C'est la vie! - Dialogue avec une immortelle
Jo Légaré entre Éros, Molinari et Thanatos
Photo : Jacques Nadeau
Jo Légaré devant la toile Vent bleu de Molinari, au complexe funéraire Alfred Dallaire Memoria du boulevard Saint-Laurent, à Montréal. Une partie du ciel a élu domicile dans cette chapelle.
La mort n'a pas froid aux yeux et, ça tombe bien, Jo Légaré non plus. À la fois magicienne et fossoyeuse, elle franchit constamment la frontière entre la vie et la mort. Une passeuse, voilà ce qu'elle est. Une femme de braises, aussi. Chez elle, le feu ne dévore pas, il couve. «Veuve» joyeuse du peintre Guido Molinari qui en a fait sa dernière égérie, la petite-fille d'Alfred Dallaire s'affaire comme entrepreneuse le jour, artiste le soir, tantôt documentariste, tantôt artiste et même un tantinet éditrice. Fragile et solide, ça dépend des morceaux, comme chantait j'sais plus qui.
Toute petite, sa fille Julia disait que sa maman «faisait des complexes», à cause du complexe funéraire Alfred Dallaire Memoria dont elle assure la réincarnation pour une troisième vie. Son existence ressemble à un épisode de la série télévisée Six Feet Under, aussi humaine que propulsée par un destin hors du commun.
Née en 1953, Jocelyne a vécu une grande partie de son enfance au-dessus du complexe funéraire familial, face à l'église de la Nativité, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. «Nous étions quatre enfants et c'était une époque où on ne parlait pas de la mort. Je vivais dans la peur. On rentrait à la maison en passant par le salon pour monter à l'étage. J'ai vu des choses traumatisantes et mes parents ne pensaient pas à nous expliquer quoi que ce soit.»
Jocelyne a grandi avec la terreur de la grande faucheuse. Elle a intégré l'imposture de la mort à travers les «chuut!» qui ont endeuillé son enfance, l'odeur capricieuse des chrysanthèmes et des oeillets, la lumière tamisée, le voile pesant du noir, l'âcre fumée des cigarettes, les pleurs qu'on étouffe, tous ces humains figés dans leurs beaux habits et ces cadavres rigides qu'on embaumait au sous-sol. Jo fume toujours. La fumée l'enveloppe comme une présence rassurante.
Il y a une vingtaine d'années, elle s'est retrouvée à la tête d'une entreprise funéraire d'une centaine d'employés après avoir complété des études de droit et terminé sa scolarité de maîtrise en littérature. Elle qui pensait devenir poète ou psychologue... c'était raté.
Parce qu'elle adore la douce délinquance, l'artiste de la famille en profite pour injecter une bonne dose de folie à un univers qui se meurt sous le poids des traditions et du manque de vision. Son complexe funéraire Memoria du boulevard Saint-Laurent — le plus audacieux de tous d'un point de vue architectural — sert non seulement de galerie d'art mais aussi de chapelle pour célébrer des mariages et de salon de thé pour les showers de bébés. «Tout rituel doit être théâtralisé. Mon idée, c'est de travailler sur la frontière entre vie et mort, ne pas la nier», dit-elle. Au fond de l'immense salle lumineuse, une toile de Guido Molinari inonde de son regard bleu ce lieu unique, à la fois nu et habité d'une vision esthétique.
Complices pour la vie
Rencontré à cet endroit lors d'une expo sur Dora Maar, maîtresse et muse de Picasso, Molinari jette son dévolu sur «Madame» Alfred Dallaire, dont il fera sa Dora Maar à lui.
«Je me suis sentie honorée, mais je n'avais pas envie de fréquenter un vieillard de 20 ans mon aîné, pense celle qui restera éternellement amoureuse du peintre. Il me faisait penser à ma grand-mère de 95 ans, mon idole, mais aussi au loup déguisé en grand-mère dans Le Petit Chaperon rouge.»
L'amour et l'admiration qu'elle porte à l'oeuvre de Molinari s'en mêlent. Leur idylle durera trois ans, jusqu'à ce qu'un cancer emporte le peintre postautomatiste l'an dernier. In extremis, avant sa mort, Jo décide de tourner un documentaire sur son célèbre «maître», qui s'intitulera La Dernière Conversation.
«À Paris, place des Vosges, il m'a dit que le plus beau jour de sa vie serait le jour de sa mort. J'étais insultée par cette gifle mais j'ai été dupe. Il avait une conception totalement romantique de la mort. Un artiste est obsédé par l'idée de la mort, et l'art est la plus belle sublimation de l'angoisse qui soit.»
