plusieurs accommodements depuis le début du pacte confédératif et le Québec devrait être confiant qu’il y en aura d’autres.

 

 2. LE QUÉBEC DE 2007

 

Confiance

 

Pour  le décrire, je crois avantageux de rappeler la parabole de la paille dans l’œil du voisin et celle de la poutre dans l’œil québécois. Qui ne se souvient pas s’être moqué de l’appel à l’alerte orange aux ÉU chaque fois que George Bush glissait dans les sondages? Face à la pseudo menace extérieure, c’état un appel à la solidarité. En 2007, je vois un Québec sur la défensive et aux proies à la peur, comme ses voisins américains. Ce ne sont pas l’ALQUÉDA comme George Bush, que le Québec voit derrière chaque arbre mais des anglophones et l’assimilation. Nous ne pouvons décrier le comportement de George Bush avec sa paille et, malgré notre poutre, justifier le nôtre. Ce ne sont pas nos courriels que Québec épie comme aux ÉU mais plutôt la langue d’expression pour nous préserver des envahisseurs étrangers. Et si par hasard il y avait accroc chez-nous, un membre du ‘’Homeland Security’’ du Québec appellerait à l’alerte orange en communiquant avec l’Office de la langue française qui enverrait ses enquêteurs.

 

Aux ÉU, l’appel à la peur ne fonctionne plus face à celui qui a crié au loup une troisième fois. Mais au Québec, la cotte de popularité de la Loi 101 augmente. Cette augmentation ressemble au comportement des américains lorsque l’administration Bush avait crié au loup pour la première fois vis-à-vis l’Iraq. À l’époque, plus de 60% de la population américaine s’étaient  laissés persuader faussement que Saddam Hussein état l’auteur des attentats du 11 septembre 2001 justifiant l’attaque de l’Iraq. Les média américaines se mordent les pouces aujourd’hui d’avoir troqué leur éthique pour le patriotisme et ne pas avoir confronté la vérité à la propagande de l’administration Bush. Espérons que nos commentateurs dans les média opposeront la vérité à un nationalisme étroit en exposant la manipulation de la peur par certains de nos décideurs. Espérons aussi que les Québécois par un regain de confiance surmonteront cette peur artificielle et retrouveront foi dans leur avenir.

 

Il y a trente ans, René Lévesque avouait sa honte à devoir légiférer pour contraindre les francophones québécois à respecter leur propre langue. En 2007, nous semblons oublier que 80% de la société ont accepté les contraintes de la Loi 101 justement parce hors contexte dans leur bourgade. Pour eux il ne s’agit pas de contraintes. Et, c’est presque bataille gagnée pour les 20% restant. Donc en 2037, est-ce que le Québec sera assez confiant pour adoucir la coercition législative de la Loi 101 tel que proposé ci haut? Sera t-il moins sur la défensive et plus pro actif pour récolter les fruits de la confiance. Ou, continuera t-il à croire au loup et se terrer dans son insécurité? J’espère que si René Lévesque revenait en 2037 il aurait moins honte parce que nous serions  français avec moins de contraintes législatives.

 

Économie

 

La majorité au Québec d’aujourd’hui veut moins d’impôts et de taxes en même temps que plus de services moins coûteux. Ce n’est pas plus réaliste ici qu’en France qui enfin réalise que tout le monde ne peut pas travailler 35 heures par semaine et jouir d’une pleine retraite à 50 ans. L’accueil réservé ‘’Aux lucides’’ québécois démontre qu’il n’existe pas de consensus en 2007 sur les questions de finances publiques et responsabilités des citoyens. Il y a un débat de société à engager pour que non seulement le Québec vivote en 2037 mais ait une qualité de vie attrayante afin d’assurer son avenir.

 

Identité

 

Aujourd’hui avec Pauline Marois, le PQ envisage autres choses qu’un référendum sur la séparation du Canada et la récupération de tous les pouvoirs de taxation et signatures de traités. Elle est là où sont les québécois en 2007. Le Québec, en coopérant avec le Canada et d’autres partenaires, a réussi à faire reconnaître la diversité culturelle par l’UNESCO et peut être éventuellement l’OMC. Cela augure bien pour 2037.

 

Présentement, la question autochtone est évacuée du débat public au Québec. Les autochtones ne veulent pas s’assimiler et veulent préserver leurs langues et coutumes. Nous devons respecter cette volonté et même les accompagner dans leur démarche. Sinon, comment justifier la nôtre pour préserver notre langue et notre culture? Ils font partie de l’identité du Québec. Il s’agit d’un autre dossier incontournable qui j’espère sera réglé avant 2037.

 

CONCLUSIONS :

 

Oui à la confiance, oui à la fierté, oui à la prospérité, oui à l’harmonie et non à la manipulation par la crainte.

 

 

André Renaud

Retraité




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