Lancer Kyoto 2 à Montréal
Illustration: Tiffet
Plusieurs indicateurs scientifiques pointent en direction d'une intensification des changements climatiques, bien au-delà des prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), le contrôleur scientifique de l'ONU. La Conférence internationale de Montréal, qui s'ouvre lundi, offre aux signataires du protocole de Kyoto la possibilité de démontrer leur sérieux en amorçant la deuxième phase de ce traité afin de lancer le processus de négociations sur les objectifs de réduction de la période 2012-2020, celle qui devrait impliquer les pays du G5, soit la Chine, l'Inde, le Brésil, l'Afrique du Sud et le Mexique, à côté d'une Europe déterminée à ouvrir la marche.
Opposés à toute forme de multilatéralisme, les États-Unis risquent fort de s'isoler davantage à Montréal au moment où leur suprématie économique s'effrite. Ils vont donc tenter d'amorcer une nouvelle ronde de pourparlers en marge du protocole de Kyoto pour mieux le paralyser même si, chez eux, le Sénat, les grandes villes et une trentaine d'États veulent de plus en plus ouvertement engager la lutte aux gaz à effet de serre (GES). Les États-Unis sont le seul pays ayant refusé en juillet à la Conférence du G8 à Gleneagles, en Écosse, d'accélérer la cadence pour enrayer le réchauffement du climat. Les pays du G8, qui regroupent 13 % de la population mondiale, émettent 45 % des GES. Les États-Unis, avec 5 % de la population mondiale, rejettent 25 % des émissions anthropiques.
L'urgence d'agir est chaque jour plus évidente
En septembre, le laboratoire de diagnostic du National Ocean and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis démontrait que les GES présents dans l'atmosphère ont augmenté de 20 % depuis 1990, année de référence du protocole de Kyoto. À Kyoto, en décembre 1997, les signataires ont convenu de réduire les émissions planétaires de 5,2 % par rapport au niveau historique de 1990. Le taux de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère, qui emprisonne la chaleur du Soleil et hausse le thermostat de la planète, est passé de 280 parties par million (ppm) en 1750 à 360 ppm aujourd'hui. Le GIEC prévoit que ce taux pourrait atteindre 540 à 970 ppm d'ici 2100.
Plusieurs institutions tentent de cerner ce qui se passera si l'on n'enraye pas cette croissance du CO2 atmosphérique. En septembre, les chercheurs du US National Snow and Ice Data de l'Université du Colorado ont mesuré que la fonte de la calotte polaire cet été avait atteint non seulement un record, mais peut-être aussi un «seuil critique» au-delà duquel la planète pourrait entrer, ont-ils dit, dans une phase de réchauffement irréversible. Cette calotte blanche, qui réfléchit une grande partie du rayonnement solaire, s'est agrandie de 18,2 % par rapport à sa surface moyenne historique. Cette situation, sans précédent depuis des millénaires, pensent les chercheurs, provoquera une plus grande absorption de chaleur solaire par l'océan Arctique, ce qui aggravera le phénomène d'année en année.
Plusieurs de ces synergies — une conséquence du réchauffement devient un facteur qui l'accélère — n'apparaissaient pas dans les anciens modèles prévisionnels sur le climat, ce qui explique qu'ils sont peut-être en deçà de ce qui s'en vient. Dans l'Arctique, la fonte croissante de la calotte est observée depuis quatre années consécutives. Mais on a noté dans cette région un autre phénomène nouveau, soit la croissance d'une végétation arbustive durant des étés plus longs. Cette végétation nouvelle perce la neige et réduit l'albédo ou réflexion solaire, augmentant d'autant encore une fois l'absorption de la chaleur et intensifiant le dégel du permafrost. L'institut Goddard de la NASA a d'ailleurs mesuré avec précision le phénomène en avril, établissant que chaque mètre carré du sol terrestre absorbe désormais un watt d'énergie de plus qu'il n'en renvoie vers l'espace. Il s'agirait de la première mesure empirique du réchauffement climatique modélisé jusqu'à présent.
Mille lacs perdus...
En juin, des chercheurs américains de grandes universités relevaient à partir de photos satellites que la région arctique du côté sibérien avait perdu plus de 1000 grands lacs parce que les sols voisins ont été transformés en 30 ans en véritables éponges. Là où le permafrost est demeuré stable, on a par contre noté une augmentation du nombre de lacs!
