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    Libérez-nous des exploiteurs sexuels!

    Une coalition se bat contre la banalisation de la marchandisation des corps

    Alors que le gouvernement fédéral révise discrètement ses lois sur le racolage et que Montréal est l'hôte d'un premier forum international sur le travail du sexe, la Concertation des luttes contre l'exploitation sexuelle (CLES) se posait hier en contrepoint en réclamant un monde libéré de la prostitution et de toutes les autres formes d'exploitation sexuelle.

    La douzaine d'organismes membres de la CLES refuse de voir dans la prostitution un travail, une liberté ou même un droit de disposer de son corps. Voilà pourquoi elle n'hésite pas à pourfendre le discours de légitimation qu'a adopté l'industrie du sexe tout en condamnant vertement son contraire, soit la criminalisation à outrance des personnes prostituées.

    D'un côté, la CLES n'achète pas l'argument voulant que les femmes font librement le choix de se prostituer, jugeant plutôt que ce sont là les fruits des inégalités sociales et de l'acceptation d'un certain rapport misogyne. «Ce discours confond à tort marchandisation des corps et liberté du corps», juge Michèle Roy, du Regroupement québécois des Centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS).

    Qualifiant cette industrie de «sexiste et raciste», le regroupement ne croit pas qu'il soit possible de dissocier prostitution et trafic sexuel. «Il y a une très grande banalisation de la prostitution. On la décrit comme quelque chose de "cool", comme un travail comme les autres, alors que ces conséquences sont graves pour la majorité de celles qui la pratiquent», explique Yolande Geadah, auteure de La Prostitution: un métier comme un autre?.

    La CLES est formelle: la légalisation comme la pénalisation de la prostitution contribuent non seulement à l'expansion de l'industrie du sexe (l'industrie a crû de 25 % au Pays-Bas depuis la légalisation), mais favorisent aussi la progression de la prostitution enfantine (le nombre de mineurs est passé de 4000 en 1996 à 15 000 en 2001 à Amsterdam).

    Ce discours condamnant la légalisation se double d'un discours dénonçant la répression, la discrimination et la criminalisation des personnes prostituées. «Ce n'est pas une question de morale, mais d'égalité entre les hommes et les femmes, les adultes et les enfants, les riches et les pauvres, les pays du Nord et ceux du Sud», explique Diane Matte, coordonnatrice au Secrétariat international de la Marche mondiale des femmes.

    Selon le regroupement, un monde sans prostitution n'a rien d'utopique. «On ne naît pas client, on ne naît pas prostituée, on le devient, lance Mme Geadah. À force d'éducation, on a réussi à rendre inacceptable la violence conjugale, on peut faire la même chose avec la prostitution. C'est un choix de société.»

    La CLES croit en effet que ce débat ne se réglera que lorsque toute la société acceptera de faire son auto-examen. «Il faut avoir le courage de s'attarder aux modèles que la société véhicule, croit Mme Matte. Il ne faudrait pas s'étonner de l'hypersexualisation et de la banalisation de la sexualité chez les jeunes; elles sont le miroir de notre sexualité en tant qu'adultes.»

    Leur solution: se tourner du côté de la Suède qui a fait le pari de criminaliser le consommateur et non plus les femmes, les hommes et les enfants qui vendent leur corps. «Le modèle suédois a beaucoup à nous apprendre», conclut Mme Matte, qui invite la population à prendre part à l'exercice.












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