Rapport d'Oxfam sur la crise - Les producteurs de café se font siphonner... jusqu'à la dernière goutte
Photo : Jacques Grenier
Café offert par la Nigérienne Holina Haiga, hier, sur le parvis de la Place des Arts, à Montréal.
Les bars à espresso ont beau se multiplier, le café qu'on y sert — tout comme celui que l'on vend dans les épiceries — est de qualité inférieure à ce qu'il était. Ils sont 25 millions de producteurs à offrir leurs grains de café à une poignée de torréfacteurs qui paient souvent un prix inférieur au coût de production. De quoi laisser un arrière-goût amer aux paysans acculés à la faillite.
L'image du paysan heureux qui sert à promouvoir le café de Colombie ne correspondrait plus à la réalité. Le marché du café, nous dit l'ONG de développement Oxfam, traverse une «crise» caractérisée par l'effondrement des cours, la surproduction et une baisse de la qualité, si bien que plusieurs des 25 millions de producteurs à travers le monde risqueraient la faillite.
En conséquence, l'organisme propose un plan combinant les pressions sur les torréfacteurs pour qu'ils paient un meilleur prix aux producteurs, la promotion du café dit équitable, de même que l'amélioration de la qualité et le développement de cultures de substitution pour désengorger le marché.
«Le prix du café est à son niveau le plus bas depuis 30 ans», note le rapport publié hier par Oxfam, qui ajoute: «Les producteurs de café, dont la plupart sont de petits exploitants agricoles pauvres, vendent leurs grains de café à un prix beaucoup plus bas que les coûts de production.»
Notons que le Vietnam, de joueur insignifiant qu'il était il y a une dizaine d'années, est devenu le deuxième producteur mondial. Et le Brésil, qui était déjà en tête, a récemment mis en oeuvre des méthodes de culture qui ont considérablement augmenté ses rendements. Oxfam pointe en passant les programmes d'ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qui ont encouragé les pays pauvres à exporter toujours plus de matières premières.
Paradoxalement, malgré la multiplication des bars à espresso, la demande stagne dans le monde.
Plusieurs économies nationales sont affectées, selon Oxfam. Le Burundi dépend du café à 79 %, l'Éthiopie à 54 %, l'Ouganda à 43 %, le Rwanda à 31 %, le Honduras à 24 %, selon les chiffres de la Banque mondiale. Là où la dépendance est moindre, ce sont tout de même des régions entières et des millions de personnes qui sont affectées.
Les coûts sociaux sont multiples: certains fermiers seraient forcés de vendre leurs terres, «d'autres quittent leurs maisons [...] pour chercher du travail ailleurs», laissant les enfants les remplacer au lieu d'aller à l'école. Déjà, des centaines de milliers de travailleurs saisonniers ont été mis au chômage en Amérique centrale.
Jusqu'en 1989, le secteur était réglementé: les gouvernements des pays producteurs négociaient des quotas d'exportation afin de maintenir le prix à l'intérieur d'une fourchette acceptable. Aujourd'hui, cet accord, administré par l'Organisation internationale du café (OIC), n'existe que sur papier.
Les chiffres d'Oxfam indiquent que les marges bénéficiaires vont surtout aux torréfacteurs, ces grandes entreprises qui assurent la transformation finale du produit. À elles seules, Kraft, Nestlé, Proctor and Gamble et Sara Lee achètent près de la moitié des stocks de café vert (non torréfié), qu'elles vendent sous les marques Maxwell House, Nescafé, Folgers et Douwe Egberts. Selon Oxfam, les producteurs ne toucheraient en moyenne que 6 % de la valeur d'un paquet vendu dans les supermarchés.
Le document publié hier signale par ailleurs une «double» baisse de la qualité, c'est-à-dire un passage de l'arabica au robusta moins noble, et une détérioration de la qualité de ce dernier à cause des méthodes de culture et de récolte plus intensives. Si les grandes entreprises augmentent la proportion de café médiocre dans leurs mélanges, d'autres, tournées vers le haut de gamme, n'y trouvent pas nécessairement leur compte.
C'est le cas d'A. L. Van Houte, qui vend environ 50 % du marché du café torréfié en épicerie au Québec. «Oxfam parle de surproduction dans l'arabica basse gamme. Ce que nous constatons, c'est une sous-production de café de qualité en Amérique du Sud et en Afrique», signale Jean-Yves Monette, président des opérations café.
Oxfam salue l'initiative des chaînes de bistrots qui proposent des cafés d'origine achetés à des prix honnêtes, tout en mettant en garde contre «les risques encourus si tout le monde se précipite vers la même issue».
Même le café équitable, un mouvement né en 1973, «ne suffira pas à résoudre la crise à lui seul, à cause du déséquilibre qui persiste entre l'offre et la demande».
