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    C'est la vie! - Le tao dont vous êtes le héros

    Un jeu de société doublé d'un réseau

    Des taobuddies révèlent leur quête au grand jour. Le jeu du tao, le strip-poker du nouveau millénaire. Photo : Mata Hari
    Photo: Des taobuddies révèlent leur quête au grand jour. Le jeu du tao, le strip-poker du nouveau millénaire. Photo : Mata Hari
    Il y a cent questions que j'aurais voulu poser au jeu du tao: comment évacuer le stress sans me ronger les ongles d'orteil; comment retrouver le temps de lire des romans (je viens tout juste de terminer Le Da Vinci Code illustré et je n'ai toujours pas entamé L'Ancien Testament); comment mettre fin à une vieille amitié stérile sans faire de mal à l'autre; comment évacuer les orages sans sortir les parapluies. C'est moi qui ai jeté le premier dé, je dois exposer ma quête, une seule pour l'instant. J'énonce courageusement mon rêve secret, au risque de passer pour une gérontophile cinglée: «Je souhaite transmettre la sagesse des anciens, faire parler les très vieux.» Méfie-toi de ce que tu souhaites, me répondrait le sage inuit.

    Sur la terrasse, chez l'ami Jacques, la soirée est jeune, l'air est frais, le vin est tiède et l'eau traitée par osmose inversée goûte... le H2O. Il flotte dans l'air les relents d'un joint mêlé au parfum plus insouciant du lilas. Le joint gagne, plus yang, c'était couru d'avance. Je dois déjà avoir accédé à la sagesse taoïste, l'odeur me suffit. Ça bourdonne autour de nous, mais notre attention se porte vers la table chargée de cartes, de pierres polies, d'un gros bouquin inspiré du yi-king qui sert d'oracle, d'un sablier qui marquera le temps de façon plus poétique qu'une minuterie. J'ai l'impression de vivre un épisode d'Harry Potter pour les grands, liée par un pacte invisible d'amitié et de solidarité avec mes partenaires de jeu.

    Nous sommes six qui se connaissent bien, à peine ou pas du tout, réunis au hasard autour d'un tao-animateur et d'un tapis de jeu, un labyrinthe mystérieux de cases sur lesquelles nous déplaçons la pierre polie qui nous sert de pion. Durant trois minutes top sablier, je dois exposer les motifs qui sous-tendent cette quête professionnelle, relationnelle et personnelle; j'épilogue sur le sujet des ancêtres et de ma passion pour les vieillards, les vrais, ceux qui n'ont jamais utilisé de Botox et déconnent un peu sous le plafond parce qu'ils n'ont plus rien à prouver ou à protéger. Si la vérité sort de la bouche des enfants, elle s'échappe parfois du dentier des vieillards. Chacun me questionne sur cette maladie que je traîne depuis l'âge le plus tendre et sur mon désir de transmettre un héritage oral, une urgence beaucoup plus vive depuis la mort de mon grand-papa Alban, mon phare gaspésien.

    Strip-tease de l'âme

    Chaque joueur puise ensuite dans ses jetons, m'en tend un et, tout en gardant ses mains sur la mienne, me donne un feed-back sur ma quête. C'est le moment de vérité du jeu, le plus intense, celui où chacun nous parle dans le blanc des yeux et y va même d'un «moi, à ta place... ». Le conseil des sages s'est réuni et me fait profiter de sa science. Le participant doit se taire durant les feed-backs, ce qui permet de vraiment écouter. Le jeu se base notamment sur les théories de la communication non violente de Marshall Rosenberg et sur celles de la coopération de Robert Axelrod. On parle ici d'égoïsme conséquent, chacun pour soi et soi au service des autres.

    Que ce soit Pierre, Annick, Hélène ou Olivier, chacun et chacune a promis de m'aider à réaliser ma quête durant et après la fin du jeu. Le jeu du tao est tout simple: chaque être humain est porteur d'un projet, d'une aventure, d'une potentialité qui doit s'inscrire dans une quête essentiellement positive, ce que Coelho appelle notre «légende personnelle». Dans la «vraie vie», le plus fort écrase l'autre et la CSST ramasse les perdants. Dans le jeu du tao, tout le monde est gagnant et chacun participe de tout son être à ce que l'autre puisse réaliser son souhait grâce à son attention, ses remarques, ses conseils, son intuition et son expérience. L'ouverture au projet de l'autre nous fait revoir le sens du mot «communauté». Et, curieusement, on se sent libéré d'avoir révélé une partie de soi sans être jugé.