La documentariste est la première à le dire: Molinari ne se résume pas à une poignée d'adjectifs. «Il était bien supérieur à son ego, son égoïsme ou son narcissisme, même s'il avait un fort désir de passer à la postérité. Tous les deux réunis, nous avions l'impression d'un destin commun. Il m'a aidée à me libérer des préjugés que je ressentais à l'égard de mon travail. Nous avions cette capacité de communiquer par des raccourcis d'artistes, en faisant davantage appel à l'intuition. Je me disais toujours qu'il ne pouvait pas mourir parce qu'il était tellement habité.»
Aujourd'hui, Jo fait construire une chapelle Molinari à Laval, un lieu où les athées pourront ritualiser leur peine... et fumer sur le toit! «Avant lui, j'avais surtout peur de la mort, j'ai toujours éprouvé de la colère, de la rage face à la mort. Maintenant, je sais que je serai morte un jour. La mort est synonyme de terreur, mais la façon qu'a eue Guido d'y aller a été une source d'enseignement. Il était habité par une telle flamme intérieure. Ça m'a fait réfléchir à Dieu, donné envie d'être croyante.» Elle lui laissera un film en guise de stèle funéraire. «Il m'a montré que le plus important dans la mort, c'est le chemin qui y mène. Thanatos, ce n'est pas la mort, c'est quand, dans la vie, on passe à côté de ce qui nous rend heureux, rend les autres heureux... »
Mourir, la belle affaire
L'univers dans lequel évolue Jo Légaré reste tout sauf banal. Alfred Dallaire Memoria abrite le journal communautaire portugais A Voz de Portugal dans son sous-sol parce que son propriétaire, Eduino, est également conseiller aux familles à l'étage. Les Éditions du Passage, qui font dans le livre d'art, sont dirigées par sa fille Julia (une étudiante en génie chimique) dans les mêmes bureaux de l'entreprise familiale où l'on vend des urnes et des places couchées dans les corbillards.
Les gens dont Jo s'entoure sont aussi différents, pieux et dévoués que peuvent l'être Isabelle, son inséparable bonne portugaise qui dessine des signes de croix sur sa large poitrine, et Pierre, son documentaliste, titulaire d'un doctorat en musicologie, qui alimente minutieusement sa bibliothèque «publique», le salon b, à l'étage de Memoria Saint-Laurent.
L'argent que génèrent les morts sert les projets des vivants. Un second documentaire sur Molinari est en marche, des livres, des expos. «Je dois des millions avec tous ces projets mais j'aime devoir de l'argent, ça maintient en vie, soutient Jo. Honorer ses dettes, j'adore ça! J'aime vivre dans l'incertitude. Je ne veux pas savoir combien coûte mon projet au pied carré. Si je meurs demain, je lègue des dettes, une entreprise, de l'espoir, le courage de ne pas lâcher, le sens de l'effort.»
Et elle lègue l'immense fierté d'être allée à la rencontre de sa plus terrifiante alliée.
cherejoblo@ledevoir.com
***
Ceci n'est pas un blogue
Matin de guerre
Pierre Migneault, le psychiatre qui aime tant les fous, est venu me porter ce livre, devinant que je m'y apaiserais. Il y a tant de bouquins où l'on s'ennuie, tant de livres pensés, songés, placés, vidés de leur substance, de l'idée qui germait au départ. Pas dans celui de l'auteur abitibien, qu'on est tenté d'appeler Marcel, comme on dit: «Encore une draft, Marcel!» Et Marcel répond: «Alléluia, tabarnak!»
Richard Desjardins signe la préface et nous raconte un peu l'énergumène, inventeur à ses heures, poète aux autres. Son pote, Marcel Saucier, nous offre un «matin de guerre» en mots et en images. Son Abitibi à lui est imbriqué dans la nature et dans le souffle lumineux du regard qui se pose sur l'essentiel. Vie, mort, neige, éternité.
Poésie forte, celle de Marcel est à la mesure de son juron préféré.
«On dit que pour chaque tranche de mille personnes, il y a quelqu'un qui en écrit l'histoire», rapporte Richard Desjardins à propos de ce drôle de livre d'humaines destinées.
«J'étais triste et Dieu, pour me voir rire, créa le monde», écrit Marcel, qui réinvente chaque jour comme s'il était Dieu.
«Alléluia, tabarnak! J'ai la liberté de ceux qui ne sont rien.»
