On ne devrait pas discuter du Québec, mais des Québec réels, par François Laverdure, B.Sc. Urbanisme
Hervé Fischer
Date: jeudi 25 octobre 2007 12:01Le Québec imaginaire.
Voici un sujet qu’il serait possible de traiter en plusieurs tomes.
Qu’est-ce que le Québec réel?
Voici une question qui me turlupine depuis plusieurs semaines. Sa complexité est incroyablement élevée. Il y a bien le Québec tel que décrit dans les livres d’histoire et de géographie, qui font partie de l’apprentissage de tout écolier. Mais, ces derniers sont toujours très empiriques et simplificateurs. De discuter de tous les aspects de cette province reviendrait à écrire un texte extrêmement long qui serait difficile à quiconque de publier. J’opte donc ici de traiter d’un seul des aspects de cette province.
Le Québec est grand, apprend-t-on à l’école. Mais peu de gens réalisent à quel point ce territoire occupe une masse importante du continent nord-américain. À lui seul, le territoire est bordé par 4 États américains. Ceci est sans compter les provinces canadiennes. Pour conduire une voiture de Montréal à Sept-Îles, il en prend plus de 14 heures continues. Et il va sans dire que c’est insuffisant pour affirmer que l’on a traversé la province de bord en bord!
À cause de cette taille, il serait de mise non pas de discuter du Québec tel qu’on le connaît mais bien « des Québec ».
Le Québec est subdivisé en régions administratives. Il est souvent amusant de constater à quel point les gens sont différents d’une région à l’autre. La géographie et le style de vie qu’elle impose a forgé des personnalités très distinctes. Il est même difficile de concevoir que ces régions soient toutes gérées par un groupe unique de lois et règlements.
Depuis plus de 30 ans, la province vit d’une série de périodes d’instabilité politique. Mais lorsqu’on évacue toute partisannerie du débat et que l’on observe le problème réel, qui est souvent cité comme un problème « d’identité », force est de constater qu’il ne s’agit pas obligatoirement d’une comparaison avec le reste des provinces canadiennes, mais bien d’une comparaison avec notre propre province!
Comment peut-on demander à une population vivant principalement de pêche de s’identifier avec une population vivant principalement d’exploitation minière ou du secteur des technologies de l’information? Les besoins sont aussi différents que les modes de vie, chose que l’on oublie trop souvent et qui est à la base de nombreuses guerres de clochers.
Je suis convaincu que si l’on demande à un groupe de Gaspésiens s’ils sont plus fiers d’êtres gaspésiens ou d’être québécois, ils choisiront la première option. Je suis aussi convaincu que si l’on faisait ce même sondage dans toutes les régions, le résultat serait semblable.
De par sa taille même, la province est donc difficile à bien gérer. Les règles d’aménagement du territoire, les besoins de la population, la démographie, la topographie et la géographie varient tellement d’une région à l’autre (voir même d’une ville à l’autre), qu’il est impossible de ne pas créer des mécontents en faisant des lois et règlements généraux destinés à êtres appliqués de façon égale partout. En tentant de satisfaire tous, on finit par nuire à la majorité. Ceci est d’autant plus vrai dans un contexte de mondialisation. Force est de constater que les régions éloignées sont les premières à souffrir de ce phénomène: difficulté à attirer une main d’œuvre jeune, vieillissement de la population, baisse des valeurs foncières, baisse de revenu pour les municipalités, fermeture d’usines, fatales pour les villes mono-industrielles. Le réchauffement planétaire a aussi des impacts sur les régions côtières, en particulier sur l’érosion des sols et l’augmentation du niveau des marrées.
Mais, les choses pourraient êtres très différentes…
Votre Québec imaginaire?
L’imagination est une belle chose. Elle permet à un peuple de survivre. Elle permet même à une population industrialisée de se tailler une place de choix dans les marchés mondiaux. Alors, place à un peu de rêverie et d’utopie.
Mon Québec imaginaire n’est pas une seule province mais bien plusieurs provinces. Des régions de taille plus humaine qui seraient gérées localement selon leurs propres besoins. Des provinces ou la population n’est plus divisée par l’éternelle question souverainiste qui fait fuir tant d’investissements. Gouvernées par des parlements provinciaux dont la gestion et la politique seraient séparés les uns des autres, ils permettraient à tous de se créer un cadre législatif approprié aux besoins et désirs de sa population et de mettre fin aux guerres de clocher qui nuisent tant à la province.
Je rêve de provinces riches et équitables pour tous. L’économie n’a pas à être incompatible avec les impératifs du développement social. Toute province qui réussira à faire ce lien créera une richesse inestimable.
Je rêve de belles provinces québécoises qui font du développement durable leur priorité. Profiter de tout ce que la généreuse nature peut nous donner tout en en prenant soin comme de la prunelle de nos yeux.
Je rêve de provinces où le respect d’autrui est une des grandes qualités de ses citoyens.
François Laverdure, B.Sc. Urbanisme
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