    Le seul bémol porte sur le tao-animateur, trop nouvel-âgeux et pseudo-gourou à mon goût. Languirand, sors de ce corps! Namour, qui participe à une autre table de jeu de tao, un étage plus bas, émet les mêmes réserves au sujet de l'animation. Mais la magie opère à sa table comme à la mienne; les gens s'ouvrent rapidement et miraculeusement. On s'échange les rires et les papiers-mouchoirs. Namour fait pleurer tous les participants en trois minutes. Pour ceux qui ont horreur des thérapies de groupe, l'échange peut être rebutant, mais une fois le ton donné et la première question posée, on se laisse prendre au jeu de l'humilité et de l'ouverture.

    «On pense souvent que la qualité du jeu dépend des participants, mais chaque table ressort avec le sentiment que sa table était merveilleuse. Elles le sont toutes!», me souffle Patrice Levallois, un Français de passage à Montréal pour faire la promotion du jeu du tao, qui a bossé dans la pub, écrit pour la télé, et qui est l'un des coauteurs de ce jeu de société non compétitif auquel il a consacré sept années de sa vie.

    «Tout ce qu'il est possible d'imaginer est du réel en puissance», croit ce mutant qui avoue ses 54 ans sans trop y croire. Le livre est une sorte de synthèse laïque des questions posées notamment par Bouddha, Socrate, Lao-Tseu, Jésus, Ibn Arabi. Que cherches-tu? Imagine ta quête accomplie. Qu'est-ce que cela apporterait aux autres? «Le tao accélère la synchronicité. Tu admets qu'il y a des forces invisibles. Tu sommes le destin d'exister. Et tu as besoin des autres pour parvenir à tes fins. J'ai choisi le mot "tao", lance Patrice, parce qu'il signifie de multiples choses: le chemin, le destin, les lois qui régissent l'univers. Ça évoque aussi l'Orient, donc une certaine sagesse dans l'esprit des Occidentaux.»

    Écrire l'histoire en jouant

    Le jeu est-il sur la table ou à l'extérieur, dans la vie? En tout cas, le jeu du tao relance des énergies agonisantes, fait agir la synchronicité ou le hasard qui fait si bien les choses et nous pousse concrètement vers l'action. Des engagements sont pris devant témoins et partenaires: où, quand et comment, délais à l'appui pour les procrastinateurs. Quant au pourquoi du pourquoi, même le tao ne le sait pas. Et, sincèrement, on s'en contrefout jusque dans l'intersidéral galactique.

    P.-S. (brièvement): j'ai quitté la table avec une offre de participation à un livre, un projet de documentaire, un autre de télé-réalité et quelques phrases bien senties qui me font encore réfléchir une semaine plus tard. Et puis, j'ai de nouveaux amis à qui je suis invisiblement liée. C'est motivant même si, en bout de piste, je me contente de faire la sieste dans un hamac une bonne partie de l'été. Le tao ne change pas le monde, il y contribue.

    cherejoblo@ledevoir.com

    ***

    La Life

    Les cercles de tao

    Plusieurs cercles de tao sont déjà formés un peu partout au Québec. Le jeu du tao (www.taovillage.com) plaît aux humanistes, aux activistes, aux pigistes, aux créatifs culturels (cette branche de la société qui se réalise dans la relation d'aide, l'environnement, les quêtes spirituelles de toute sorte, et qui ne se reconnaît ni dans la droite, ni dans la gauche politique, ni dans le centre mou, et encore moins dans le cynisme ambiant). Il enchante tous ceux pour qui le néolibéralisme, la performance aveugle et la surconsommation tiennent lieu de démons postmodernes plutôt que de philosophie de vie. Si je sais bien compter, nous sommes trois ou quatre.

    Il attire tous ceux qui se croient seuls avec leurs croyances parallèles et qui aimeraient s'unir à d'autres excentriques. Il séduit les ex-fans des sixties qui ont refait le monde maintes fois autour d'un joint et d'une Belle Gueule et qui en ont soupé de radoter sur les confessions de Nathalie Simard ou d'agoniser sur celles de Jean Pelletier. Le jeu du tao aide à redonner du wooppa dans les réunions d'amis, et on peut même l'adapter pour faire jouer les enfants. Les questions n'ont pas d'âge, les réponses non plus. Le tao permet de développer l'empathie, la sagesse et l'entraide. 39,95 $ en six versements réguliers. Satisfaction garantie ou destin remis.