Et cette liberté est sacrée.
- Matin de guerre. Accompagné d'un CD. Préface et lecture de Richard Desjardins. Textes et photos de Marcel Saucier. Les 400 Coups.
***
Cassé: la croûte au café du salon b, dans la bibliothèque d'Alfred Dallaire Memoria. Composée de 600 livres, cette collection privée mise à la disposition du public aborde l'historique de la mort, le deuil, l'accompagnement, les rituels dans les différentes religions, le sacré, la Bible et le Coran en plusieurs traductions, la mythologie, le fantastique, la sorcellerie, la magie, les thérapies, la connaissance de soi, la psychologie et la psychanalyse (Dolto et comment expliquer la mort aux enfants), la bioénergie et la philosophie. 4231 B, boulevard Saint-Laurent. Consultation gratuite sur place et excellents paninis au poulet, cari et mangue.
Aimé: le livre jeunesse David et le salon funéraire de François Gravel, illustré par Pierre Pratt. Dans ce roman, David apprivoise ce lieu lugubre qu'est le salon funéraire à l'occasion de la mort de sa grand-mère. Sa peur initiale de la mort s'évanouit au fil des pages. À partir de six ans.
Appris: que le documentaire La Dernière Conversation de Jo Légaré sera disponible à La Boîte noire dès la première semaine de décembre. D'une approche intimiste et esthétique, ce film nous montre un Molinari miné par la maladie mais qui n'a rien perdu de sa superbe indépendance d'esprit. Jusqu'à la fin.
Écouté: religieusement La Vie et la Mort («Les goûters philo audio», Milan jeunesse). J'y ai appris ceci: on sait que quelque chose est vivant quand il se nourrit et se reproduit; un caillou ne fabrique pas d'autres cailloux; le caillou ne meurt pas parce qu'il ne change pas; nous mourrons parce que nous vivons; les humains ont toujours essayé de montrer qu'il y avait de l'éternel dans l'homme; certains ont oublié de vivre parce qu'ils ont oublié qu'ils allaient mourir; la mort nous fait faire des efforts... sinon, on serait tous paresseux? À partir de huit ans.
Dévoré: avec avidité Jamais de la vie - Écrits et images sur les pertes et les deuils (Éditions du Passage, 2001), un recueil d'une brochette d'auteurs connus et moins connus autour du thème de la mort. La préface de Jocelyne Légaré m'a touchée: «Le chemin qui mène de la protestation à l'acceptation est loin d'être facile. Mais la vie se charge de nous l'enseigner: perdre est une habitude à prendre.» Le texte très personnel de l'anthropologue Serge Bouchard fouette et émeut (La mort est un chat), se terminant ainsi: «Une chose est sûre: mourir nous libère de la mort. Ce qui n'est pas rien.»
Toute petite, sa fille Julia disait que sa maman «faisait des complexes», à cause du complexe funéraire Alfred Dallaire Memoria dont elle assure la réincarnation pour une troisième vie. Son existence ressemble à un épisode de la série télévisée Six Feet Under, aussi humaine que propulsée par un destin hors du commun.
Née en 1953, Jocelyne a vécu une grande partie de son enfance au-dessus du complexe funéraire familial, face à l'église de la Nativité, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. «Nous étions quatre enfants et c'était une époque où on ne parlait pas de la mort. Je vivais dans la peur. On rentrait à la maison en passant par le salon pour monter à l'étage. J'ai vu des choses traumatisantes et mes parents ne pensaient pas à nous expliquer quoi que ce soit.»
Jocelyne a grandi avec la terreur de la grande faucheuse. Elle a intégré l'imposture de la mort à travers les «chuut!» qui ont endeuillé son enfance, l'odeur capricieuse des chrysanthèmes et des oeillets, la lumière tamisée, le voile pesant du noir, l'âcre fumée des cigarettes, les pleurs qu'on étouffe, tous ces humains figés dans leurs beaux habits et ces cadavres rigides qu'on embaumait au sous-sol. Jo fume toujours. La fumée l'enveloppe comme une présence rassurante.
Il y a une vingtaine d'années, elle s'est retrouvée à la tête d'une entreprise funéraire d'une centaine d'employés après avoir complété des études de droit et terminé sa scolarité de maîtrise en littérature. Elle qui pensait devenir poète ou psychologue... c'était raté.