De leur côté, les mers du globe absorbent l'essentiel de la chaleur solaire. Les eaux qui baignent la Grande-Bretagne accusent désormais des hausses de température qui menacent leur plancton marin et les espèces qui en dépendent, selon un rapport gouvernemental publié en mars. Le niveau des mers britanniques a augmenté de deux millimètres en moyenne par année, mais la hauteur des vagues, elle, de 24 cm tous les dix ans. Ailleurs sur la planète, le niveau des mers continue de grimper en raison de la dilatation thermique de l'eau. Mais le pire danger à long terme sera la libération des milliards de tonnes de méthane gelé qu'on trouve au fond des mers si jamais ce carbone est libéré par le réchauffement des eaux. La planète deviendrait alors un véritable four.
Aux États-Unis, l'été 2005 a permis d'entrevoir quelques impacts à long terme de l'augmentation des températures de l'Atlantique et du golfe du Mexique. L'ouragan Katrina et les quatre qui ont frappé successivement la Floride constituent une conjonction de facteurs météo et climatiques sans précédent depuis un siècle. Même si on ne peut formellement attribuer cette série noire aux changements climatiques, la fréquence plus grande des grands ouragans commence à inquiéter pas mal de chercheurs et le public, même si la Maison-Blanche se déclare au beau fixe.
En France, on a aussi commencé à mesurer l'impact sur le climat de la sécheresse de 2003, qui a fait 15 000 morts dans ce pays et plus de 35 000 sur ce continent. Une étude publiée en septembre dans la revue Nature sous la direction du Laboratoire des sciences du climat révèle que l'accroissement moyen de 6 °C, cet été-là, ainsi que le déficit en eau qui l'a accompagné, ont eu un impact sévère sur la végétation. Le fait que la production végétale ait chuté de 30 % à l'échelle européenne, tout comme celle des forêts, a provoqué une réduction considérable de la captation du CO2 atmosphérique. Les écosystèmes ont ainsi relâché 500 000 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent de quatre années de séquestration de ce gaz par la végétation. Cette autre synergie n'avait pas été incluse, non plus, dans les modèles prévisionnels...
Les experts du GIEC planchent sur toutes ces études pour en faire ressortir en 2007, dans leur quatrième rapport, la signification et la portée. Mais ce qui ressort brutalement de ces signaux bruts, c'est qu'ils pointent tous en direction d'un problème croissant et plus rapide que prévu.
Le Devoir
Opposés à toute forme de multilatéralisme, les États-Unis risquent fort de s'isoler davantage à Montréal au moment où leur suprématie économique s'effrite. Ils vont donc tenter d'amorcer une nouvelle ronde de pourparlers en marge du protocole de Kyoto pour mieux le paralyser même si, chez eux, le Sénat, les grandes villes et une trentaine d'États veulent de plus en plus ouvertement engager la lutte aux gaz à effet de serre (GES). Les États-Unis sont le seul pays ayant refusé en juillet à la Conférence du G8 à Gleneagles, en Écosse, d'accélérer la cadence pour enrayer le réchauffement du climat. Les pays du G8, qui regroupent 13 % de la population mondiale, émettent 45 % des GES. Les États-Unis, avec 5 % de la population mondiale, rejettent 25 % des émissions anthropiques.
L'urgence d'agir est chaque jour plus évidente
En septembre, le laboratoire de diagnostic du National Ocean and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis démontrait que les GES présents dans l'atmosphère ont augmenté de 20 % depuis 1990, année de référence du protocole de Kyoto. À Kyoto, en décembre 1997, les signataires ont convenu de réduire les émissions planétaires de 5,2 % par rapport au niveau historique de 1990. Le taux de gaz carbonique (CO2) dans l'atmosphère, qui emprisonne la chaleur du Soleil et hausse le thermostat de la planète, est passé de 280 parties par million (ppm) en 1750 à 360 ppm aujourd'hui. Le GIEC prévoit que ce taux pourrait atteindre 540 à 970 ppm d'ici 2100.