    Si on ne désire pas se joindre à un cercle de tao, on se choisit un taobuddy (ah! ces Français!) ou on désigne le tao-animateur de son choix. On peut aussi jouer seul, mais il faut s'assurer que l'ego et le super-ego ne sont pas de mèche.

    Le jeu du tao peut très bien prendre la forme d'un blogue. Certains joueurs exposent leur quête dans leur carnet et attendent les commentaires des autres joueurs avant de passer à la question suivante, proposée par le livre ou par les cartes.

    On parle d'outil d'évolution personnelle dont on se sert également pour résoudre des conflits en entreprise. La SNCF, Coca-Cola et le Club Med y ont fait appel, et Bernard Landry devrait s'en procurer une copie pour dépoussiérer sa question référendaire.

    Le jeu du tao sera porté au petit écran, dans une télé-réalité en 2006, en France, et le public pourra suivre la quête de quatre participants durant huit semaines. Ce n'est pas la loto ni la commission Gomery, bien sûr, mais je n'ai pas encore trouvé mieux pour accompagner la sangria.

    www.ledevoir.com/blog/joblo

    ***

    Refusé: de prêter mon livre Le Jeu du tao (Albin Michel et Taovillage). Je sais, c'est très égoïste et pas tellement taoïste, mais j'ai développé un attachement pas du tout bouddhiste pour cette grosse bible de sagesse qui sert également de yi-king (le livre des transformations chinois) traduit en occidental. L'avant-dernière partie du livre, le livre des sagesses de A à Z, est particulièrement impressionnante et représente une quantité colossale d'information sur tout ce qui touche la psychologie, les théories de la communication, l'occultisme, le sacré, la philosophie, le mieux-vivre en général et l'élévation de la conscience en particulier. Rien que pour ça, vous devriez vous le procurer.

    Aimé: le livre Vraiment là, de Laurence Simenot (Jean-Claude Gawsewitch éditeur). Des exercices tout simples pour apprendre à «être» avec le concours des sens. Si on en croit l'auteur de ce petit bouquin sans prétention, on peut prendre de la hauteur (ou de la distance) par rapport aux tracasseries du quotidien en pratiquant le here and now et en s'aidant du sol sous nos pieds (imaginez que vos pieds massent la terre lorsque vous marchez: funky, non?), des nuages dans le ciel qui passent comme les pensées. Un livre qui nous permet de refocaliser tout au long de la journée, sur le chemin du travail, au bureau, au retour. Tout n'est que perspective, finalement!

    Tombé: sur un article — «Instructions from the cook» — dans mon magazine bouddhiste préféré, le Shambhala Sun (juillet 2005). Un prêtre zen, qui a été chef cuisinier durant quatre étés et trois hivers dans les cuisines du monastère Tassajara Zen Mountain Center, y raconte son expérience. Ça m'a rappelé une tonne de souvenirs: j'y ai cuisiné moi aussi durant une dizaine de jours alors que mon frère y était moine et cuisinier, il y a... 19 ans. Ma voisine de cabine était une acupunctrice taoïste qui pratiquait le massage bucco-pénien sur des moines franciscains de passage au monastère. Les moines avaient l'air d'apprécier le tao de l'art d'aimer! On était jeunes, on était fous et on ne s'en portait pas plus mal. Quoi qu'il en soit, Tassajara reste sans contredit le plus beau cul-de-sac de la Californie et un des spas les plus courus chez les bouddhistes purs et mous. Une retraite inspirante où cuisiner éveillé, manger végé et méditer bio. Vaut le détour, comme on dit chez Michelin. http://www.sfzc.com/tassajara.

    Souri: en lisant le photoroman Chip veut un chien de William Wegman (Seuil). C'est l'histoire d'un chien qui veut avoir un chien, mais son papa et sa maman ne veulent pas (air connu). Vous pouvez voir ce photoroman et entendre le texte destiné aux trois à six ans sur le site du journal Le Monde: http://www.lemonde.fr/web/portfolio/0,12-0@2-3260,31-649123,0.html. Amusant comme concept, même si la narration est un peu monocorde. C'est quoi, le rapport avec le tao? Ben y en a pas, justement.












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