Oxfam et l'OIC ne cherchent pas à rétablir le système de quotas. En revanche, ils proposent un plan d'amélioration de la qualité qui réduirait l'offre sur le marché. Dans l'immédiat, on réclame la destruction des excédents de mauvaise qualité. Les autres recommandations vont de l'allégement de la dette des pays subissant des baisses de revenus d'exportation à l'abolition des politiques protectionnistes qui empêchent les pays en développement de remplacer leurs productions traditionnelles.
L'image du paysan heureux qui sert à promouvoir le café de Colombie ne correspondrait plus à la réalité. Le marché du café, nous dit l'ONG de développement Oxfam, traverse une «crise» caractérisée par l'effondrement des cours, la surproduction et une baisse de la qualité, si bien que plusieurs des 25 millions de producteurs à travers le monde risqueraient la faillite.
En conséquence, l'organisme propose un plan combinant les pressions sur les torréfacteurs pour qu'ils paient un meilleur prix aux producteurs, la promotion du café dit équitable, de même que l'amélioration de la qualité et le développement de cultures de substitution pour désengorger le marché.
«Le prix du café est à son niveau le plus bas depuis 30 ans», note le rapport publié hier par Oxfam, qui ajoute: «Les producteurs de café, dont la plupart sont de petits exploitants agricoles pauvres, vendent leurs grains de café à un prix beaucoup plus bas que les coûts de production.»
Notons que le Vietnam, de joueur insignifiant qu'il était il y a une dizaine d'années, est devenu le deuxième producteur mondial. Et le Brésil, qui était déjà en tête, a récemment mis en oeuvre des méthodes de culture qui ont considérablement augmenté ses rendements. Oxfam pointe en passant les programmes d'ajustement structurels de la Banque mondiale et du FMI qui ont encouragé les pays pauvres à exporter toujours plus de matières premières.
Paradoxalement, malgré la multiplication des bars à espresso, la demande stagne dans le monde.
Plusieurs économies nationales sont affectées, selon Oxfam. Le Burundi dépend du café à 79 %, l'Éthiopie à 54 %, l'Ouganda à 43 %, le Rwanda à 31 %, le Honduras à 24 %, selon les chiffres de la Banque mondiale. Là où la dépendance est moindre, ce sont tout de même des régions entières et des millions de personnes qui sont affectées.
Les coûts sociaux sont multiples: certains fermiers seraient forcés de vendre leurs terres, «d'autres quittent leurs maisons [...] pour chercher du travail ailleurs», laissant les enfants les remplacer au lieu d'aller à l'école. Déjà, des centaines de milliers de travailleurs saisonniers ont été mis au chômage en Amérique centrale.
Jusqu'en 1989, le secteur était réglementé: les gouvernements des pays producteurs négociaient des quotas d'exportation afin de maintenir le prix à l'intérieur d'une fourchette acceptable. Aujourd'hui, cet accord, administré par l'Organisation internationale du café (OIC), n'existe que sur papier.
Les chiffres d'Oxfam indiquent que les marges bénéficiaires vont surtout aux torréfacteurs, ces grandes entreprises qui assurent la transformation finale du produit. À elles seules, Kraft, Nestlé, Proctor and Gamble et Sara Lee achètent près de la moitié des stocks de café vert (non torréfié), qu'elles vendent sous les marques Maxwell House, Nescafé, Folgers et Douwe Egberts. Selon Oxfam, les producteurs ne toucheraient en moyenne que 6 % de la valeur d'un paquet vendu dans les supermarchés.
Le document publié hier signale par ailleurs une «double» baisse de la qualité, c'est-à-dire un passage de l'arabica au robusta moins noble, et une détérioration de la qualité de ce dernier à cause des méthodes de culture et de récolte plus intensives. Si les grandes entreprises augmentent la proportion de café médiocre dans leurs mélanges, d'autres, tournées vers le haut de gamme, n'y trouvent pas nécessairement leur compte.
C'est le cas d'A. L. Van Houte, qui vend environ 50 % du marché du café torréfié en épicerie au Québec. «Oxfam parle de surproduction dans l'arabica basse gamme. Ce que nous constatons, c'est une sous-production de café de qualité en Amérique du Sud et en Afrique», signale Jean-Yves Monette, président des opérations café.
Oxfam salue l'initiative des chaînes de bistrots qui proposent des cafés d'origine achetés à des prix honnêtes, tout en mettant en garde contre «les risques encourus si tout le monde se précipite vers la même issue».
Même le café équitable, un mouvement né en 1973, «ne suffira pas à résoudre la crise à lui seul, à cause du déséquilibre qui persiste entre l'offre et la demande».
Oxfam et l'OIC ne cherchent pas à rétablir le système de quotas. En revanche, ils proposent un plan d'amélioration de la qualité qui réduirait l'offre sur le marché. Dans l'immédiat, on réclame la destruction des excédents de mauvaise qualité. Les autres recommandations vont de l'allégement de la dette des pays subissant des baisses de revenus d'exportation à l'abolition des politiques protectionnistes qui empêchent les pays en développement de remplacer leurs productions traditionnelles.
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