Plusieurs institutions tentent de cerner ce qui se passera si l'on n'enraye pas cette croissance du CO2 atmosphérique. En septembre, les chercheurs du US National Snow and Ice Data de l'Université du Colorado ont mesuré que la fonte de la calotte polaire cet été avait atteint non seulement un record, mais peut-être aussi un «seuil critique» au-delà duquel la planète pourrait entrer, ont-ils dit, dans une phase de réchauffement irréversible. Cette calotte blanche, qui réfléchit une grande partie du rayonnement solaire, s'est agrandie de 18,2 % par rapport à sa surface moyenne historique. Cette situation, sans précédent depuis des millénaires, pensent les chercheurs, provoquera une plus grande absorption de chaleur solaire par l'océan Arctique, ce qui aggravera le phénomène d'année en année.
Plusieurs de ces synergies — une conséquence du réchauffement devient un facteur qui l'accélère — n'apparaissaient pas dans les anciens modèles prévisionnels sur le climat, ce qui explique qu'ils sont peut-être en deçà de ce qui s'en vient. Dans l'Arctique, la fonte croissante de la calotte est observée depuis quatre années consécutives. Mais on a noté dans cette région un autre phénomène nouveau, soit la croissance d'une végétation arbustive durant des étés plus longs. Cette végétation nouvelle perce la neige et réduit l'albédo ou réflexion solaire, augmentant d'autant encore une fois l'absorption de la chaleur et intensifiant le dégel du permafrost. L'institut Goddard de la NASA a d'ailleurs mesuré avec précision le phénomène en avril, établissant que chaque mètre carré du sol terrestre absorbe désormais un watt d'énergie de plus qu'il n'en renvoie vers l'espace. Il s'agirait de la première mesure empirique du réchauffement climatique modélisé jusqu'à présent.
Mille lacs perdus...
En juin, des chercheurs américains de grandes universités relevaient à partir de photos satellites que la région arctique du côté sibérien avait perdu plus de 1000 grands lacs parce que les sols voisins ont été transformés en 30 ans en véritables éponges. Là où le permafrost est demeuré stable, on a par contre noté une augmentation du nombre de lacs!
De leur côté, les mers du globe absorbent l'essentiel de la chaleur solaire. Les eaux qui baignent la Grande-Bretagne accusent désormais des hausses de température qui menacent leur plancton marin et les espèces qui en dépendent, selon un rapport gouvernemental publié en mars. Le niveau des mers britanniques a augmenté de deux millimètres en moyenne par année, mais la hauteur des vagues, elle, de 24 cm tous les dix ans. Ailleurs sur la planète, le niveau des mers continue de grimper en raison de la dilatation thermique de l'eau. Mais le pire danger à long terme sera la libération des milliards de tonnes de méthane gelé qu'on trouve au fond des mers si jamais ce carbone est libéré par le réchauffement des eaux. La planète deviendrait alors un véritable four.
Aux États-Unis, l'été 2005 a permis d'entrevoir quelques impacts à long terme de l'augmentation des températures de l'Atlantique et du golfe du Mexique. L'ouragan Katrina et les quatre qui ont frappé successivement la Floride constituent une conjonction de facteurs météo et climatiques sans précédent depuis un siècle. Même si on ne peut formellement attribuer cette série noire aux changements climatiques, la fréquence plus grande des grands ouragans commence à inquiéter pas mal de chercheurs et le public, même si la Maison-Blanche se déclare au beau fixe.
En France, on a aussi commencé à mesurer l'impact sur le climat de la sécheresse de 2003, qui a fait 15 000 morts dans ce pays et plus de 35 000 sur ce continent. Une étude publiée en septembre dans la revue Nature sous la direction du Laboratoire des sciences du climat révèle que l'accroissement moyen de 6 °C, cet été-là, ainsi que le déficit en eau qui l'a accompagné, ont eu un impact sévère sur la végétation. Le fait que la production végétale ait chuté de 30 % à l'échelle européenne, tout comme celle des forêts, a provoqué une réduction considérable de la captation du CO2 atmosphérique. Les écosystèmes ont ainsi relâché 500 000 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent de quatre années de séquestration de ce gaz par la végétation. Cette autre synergie n'avait pas été incluse, non plus, dans les modèles prévisionnels...
Les experts du GIEC planchent sur toutes ces études pour en faire ressortir en 2007, dans leur quatrième rapport, la signification et la portée. Mais ce qui ressort brutalement de ces signaux bruts, c'est qu'ils pointent tous en direction d'un problème croissant et plus rapide que prévu.
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