Mon Québec imaginairen'est pas juste un pays, par Chantal Lebel
Hervé Fischer
Date: mercredi 31 octobre 2007 10:10Mon Québec imaginaire semble être celui de bien des gens : ouvert, pluriethnique, français, polyglotte, laïc, spirituel, riche, éduqué, autonome et pays.
Cependant, mon Québec imaginaire ne peut être fait que de grands principes. En fait, mon Québec imaginaire n’est pas juste un pays. Il est avant tout constitué de gens et de gestes. Mon Québec imaginaire, c’est la somme de tout un chacun. C’est la participation de chaque citoyen, c’est la responsabilisation de chaque individu.
Mon Québec imaginaire, c’est un enfant, une ado, un homme, une femme, une retraitée, un vieux, un patron, un prof…
De façon plus pragmatique, dans mon Québec imaginaire, ce n’est pas les enfants qui dictent leurs comportements aux parents, ce sont les parents qui encadrent, avec cohérence, leurs rejetons. Dans mon Québec imaginaire, les ados ne sont pas que des guenilles signées à la mode de chez-nous, ils sont aussi des citoyens préoccupés par l’environnement, le civisme, l’ouverture aux autres. Dans mon Québec imaginaire, les adultes ne sont pas des numéros que l’on soigne, ce sont eux-mêmes qui se responsabilisent face à leur santé et qui se soignent. Dans mon Québec imaginaire, les retraités ne sont pas que des consommateurs, ce sont des gens engagés dans le bénévolat. Dans mon Québec imaginaire, les vieux ne vivent pas dans leur dortoir ou dans leur isoloir, ils vivent aux côtés de jeunes et moins jeunes et participent à la mémoire collective. Dans mon Québec imaginaire, il n’y a pas de patrons fantômes, inaccessibles ou inhumains, il y a des patrons qui installent une philosophie d’entreprise axée sur la qualité de vie des travailleurs.
Dans mon Québec imaginaire, il y a une place pour les forts et les faibles, les créatifs et les conventionnels, les riches et les pauvres, les ceuses qui s’impliquent et les celles qui n’ont pas le temps, les exubérants et les «low-profil», les solitaires et les communautaires, les tordus et les vertueux. Dans mon Québec imaginaire, cette place est pleinement assumée par l’individu et devient le reflet honnête de la société. La connaissance de soi et l’amélioration de son sort ne sont qu’une extension louable et souhaitable de la place que prend chaque individu au sein de la société.
Dans mon Québec imaginaire, l’individu se fait aussi citoyen. Bon citoyen. Par exemple, s’impliquer socialement en n’achetant plus de produits sur-emballés, entreprendre la naturalisation d’un lac, enseigner à ses ados d’être conscients de leurs actes, gestes et bruits, installer discipline et liberté dans une maison, une classe, une entreprise, nettoyer sa maison, sa cour et son bout de rue, ne pas vandaliser l’espace public et privé…
Dans mon Québec imaginaire, les jeunes migrent des régions vers les grandes villes pour les études et la vitalité culturelle et retournent dans leur patelin. Les élus des régions favorisent la création de PME, de projets spéciaux et de partenariats. Les entrepreneurs eux, s’installent partout au Québec, pas seulement dans les grands centres. L’industrie des hautes technologies, celle la télévision et celle de la recherche en sciences, par exemple, s’installent AUSSI en région.
En terminant, dans mon Québec imaginaire les politiciens ne sont plus au service de la politique et de l’économie, les politiciens sont en service pour baliser les normes sociales et répondre aux demandes pour un Québec meilleur. Les politiciens sont la voix du peuple et non celle des lobbys et suivent la voie de la majorité et non celle du marché à outrance.
Dans mon Québec imaginaire, les individus-citoyens s’occupent enfin de leurs déchets, de leur pollution, de leur santé, de l’éducation de leurs enfants et des enfants des autres (proverbe africain qui dit que ça prend tout un village pour élever des enfants), font pousser des arbres et s’en occupent et s’impliquent quand ils le peuvent à faire progresser les valeurs, les lois, les consciences.
Vous avez certainement compris que mon Québec imaginaire c’est chaque individu capable de se responsabiliser vis-à-vis de lui-même et de sa société, peu importe son âge, son sexe, sa génétique et ses couleurs. Si chaque jeune enfant était responsable de nettoyer le petit dégât qu’il vient de causer, responsable de nommer ses erreurs, responsable de planter des graines en terre et de suivre l’évolution, responsable de tenir sa chambre et sa cour propres, responsable des conséquences de ses actes, rendu à l’adolescence, il aurait un sacré bout de fait. Il ne lui resterait qu’à devenir responsable de sa santé, ses déchets, son environnement.
Mon Québec imaginaire c’est un individu-citoyen responsable multiplié par 7,5 millions.
Chantal Lebel
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