Décriminaliser d'abord
Le rapport d'un comité du Sénat qui propose la légalisation du cannabis a l'énorme mérite de jeter un éclairage rafraîchissant sur ce passe-temps répandu parmi les jeunes qui consiste à fumer son joint. Cela dit, avant de confier à l'État le rôle de pusher de la nation, avec ce que cela suppose de nouveaux contrôles, de taxation, de promotion du produit, commençons par décriminaliser d'urgence la culture restreinte et la possession simple. Ce sera déjà beaucoup!
Inutile de fermer les yeux: la consommation de marijuana fait partie de la réalité d'un nombre significatif de Canadiens, surtout parmi les adolescents et les jeunes adultes. Passé la quarantaine, le phénomène s'estompe pour faire place à d'autres types de consommation de produits non moins euphorisants, et légaux.
Comme le rappelle le rapport Nolin, le pot ne crée aucune dépendance physique contrairement à la cigarette, même si chez certains individus sa consommation peut constituer une habitude nuisible dont il est difficile de se débarrasser pour des motifs d'ordre psychologique. Étant donné la teneur en substances chimiques cancérigènes, le cannabis peut aussi entraîner des troubles pulmonaires, mais là encore, seulement si le produit est inhalé en très grande quantité pendant une très longue période.
En fait, si on voulait être honnête, on avouerait le plus simplement du monde que le principal problème induit par la consommation de marijuana n'en est pas un de dépendance ou de santé physique ou mentale, mais de comportement social, notamment chez les adolescents. On aura beau raisonner autant qu'on voudra, aucun parent n'appréciera de voir un de ses enfants revenir de l'école les yeux vitreux, tout juste capable de se traîner jusqu'au divan pour s'y écraser le temps de laisser passer le coup de pompe post-euphorie. Aucun employeur non plus n'appréciera la présence dans son entreprise d'un employé qui a besoin de «tirer» quelques bouffées avant de s'attaquer à une tâche stressante.
Mais pour le reste, il n'y a plus que les corps policiers pour qualifier de délinquant le comportement de celui qui consomme occasionnellement du cannabis en privé.
Cela étant admis, faut-il pour autant légaliser la production, la vente et la consommation du produit? Mais non, du moins pas pour le moment. D'abord, il y a la proximité des États-Unis, pays répressif et hypocrite comme pas un en cette matière, mais de qui nous dépendons trop en matière commerciale et touristique pour ignorer les menaces de boycottage et de contrôle tatillon aux frontières. Puis il y a l'État, le nôtre, qui ne manquerait pas de vouloir tout contrôler à son seul profit et à celui de ses protégés, avec tout ce que cela suppose de règles, de permis de production, de quotas échangés à prix d'or et de policiers supplémentaires spécialement affectés à la surveillance des plantations. Sans parler de la taxation que l'on peut prévoir exorbitante, et des normes de contenus que l'on peut supposer trop élevées pour satisfaire les vrais consommateurs qui trouveraient toujours mieux à meilleur prix sur le marché noir contrôlé par les mêmes organisations criminelles que l'on dit vouloir combattre.
Avant de songer en arriver un jour peut-être à la création d'un État pusher de hasch, il vaudrait beaucoup mieux tenter l'expérience de décriminaliser la culture domestique (actuellement confondue au trafic) et la possession simple de cannabis pour une consommation privée réservée aux plus de 18 ans. Ce faisant, on ne mettra pas fin au crime organisé, mais au moins, on cessera de traîner devant les tribunaux des milliers de jeunes et de moins jeunes concitoyens qui n'ont rien fait de pire que de fumer un joint. Cela fera économiser des millions au Trésor public, sans pour autant lancer le message que la consommation de cannabis est désormais une activité socialement acceptable encouragée par les pouvoirs publics.
jrsansfacon@ledevoir.ca
Inutile de fermer les yeux: la consommation de marijuana fait partie de la réalité d'un nombre significatif de Canadiens, surtout parmi les adolescents et les jeunes adultes. Passé la quarantaine, le phénomène s'estompe pour faire place à d'autres types de consommation de produits non moins euphorisants, et légaux.
Comme le rappelle le rapport Nolin, le pot ne crée aucune dépendance physique contrairement à la cigarette, même si chez certains individus sa consommation peut constituer une habitude nuisible dont il est difficile de se débarrasser pour des motifs d'ordre psychologique. Étant donné la teneur en substances chimiques cancérigènes, le cannabis peut aussi entraîner des troubles pulmonaires, mais là encore, seulement si le produit est inhalé en très grande quantité pendant une très longue période.
En fait, si on voulait être honnête, on avouerait le plus simplement du monde que le principal problème induit par la consommation de marijuana n'en est pas un de dépendance ou de santé physique ou mentale, mais de comportement social, notamment chez les adolescents. On aura beau raisonner autant qu'on voudra, aucun parent n'appréciera de voir un de ses enfants revenir de l'école les yeux vitreux, tout juste capable de se traîner jusqu'au divan pour s'y écraser le temps de laisser passer le coup de pompe post-euphorie. Aucun employeur non plus n'appréciera la présence dans son entreprise d'un employé qui a besoin de «tirer» quelques bouffées avant de s'attaquer à une tâche stressante.
Mais pour le reste, il n'y a plus que les corps policiers pour qualifier de délinquant le comportement de celui qui consomme occasionnellement du cannabis en privé.
Cela étant admis, faut-il pour autant légaliser la production, la vente et la consommation du produit? Mais non, du moins pas pour le moment. D'abord, il y a la proximité des États-Unis, pays répressif et hypocrite comme pas un en cette matière, mais de qui nous dépendons trop en matière commerciale et touristique pour ignorer les menaces de boycottage et de contrôle tatillon aux frontières. Puis il y a l'État, le nôtre, qui ne manquerait pas de vouloir tout contrôler à son seul profit et à celui de ses protégés, avec tout ce que cela suppose de règles, de permis de production, de quotas échangés à prix d'or et de policiers supplémentaires spécialement affectés à la surveillance des plantations. Sans parler de la taxation que l'on peut prévoir exorbitante, et des normes de contenus que l'on peut supposer trop élevées pour satisfaire les vrais consommateurs qui trouveraient toujours mieux à meilleur prix sur le marché noir contrôlé par les mêmes organisations criminelles que l'on dit vouloir combattre.
Avant de songer en arriver un jour peut-être à la création d'un État pusher de hasch, il vaudrait beaucoup mieux tenter l'expérience de décriminaliser la culture domestique (actuellement confondue au trafic) et la possession simple de cannabis pour une consommation privée réservée aux plus de 18 ans. Ce faisant, on ne mettra pas fin au crime organisé, mais au moins, on cessera de traîner devant les tribunaux des milliers de jeunes et de moins jeunes concitoyens qui n'ont rien fait de pire que de fumer un joint. Cela fera économiser des millions au Trésor public, sans pour autant lancer le message que la consommation de cannabis est désormais une activité socialement acceptable encouragée par les pouvoirs publics.
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