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LE CHAOS

L'ouragan Katrina et les inondations sans précédent qu'il a causées a plongé les États du Sud américain dans le chaos. Tandis que les autorités essaient de résoudre le casse-tête des opérations de secours, que les évacuations se poursuivent et que la crise sanitaire est décrétée, le gouvernement central, le président George W. Bush en particulier, est la cible de vives critiques.

Les Américains, habitués à voir à la télévision des images de dévastation, de souffrance et de désespoir en provenance de régions du monde éloignées, découvrent les mêmes scènes sur leur propre sol.

«C'est le Tiers-Monde», a déclaré à l'AFP un médecin, sous le couvert de l'anonymat, afin de ne pas compromettre ses chances de partir en mission dans les hôpitaux cernés par les eaux, sans électricité et sans eau potable, de La Nouvelle-Orléans.

Une opération géante était toujours en cours hier pour faire sortir de la ville sinistrée les personnes qui y étaient bloquées, quatre jours après le cyclone, mais ces opérations étaient rendues très difficiles par des problèmes techniques de communications et le chaos sécuritaire.

Devenue un des principaux points d'évacuation des réfugiés de l'agglomération de La Nouvelle-Orléans, Baton Rouge, à 120 km au nord-ouest, s'en accommode tant bien que mal, entre embouteillages, habitations bondées et crainte d'une hausse de la criminalité.

L'agglomération, qui ne compte d'habitude que 250 000 habitants, six fois moins que La Nouvelle-Orléans, «est devenue aujourd'hui la première ville de Louisiane», a constaté Walter Mansour, chef de cabinet du maire de la ville, lors d'une conférence de presse hier matin

La crise du logement s'étend sur toute la côte et la criminalité, attribuée notamment à des évacués de La Nouvelle-Orléans, est en hausse. Mercredi soir, un soldat de la Garde nationale a été blessé par balles, tandis qu'un hélicoptère gros porteur de l'armée était la cible de tirs. Le chef de l'agence intergouvernementale américaine pour les situations d'urgence, Michael Brown, a toutefois affirmé que la situation sécuritaire à La Nouvelle-Orléans était «plutôt bonne», malgré les informations sur des scènes de chaos dans la ville.

En Louisiane, dans le Mississippi et en Alabama, les personnes déplacées s'entassent dans des chambres d'hôtel et des logements de proches. La Nouvelle-Orléans comptait 1,4 million d'habitants avant la catastrophe, et il en resterait plus de 200 000, selon des estimations. Mais des milliers de personnes sont toujours prisonnières dans la ville, quatre jours après le passage de Katrina, selon les autorités, tandis que des informations font état de corps en décomposition laissés à l'air libre.

Depuis lundi, il est impossible de trouver une chambre d'hôtel dans un rayon de 400 km autour de La Nouvelle-Orléans. La plupart de ceux qui occupent ces chambres voient leurs réserves d'argent fondre.

«La majorité des hôtels ont été coopératifs», a déclaré Angele Davis, ministre de la Culture et du Tourisme de l'État de la Louisiane. Mais certaines informations font état d'hôteliers demandant aux personnes déplacées de partir dès aujourd'hui et, jusqu'à Houston, à 500 km de là, des établissements ont monté leurs prix. «Nous travaillons pour faire en sorte que les hôtels gardent leurs portes ouvertes, pour que ces gens puissent rester là aussi longtemps que possible», a déclaré à l'AFP le gouverneur adjoint de la Louisiane, Mitch Landrieu.

Quelque 20 000 personnes sont en cours d'évacuation du stade de La Nouvelle-Orléans, en bus, vers un autre stade, à Houston. La situation dans le Superdome est «critique», selon les autorités, qui ont réquisitionné jusqu'à 500 bus pour faire la navette vers le Texas. Mais ce sont les autres réfugiés qui posent problème. Certains se sont présentés à Houston et ont été refoulés, l'équipement n'étant destiné qu'aux personnes évacuées du Superdome.

Des appel à l'aide

Le maire de La Nouvelle-Orléans, Ray Nagin, a lancé hier un «SOS désespéré» pour venir en aide aux 15 à 20 000 sinistrés du cyclone Katrina réfugiés dans le Centre de convention de la ville, où la sécurité et la salubrité ne sont plus assurées, a rapporté la chaîne de télévision CNN. Selon des témoins, certaines personnes ont été tuées par balles dans ce centre.

La gouverneure de la Louisiane, Kathleen Blanco, a pour sa part demandé l'envoi de 40 000 militaires pour rétablir l'ordre à La Nouvelle-Orléans. Quelque «12 000 membres de la Garde nationale au total» sont actuellement en route vers la Louisiane depuis toutes les régions des États-Unis, a-t-elle ajouté, et ils devraient arriver aujourd'hui sur place, selon elle. Des centaines de policiers en provenance des États proches du Kentucky, de l'Arkansas et du Texas sont également arrivés, a-t-elle ajouté.

Les autorités n'ont confirmé jusqu'à présent que 110 morts dans le Mississippi, autre État touché par le cyclone, mais partout on parle plutôt de milliers de victimes.

Devant l'ampleur du désastre, les États-Unis accepteront toutes les offres d'assistance venues de l'étranger, d'où qu'elles viennent, ont annoncé hier la Maison-Blanche et le département d'État.

«Nous sommes ouverts à toutes les propositions d'aide des autres pays, et je pense qu'on acceptera des propositions d'aide lorsque cela sera nécessaire», a dit le porte-parole Scott McClellan, se gardant bien toutefois de lancer un appel à l'aide. Quelques heures plus tôt, le président Bush avait pourtant décliné les offres faites notamment par le Venezuela. «Nous allons nous en sortir par nous-mêmes», avait-il dit.

Des équipes de la protection civile italienne et du matériel étaient en instance de départ vers les États-Unis afin d'aider aux opérations de secours, a annoncé Rome peu après.

M. Bush a indiqué que 22 000 Gardes nationaux étaient en route pour les zones sinistrées, et il a promis que les pillards seraient traités avec la plus grande sévérité.

L'administrateur de l'Agence fédérale pour les situations d'urgence, David Fukatomi, a indiqué que des largages de nourriture et d'eau avaient eu lieu dans des endroits du Mississippi toujours inaccessibles en raison de la chute d'arbres.

Les Américains, émus par l'ampleur de la catastrophe laissée dans le sillage du cyclone Katrina, ont déjà promis de verser des dizaines de millions de dollars d'aide, une mobilisation rappelant l'élan de solidarité suscité par les raz-de-marée asiatiques en début d'année.

La Croix-Rouge avait déjà reçu mercredi plus de 21 millions de dollars en dons, dont 15 millions offerts par des particuliers sur son site Internet, et s'attendait à voir cette somme largement à la hausse hier.

L'Armée du Salut, dont les coordonnées téléphoniques et sur Internet ne cessent d'être rappelées à la télévision et même par le président George W. Bush, avait déjà récolté 15,5 millions de dollars hier matin.

Washington fustigé

Les critiques fusaient de toutes parts hier à propos de la gestion de la crise sans précédent que connaissent les États-Unis, dans la foulée du passage de l'ouragan Katrina. Le président Bush lui-même, qui vient d'écourter ses vacances texanes de deux jours, croulait sous l'avalanche de mauvaise presse.

«Rien dans l'attitude du président [mercredi], qui semblait nonchalant jusqu'à l'indifférence, n'indiquait qu'il comprend la profondeur de la crise», a jugé le New York Times dans un cinglant éditorial intitulé «En attente d'un chef».
 
 
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