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Katrina - «Ce n'est plus ma ville»

Les habitants de La Nouvelle-Orléans ne reconnaissent plus leur ville qu'ils ne voient plus qu'au petit écran

Un des nombreux quartiers de La Nouvelle-Orléans qui ont été submergés. La ville a été inondée à 80 % et l’eau continue de s’infiltrer.
Photo : Agence Reuters
Un des nombreux quartiers de La Nouvelle-Orléans qui ont été submergés. La ville a été inondée à 80 % et l’eau continue de s’infiltrer.
Ottawa — L'ouragan Katrina qui a dévasté la Louisiane, le Mississippi et l'Alabama il y a deux jours hantera encore les habitants de ces États pendant d'interminables semaines. L'angoisse de voir arriver la tempête dimanche soir a aujourd'hui fait place à un immense sentiment d'impuissance pour les résidants de La Nouvelle-Orléans qui ont trouvé refuge plus au nord et qui regardent avec désolation les quartiers détruits de leur ville. Le Devoir a recueilli les témoignages de quelques rescapés.

Selma English, 34 ans, habite tout près du centre-ville de La Nouvelle-Orléans, à cinq minutes du Quartier français, aujourd'hui englouti sous les flots, conséquence de la rupture d'une digue gigantesque sous la pression de vents de 230 km/h. Elle n'a aucune idée de l'état de sa maison. «Il y aura de l'eau, c'est sûr, mais aussi beaucoup de dommages à cause du vent», a-t-elle dit lorsque jointe par téléphone dans le village de Shreveport, plus de quatre heures au nord de La Nouvelle-Orléans, où elle a trouvé refuge chez des amis.

«Mais le pire, c'est le vol, poursuit-elle. Il y a des pilleurs partout. Je ne comprends pas que des gens de ta communauté, avec qui tu vis, se transforment tout à coup en voleurs de la pire espèce dans des situations de crise. C'est très fâchant.»

Les images que diffuse en boucle la télévision du salon, allumée en permanence, lui semblent «irréalistes», «comme si elles étaient tirées d'un film». «C'était une ville touristique, avec sa bonne bouffe, son Quartier français, ses spectacles. Ce que je vois est horrible, ce n'est plus ma ville, on dirait l'Irak ou un pays du Tiers-Monde. L'économie de La Nouvelle-Orléans est à terre. Et les autorités nous disent qu'on ne pourra pas rentrer chez nous avant peut-être six à huit semaines. On a encore de durs moments à passer.» L'école primaire où elle enseigne les mathématiques ne prévoit d'ailleurs pas rouvrir ses portes avant le 1er décembre: en effet, le rétablissement de l'alimentation en électricité prendra de un à deux mois.

Le mari de Selma English, Reginald, a quant à lui droit à plus que des images télé. Son métier de garde-côte le place aux premières loges du drame alors que, à bord de son hélicoptère, il passe des heures à secourir des gens qui n'ont pas voulu évacuer leur résidence et qui sont maintenant coincés. «Les gens agitent leur t-shirt pour qu'on vienne les secourir. Des maisons brûlent parce que des personnes font une mauvaise utilisation des génératrices et des chandelles. Il y a de l'eau partout et des centaines de corps qui flottent. C'est laid, c'est triste», dit-il.

Marie-Ève Couture, une Québécoise qui enseigne le français dans une école primaire de Lockport Upper, un village tout près de La Nouvelle-Orléans, s'est enfuie avec Selma et Reginald. Elle n'en revient toujours pas de ce qui s'est produit. «On savait que ce serait vraiment gros quand les autorités nous ont obligés à évacuer parce que l'évacuation n'avait été que volontaire quand l'ouragan Ivan était passé. On était alors restés chez nous et on n'avait rien eu. Mais là, on est soulagés d'avoir écouté le mot d'ordre.»

La petite ville de Kenner, où elle vit, située à 20 minutes de La Nouvelle-Orléans, a semble-t-il été moins touchée. Mais pas question de revenir au bercail pour autant. «Lundi, on aura le droit d'aller chercher des affaires à notre appartement, mais il faudra montrer nos cartes d'identité et repartir aussitôt pour au moins un mois», dit-elle.

Malheureusement, les pilleurs qui sillonnent les zones dévastées auront peut-être déjà fait un tour chez elle. «Je trouve ça dégueulasse que le monde entier et le reste des États-Unis voient la Louisiane se comporter comme ça. C'est quoi, quatre paires de souliers et une télé dans un drame comme ça?», lance-t-elle.

Marie-Ève Couture a toujours de la difficulté à croire que c'est bel et bien sa ville qui a été saccagée par la tempête. «C'est surréaliste! On regarde ça et on se dit qu'on n'est vraiment pas grand-chose sur Terre, qu'on est vraiment fragile.» Elle affirme que le stress est très intense pour les déplacés qu'ils sont devenus. «On n'arrive à joindre personne car les lignes sont coupées. On ne dort pas beaucoup et, quand on se réveille, on se branche sur les nouvelles. J'ai un mal de tête qui n'en finit plus et je suis fatiguée morte.»
 
 
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