Parce qu'elle adore la douce délinquance, l'artiste de la famille en profite pour injecter une bonne dose de folie à un univers qui se meurt sous le poids des traditions et du manque de vision. Son complexe funéraire Memoria du boulevard Saint-Laurent — le plus audacieux de tous d'un point de vue architectural — sert non seulement de galerie d'art mais aussi de chapelle pour célébrer des mariages et de salon de thé pour les showers de bébés. «Tout rituel doit être théâtralisé. Mon idée, c'est de travailler sur la frontière entre vie et mort, ne pas la nier», dit-elle. Au fond de l'immense salle lumineuse, une toile de Guido Molinari inonde de son regard bleu ce lieu unique, à la fois nu et habité d'une vision esthétique.
Complices pour la vie
Rencontré à cet endroit lors d'une expo sur Dora Maar, maîtresse et muse de Picasso, Molinari jette son dévolu sur «Madame» Alfred Dallaire, dont il fera sa Dora Maar à lui.
«Je me suis sentie honorée, mais je n'avais pas envie de fréquenter un vieillard de 20 ans mon aîné, pense celle qui restera éternellement amoureuse du peintre. Il me faisait penser à ma grand-mère de 95 ans, mon idole, mais aussi au loup déguisé en grand-mère dans Le Petit Chaperon rouge.»
L'amour et l'admiration qu'elle porte à l'oeuvre de Molinari s'en mêlent. Leur idylle durera trois ans, jusqu'à ce qu'un cancer emporte le peintre postautomatiste l'an dernier. In extremis, avant sa mort, Jo décide de tourner un documentaire sur son célèbre «maître», qui s'intitulera La Dernière Conversation.
«À Paris, place des Vosges, il m'a dit que le plus beau jour de sa vie serait le jour de sa mort. J'étais insultée par cette gifle mais j'ai été dupe. Il avait une conception totalement romantique de la mort. Un artiste est obsédé par l'idée de la mort, et l'art est la plus belle sublimation de l'angoisse qui soit.»
La documentariste est la première à le dire: Molinari ne se résume pas à une poignée d'adjectifs. «Il était bien supérieur à son ego, son égoïsme ou son narcissisme, même s'il avait un fort désir de passer à la postérité. Tous les deux réunis, nous avions l'impression d'un destin commun. Il m'a aidée à me libérer des préjugés que je ressentais à l'égard de mon travail. Nous avions cette capacité de communiquer par des raccourcis d'artistes, en faisant davantage appel à l'intuition. Je me disais toujours qu'il ne pouvait pas mourir parce qu'il était tellement habité.»
Aujourd'hui, Jo fait construire une chapelle Molinari à Laval, un lieu où les athées pourront ritualiser leur peine... et fumer sur le toit! «Avant lui, j'avais surtout peur de la mort, j'ai toujours éprouvé de la colère, de la rage face à la mort. Maintenant, je sais que je serai morte un jour. La mort est synonyme de terreur, mais la façon qu'a eue Guido d'y aller a été une source d'enseignement. Il était habité par une telle flamme intérieure. Ça m'a fait réfléchir à Dieu, donné envie d'être croyante.» Elle lui laissera un film en guise de stèle funéraire. «Il m'a montré que le plus important dans la mort, c'est le chemin qui y mène. Thanatos, ce n'est pas la mort, c'est quand, dans la vie, on passe à côté de ce qui nous rend heureux, rend les autres heureux... »
Mourir, la belle affaire
L'univers dans lequel évolue Jo Légaré reste tout sauf banal. Alfred Dallaire Memoria abrite le journal communautaire portugais A Voz de Portugal dans son sous-sol parce que son propriétaire, Eduino, est également conseiller aux familles à l'étage. Les Éditions du Passage, qui font dans le livre d'art, sont dirigées par sa fille Julia (une étudiante en génie chimique) dans les mêmes bureaux de l'entreprise familiale où l'on vend des urnes et des places couchées dans les corbillards.
Les gens dont Jo s'entoure sont aussi différents, pieux et dévoués que peuvent l'être Isabelle, son inséparable bonne portugaise qui dessine des signes de croix sur sa large poitrine, et Pierre, son documentaliste, titulaire d'un doctorat en musicologie, qui alimente minutieusement sa bibliothèque «publique», le salon b, à l'étage de Memoria Saint-Laurent.
L'argent que génèrent les morts sert les projets des vivants. Un second documentaire sur Molinari est en marche, des livres, des expos. «Je dois des millions avec tous ces projets mais j'aime devoir de l'argent, ça maintient en vie, soutient Jo. Honorer ses dettes, j'adore ça! J'aime vivre dans l'incertitude. Je ne veux pas savoir combien coûte mon projet au pied carré. Si je meurs demain, je lègue des dettes, une entreprise, de l'espoir, le courage de ne pas lâcher, le sens de l'effort.»
