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Incorrigibles

La vie est un éternel recommencement et les êtres humains sont incorrigibles. De plus, l'expérience est difficilement transmissible et chacun a droit à ses erreurs. Que de lieux communs, direz-vous. Certes, mais les lieux communs contiennent leur part de vérité puisqu'ils ont subi l'épreuve du temps.

Voilà donc que nous nous dirigeons vers un automne chaud. Les syndicats nous l'annoncent, donc il faut y croire; le gouvernement s'alarme et affûte ses armes, alors l'automne sera effectivement chaud. La question à se poser est la suivante: un automne chaud créé par les travailleurs de la fonction publique est-il une manifestation de progrès social? En d'autres termes, le bien-être collectif est-il absolument tributaire du bien-être de ces travailleurs les plus privilégiés? Ce mot est banni dans les centrales syndicales, où on manie les concepts avec hardiesse et où on définit les mots selon une grille d'analyse, appelons-la connexe. Quant à la position gouvernementale, l'adversaire dans le cas de figure qui nous occupe, elle s'appuie sur l'incapacité de l'État d'ouvrir ses goussets. Les premiers croient faire céder le gouvernement, plusieurs parmi les syndiqués espèrent même le faire tomber, et le gouvernement, pour sa part, se prépare à l'affrontement final. Or l'expérience nous a enseigné que les automnes chauds mènent inévitablement à l'hiver et que les goussets de l'État s'ouvrent lorsqu'on prononce certaines formules magiques. Mais il peut arriver aussi que l'affrontement se termine par une victoire de celui qu'on croyait vaincu. Les syndicats de la fonction publique et parapublique risquent donc, par leurs stratégies de blocage social, de nous plonger dans une élection de type référendaire où les électeurs, aux conditions de travail défavorisées par comparaison avec les employés de l'État, reporteront au pouvoir un Parti libéral sur lequel personne n'aurait gagé même un billet de métro il y a encore quelques semaines. Les Anglais appellent ce genre de situation «déjà vu».

Avant que les syndicats ne se transforment en agent électoral du Parti libéral, avant que le gouvernement n'ouvre les coffres inouvrables de l'État, avant, à vrai dire, que le bluff des uns et des autres ne paralyse la société, ne crée de l'insécurité chez les gens fragiles, de la désorganisation dans le système scolaire, de l'anxiété supplémentaire pour les parents d'enfants en garderie ou d'âge scolaire, que les hommes et les femmes de bonne volonté ayant la mémoire de notre histoire des combats sociaux se lèvent afin de nous éviter cette déprimante répétition du passé. Le seul progrès véritable réside là.

Nous avions un orchestre à Montréal qui suscitait la fierté, même de ceux que la musique classique n'intéresse guère. Cette institution, on la croyait immortelle. Or, de nos jours, la clairvoyance nous interdit de croire à une quelconque pérennité institutionnelle. Des musiciens, supposément amoureux de leur art et de leur orchestre, aveuglés et, on en a le sentiment, manipulés par leurs représentants dont on se demanderait en période de guerre s'ils ne sont pas des agents doubles, ces musiciens se croient à tort les victimes honnies et méprisées de ceux-là mêmes qui partagent avec eux cette passion. Il est raisonnable de croire qu'on ne siège pas à un conseil d'administration d'un orchestre si on déteste la musique et déprécie les musiciens.

La mondialisation entraîne des effets pervers dangereux, comme celui, pour des musiciens, de comparer leurs salaires indépendamment des lieux où ils exercent leur art, de refuser la loi du nombre, celle de la concurrence, de nier somme toute le dur principe de réalité. Non, un musicien à Montréal ne peut pas se comparer à un autre à New York en matière de salaire. Pas plus qu'un journaliste de télé à Montréal ne peut exiger le cachet de son confrère des grands réseaux américains. Il y a dans les demandes du syndicat de l'OSM une négation de la réalité aussi infantile qu'irresponsable. «Quel est l'objet de votre maladie?», demandait Freud. En la reformulant, on peut poser la question aux porte-parole syndicaux de l'OSM, cet orchestre en danger de mort prochaine.

Enfin, et cela nous permet de terminer sur un exemple a contrario plus encourageant, voilà qu'on découvre les vertus de l'uniforme à l'école. Dans le secteur public, les parents sont de plus en plus nombreux à le souhaiter. L'uniforme maudit au nom d'une réaction épidermique à l'ancien système du temps des religieux, l'uniforme dénoncé en tant qu'entrave à la créativité et à l'originalité personnelles, l'uniforme banni en tant que symbole d'autoritarisme et de répression des jeunes, l'uniforme réapparaît. Il a fallu subir la clochardisation vestimentaire des adolescents, endurer ces modes successives jusqu'à celle, récente, de l'hypersexualisation de petites filles, tolérer cette compétition coûteuse et injuste des marques de commerce pour se rendre compte que l'uniforme est tout simplement le vêtement le plus égalitaire, le plus pratique, le plus facile d'entretien et, disons-le, le plus esthétique quand on jette un coup d'oeil sur un groupe de jeunes. Et on peut ensuite espérer qu'après la correction vestimentaire, on réintroduira un minimum de correction de comportement et, pourquoi pas, de langage à l'école.

denbombardier@videotron.ca
 
 
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