Place à la négociation
Photo : Jacques Nadeau
Tout observateur qui jette un coup d'oeil sur ce qui se passe chez le grand cousin des Québécois, les États-Unis d'Amérique pour ne pas le nommer, pourrait se dire qu'il y a là un enseignement pour l'actuel gouvernement du Québec.
Quels gestes pose donc le président de cette superpuissance, lui qui, le premier dans l'histoire récente, a été élu à ce poste avec une majorité confortable, pour voir ensuite sa cote de popularité tomber en chute libre? Ne met-il pas en place les programmes et les mesures dont il s'était fait le propagandiste tout au long de la campagne électorale?
En fait, il poursuit, tel que déclaré, l'aventure irakienne et renferme de plus en plus l'Amérique à l'intérieur de ses frontières, oubliant toutefois d'avoir recours aux annonces en rafale de journées «rouge» ou «orange», la crédulité populaire, même en secteur américain, ayant ses limites. Dans la mise en oeuvre de sa politique intérieure, il va donc de l'avant avec son programme de mesures sociales, centré sur la privatisation des régimes de retraite, tout comme il se conforte dans cette attitude néolibérale voulant que le profit généré par les grandes entreprises justifie tout: de l'antisyndicalisme des Wal-Mart de ce monde au saccage des écosystèmes.
Résultat d'une telle stratégie: George W. Bush voit ses actions dénoncées par 70 % de ses commettants, et les divers comités du Sénat avouent leur impuissance à rallier un appui suffisant pour faire approuver les initiatives présidentielles. À ce jour, cette présidence ne voit pas encore plus loin que ce que sa garde rapprochée lui demande.
Être prêt!
Au Québec, un Jean Charest a fait de même: il a été conséquent avec le discours tenu en campagne électorale. Il a donc «défusionné», il a imposé des réorganisations syndicales, il a tout fait pour réduire les impôts, il a voulu mettre au rancart le «modèle québécois», et sa «réingénierie» (dont il ne parle plus) supposait un rôle actif du privé dans la planification et la mise en place des nouveaux programmes.
Deux ans après l'élection, on doit admettre que le Parti libéral était «prêt». Celui qui n'était pas «prêt», en fait, c'était un électorat québécois ne voyant pas la nécessité de mettre au rancart une organisation sociale qui, malgré les impôts qu'elle exige, permet idéalement d'offrir des systèmes d'éducation et de santé pensés en fonction de l'accessibilité du plus grand nombre (et qui coupe dans le programme d'aide aux étudiants en perd d'ailleurs son ministère et voit son successeur sauver la mise en rétablissant, après un hiatus, le programme initial).
Et ce n'est pas fini. Au cours des deux dernières années, le monde syndical a oeuvré à la gestion d'une réorganisation imposée par l'État (il faut ainsi rappeler que, pour le secteur hospitalier, comme le rapporte Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, il a été nécessaire de définir plus de 600 postes, et ce, en moins de 18 mois et après plus de 12 000 consultations et entrevues diverses). Simultanément, toutes les grandes centrales ont sondé leur base et aussi obtenu des mandats qui, dans plusieurs cas, permettent la grève, si la mesure s'avère nécessaire.
Agir enfin
Ce qui est d'abord en cause, c'est la grande négociation entre l'État et ses employés, une action sans cesse reportée mais à laquelle le gouvernement devra se résigner. L'attente n'est plus de mise quand la «marge de manoeuvre» est connue, le nouveau ministre des Finances ayant démontré sa volonté de se débrouiller avec les ressources dont il disposait.
L'automne s'annonce donc chaud. Pourtant, la confrontation entre les parties peut toujours être évitée. Pour un Henri Massé — ce président de la Fédération des travailleurs du Québec qui rappelait récemment aux étudiants les règles du jeu régissant toute négociation —, le gouvernement a démontré un esprit d'ouverture: «Au Québec, si tu veux faire avancer les affaires, ça prend un minimum de débats et de consultations. Alors je crois que, sur ce point, il y a eu de l'amélioration.»
Tous savent ce qui est en jeu: la paix sociale au Québec. Si les représentants des milieux d'affaires l'ont rappelé au gouvernement, les syndicats sont donc eux aussi prêts à la garantir. Mais pas à n'importe quel prix. En éducation, le milieu collégial a rejeté toute réorganisation faite à la va-vite, sans oublier qu'un nouveau contrat de travail doit être établi. En santé, les diverses unités syndicales sont prêtes à passer à l'action. Quant aux employés de l'État, ils affichent une position découlant de leur «ras-le-bol» par rapport à l'inaction de leur employeur.
Ce 1er mai, normalement jour de fête, sera d'ailleurs l'occasion de poser des gestes mobilisateurs. La journée est en fait l'amorce de ce que certains pourraient appeler plus tard un «automne chaud». D'autant plus que, ces jours-ci, la population québécoise, dans son ensemble, donne plus facilement son appui à tout projet qui va dans le sens d'un Québec inc. et d'une certaine «révolution tranquille».