Et elle lègue l'immense fierté d'être allée à la rencontre de sa plus terrifiante alliée.
cherejoblo@ledevoir.com
***
Ceci n'est pas un blogue
Matin de guerre
Pierre Migneault, le psychiatre qui aime tant les fous, est venu me porter ce livre, devinant que je m'y apaiserais. Il y a tant de bouquins où l'on s'ennuie, tant de livres pensés, songés, placés, vidés de leur substance, de l'idée qui germait au départ. Pas dans celui de l'auteur abitibien, qu'on est tenté d'appeler Marcel, comme on dit: «Encore une draft, Marcel!» Et Marcel répond: «Alléluia, tabarnak!»
Richard Desjardins signe la préface et nous raconte un peu l'énergumène, inventeur à ses heures, poète aux autres. Son pote, Marcel Saucier, nous offre un «matin de guerre» en mots et en images. Son Abitibi à lui est imbriqué dans la nature et dans le souffle lumineux du regard qui se pose sur l'essentiel. Vie, mort, neige, éternité.
Poésie forte, celle de Marcel est à la mesure de son juron préféré.
«On dit que pour chaque tranche de mille personnes, il y a quelqu'un qui en écrit l'histoire», rapporte Richard Desjardins à propos de ce drôle de livre d'humaines destinées.
«J'étais triste et Dieu, pour me voir rire, créa le monde», écrit Marcel, qui réinvente chaque jour comme s'il était Dieu.
«Alléluia, tabarnak! J'ai la liberté de ceux qui ne sont rien.»
Et cette liberté est sacrée.
- Matin de guerre. Accompagné d'un CD. Préface et lecture de Richard Desjardins. Textes et photos de Marcel Saucier. Les 400 Coups.
***
Cassé: la croûte au café du salon b, dans la bibliothèque d'Alfred Dallaire Memoria. Composée de 600 livres, cette collection privée mise à la disposition du public aborde l'historique de la mort, le deuil, l'accompagnement, les rituels dans les différentes religions, le sacré, la Bible et le Coran en plusieurs traductions, la mythologie, le fantastique, la sorcellerie, la magie, les thérapies, la connaissance de soi, la psychologie et la psychanalyse (Dolto et comment expliquer la mort aux enfants), la bioénergie et la philosophie. 4231 B, boulevard Saint-Laurent. Consultation gratuite sur place et excellents paninis au poulet, cari et mangue.
Aimé: le livre jeunesse David et le salon funéraire de François Gravel, illustré par Pierre Pratt. Dans ce roman, David apprivoise ce lieu lugubre qu'est le salon funéraire à l'occasion de la mort de sa grand-mère. Sa peur initiale de la mort s'évanouit au fil des pages. À partir de six ans.
Appris: que le documentaire La Dernière Conversation de Jo Légaré sera disponible à La Boîte noire dès la première semaine de décembre. D'une approche intimiste et esthétique, ce film nous montre un Molinari miné par la maladie mais qui n'a rien perdu de sa superbe indépendance d'esprit. Jusqu'à la fin.
Écouté: religieusement La Vie et la Mort («Les goûters philo audio», Milan jeunesse). J'y ai appris ceci: on sait que quelque chose est vivant quand il se nourrit et se reproduit; un caillou ne fabrique pas d'autres cailloux; le caillou ne meurt pas parce qu'il ne change pas; nous mourrons parce que nous vivons; les humains ont toujours essayé de montrer qu'il y avait de l'éternel dans l'homme; certains ont oublié de vivre parce qu'ils ont oublié qu'ils allaient mourir; la mort nous fait faire des efforts... sinon, on serait tous paresseux? À partir de huit ans.
Dévoré: avec avidité Jamais de la vie - Écrits et images sur les pertes et les deuils (Éditions du Passage, 2001), un recueil d'une brochette d'auteurs connus et moins connus autour du thème de la mort. La préface de Jocelyne Légaré m'a touchée: «Le chemin qui mène de la protestation à l'acceptation est loin d'être facile. Mais la vie se charge de nous l'enseigner: perdre est une habitude à prendre.» Le texte très personnel de l'anthropologue Serge Bouchard fouette et émeut (La mort est un chat), se terminant ainsi: «Une chose est sûre: mourir nous libère de la mort. Ce qui n'est pas rien.»
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