Au gouvernement de s'en souvenir. Et au cours des prochains mois, les représentants syndicaux ne manqueront pas, eux aussi, de lui rappeler le caractère «distinct» du Québec: par la parole d'abord et, si cela s'impose, par des actions conséquentes.
Quels gestes pose donc le président de cette superpuissance, lui qui, le premier dans l'histoire récente, a été élu à ce poste avec une majorité confortable, pour voir ensuite sa cote de popularité tomber en chute libre? Ne met-il pas en place les programmes et les mesures dont il s'était fait le propagandiste tout au long de la campagne électorale?
En fait, il poursuit, tel que déclaré, l'aventure irakienne et renferme de plus en plus l'Amérique à l'intérieur de ses frontières, oubliant toutefois d'avoir recours aux annonces en rafale de journées «rouge» ou «orange», la crédulité populaire, même en secteur américain, ayant ses limites. Dans la mise en oeuvre de sa politique intérieure, il va donc de l'avant avec son programme de mesures sociales, centré sur la privatisation des régimes de retraite, tout comme il se conforte dans cette attitude néolibérale voulant que le profit généré par les grandes entreprises justifie tout: de l'antisyndicalisme des Wal-Mart de ce monde au saccage des écosystèmes.
Résultat d'une telle stratégie: George W. Bush voit ses actions dénoncées par 70 % de ses commettants, et les divers comités du Sénat avouent leur impuissance à rallier un appui suffisant pour faire approuver les initiatives présidentielles. À ce jour, cette présidence ne voit pas encore plus loin que ce que sa garde rapprochée lui demande.
Être prêt!
Au Québec, un Jean Charest a fait de même: il a été conséquent avec le discours tenu en campagne électorale. Il a donc «défusionné», il a imposé des réorganisations syndicales, il a tout fait pour réduire les impôts, il a voulu mettre au rancart le «modèle québécois», et sa «réingénierie» (dont il ne parle plus) supposait un rôle actif du privé dans la planification et la mise en place des nouveaux programmes.
Deux ans après l'élection, on doit admettre que le Parti libéral était «prêt». Celui qui n'était pas «prêt», en fait, c'était un électorat québécois ne voyant pas la nécessité de mettre au rancart une organisation sociale qui, malgré les impôts qu'elle exige, permet idéalement d'offrir des systèmes d'éducation et de santé pensés en fonction de l'accessibilité du plus grand nombre (et qui coupe dans le programme d'aide aux étudiants en perd d'ailleurs son ministère et voit son successeur sauver la mise en rétablissant, après un hiatus, le programme initial).
Et ce n'est pas fini. Au cours des deux dernières années, le monde syndical a oeuvré à la gestion d'une réorganisation imposée par l'État (il faut ainsi rappeler que, pour le secteur hospitalier, comme le rapporte Jennie Skene, présidente de la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec, il a été nécessaire de définir plus de 600 postes, et ce, en moins de 18 mois et après plus de 12 000 consultations et entrevues diverses). Simultanément, toutes les grandes centrales ont sondé leur base et aussi obtenu des mandats qui, dans plusieurs cas, permettent la grève, si la mesure s'avère nécessaire.
Agir enfin
Ce qui est d'abord en cause, c'est la grande négociation entre l'État et ses employés, une action sans cesse reportée mais à laquelle le gouvernement devra se résigner. L'attente n'est plus de mise quand la «marge de manoeuvre» est connue, le nouveau ministre des Finances ayant démontré sa volonté de se débrouiller avec les ressources dont il disposait.
L'automne s'annonce donc chaud. Pourtant, la confrontation entre les parties peut toujours être évitée. Pour un Henri Massé — ce président de la Fédération des travailleurs du Québec qui rappelait récemment aux étudiants les règles du jeu régissant toute négociation —, le gouvernement a démontré un esprit d'ouverture: «Au Québec, si tu veux faire avancer les affaires, ça prend un minimum de débats et de consultations. Alors je crois que, sur ce point, il y a eu de l'amélioration.»
Tous savent ce qui est en jeu: la paix sociale au Québec. Si les représentants des milieux d'affaires l'ont rappelé au gouvernement, les syndicats sont donc eux aussi prêts à la garantir. Mais pas à n'importe quel prix. En éducation, le milieu collégial a rejeté toute réorganisation faite à la va-vite, sans oublier qu'un nouveau contrat de travail doit être établi. En santé, les diverses unités syndicales sont prêtes à passer à l'action. Quant aux employés de l'État, ils affichent une position découlant de leur «ras-le-bol» par rapport à l'inaction de leur employeur.
Ce 1er mai, normalement jour de fête, sera d'ailleurs l'occasion de poser des gestes mobilisateurs. La journée est en fait l'amorce de ce que certains pourraient appeler plus tard un «automne chaud». D'autant plus que, ces jours-ci, la population québécoise, dans son ensemble, donne plus facilement son appui à tout projet qui va dans le sens d'un Québec inc. et d'une certaine «révolution tranquille».
Au gouvernement de s'en souvenir. Et au cours des prochains mois, les représentants syndicaux ne manqueront pas, eux aussi, de lui rappeler le caractère «distinct» du Québec: par la parole d'abord et, si cela s'impose, par des actions conséquentes.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

