Fonction publique - Au temps des négociations perpétuelles...
«Ça fait plus de trois ans que rien ne bouge. Il faut que ça finisse.»
La présentation du budget du gouvernement provincial la semaine dernière a peu renseigné les syndicats de travailleurs de la fonction publique sur l'orientation de leur employeur. Et les négociations qui ont lieu en ce moment progressent lentement. La grogne des syndicats semble encore loin de s'essouffler.
«Quand la présidente du Conseil du trésor annonce qu'elle coupe 1400 postes avec "enthousiasme", cela constitue une véritable insulte et une injure. C'est un véritable manque de considération envers nous», affirme haut et fort la présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Carole Roberge.
Son organisme, qui regroupe près de 17 000 employés de la fonction publique, est en pleine période de négociations avec le gouvernement pour renouveler des conventions collectives qui sont échues... depuis 2003! Et avec le manque d'orientation constaté de l'équipe libérale en place, les discussions ne semblent pas sur le point d'aboutir: «Avec la fusion des syndicats ordonnée par le gouvernement, les regroupements de travailleurs ne savent pas qui ils représenteront, ce qui ralentit la signature d'un accord et change la dynamique des discussions», poursuit Carole Roberge. La SPGQ a notamment déposé une requête en Cour supérieure pour contester la constitutionnalité de la fameuse loi 30 qui intervient directement dans la composition et la formation des syndicats.
SFPQ
Le constat est le même du côté du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) qui représente près de 40 000 membres et trouve tout aussi insultantes les déclarations de Monique Jérôme-Forget: «C'est clair que cela ne peut qu'avoir un effet mobilisateur sur nos membres, dit le premier vice-président du SFPQ, Gaétan Girard. Il faut que le gouvernement joue franc jeu avec la population, mais avec le Parti libéral, tout passe par l'entreprise privée.» Lui aussi en période de négociations, Gaétan Girard dénonce l'orientation des élus vers la sous-traitance qui caractérise la notion de partenariats public-privé, les désormais célèbres PPP. «Même si on rappelle que la majorité des études et des expériences de sous-traitance montrent clairement que cela coûte plus cher sur un horizon à long terme, on se fait répondre qu'il y a d'autres considérations en jeu.»
L'agenda politique néolibéral semble donc bien tracé, mais n'est pas encore bien compris: «Il manque de personnel et on coupe dans les services. Il y a moins d'argent alloué, mais le gouvernement nous dit que les services seront meilleurs», se désole Gaétan Girard. Bref, le gouvernement n'aurait pas les moyens de ses ambitions. Pourtant, à la table des négociations, le climat d'ouverture et d'écoute s'améliore, souligne le vice-président. Il doute cependant de la volonté réelle du gouvernement et croit qu'il tente plutôt d'acheter du temps.
SCFP
Au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui compte plus de 525 000 membres d'un océan à l'autre, le ton est plus calme: «Il y a des transformations dans la société, et comme acteur social, il faut s'ajuster à ces modifications», explique le directeur pour la région du Québec de ce regroupement, Pierre Dupuis. Il poursuit cependant en affirmant qu'il y a un véritable ras-le-bol de ses membres dans le milieu de la santé par rapport au manque d'effectifs et à la diminution des ressources. «Avant, les salaires étaient plus élevés dans le domaine public que dans le privé, mais depuis quelques années, c'est l'inverse que l'on observe. Il y a un bon rattrapage à faire, car nous sommes aujourd'hui à plus de 10 % derrière!», explique-t-il.
Si l'équité salariale est une des batailles gagnées, sa mise en application n'est pas aussi aisée et constitue un dossier que le SCFP espère régler avant de passer à autre chose. «Ce que nous souhaitons, c'est de s'asseoir à une table centrale de négociations pour discuter de toute la question de la rémunération.» Les défusions sur l'île de Montréal créeront aussi une autre ronde de négociations intenses, car il faudra revoir plusieurs conventions collectives qui devront être renégociées pour chacune des nouvelles municipalités créées.
Une grogne passagère ?
Lors de l'imposition de nouvelles lois avec le bâillon en décembre 2003, le mouvement syndical était plus solidaire que jamais et les manifestations fréquentes. Qu'en est-il aujourd'hui? «Le mouvement est toujours aussi solidaire, mais a pris une autre forme», dit Pierre Dupuis. Bien que de grands mouvements de grève ne soient pas dans les plans immédiats de son regroupement, des actions sporadiques et la distribution de tracts d'information sont fréquemment organisées.
Pour la SFPQ, des débrayages sont prévus pour le 2 mai prochain. «La stratégie n'est pas de tout bloquer, mais de faire des opérations ciblées», dit Gaétan Girard, qui assure que le mouvement syndical est toujours aussi solidaire. «La cohésion est de plus en plus forte. Pour nous, les contacts avec les autres organisations syndicales sont plus formels qu'avant pour démontrer que nous sommes au courant des dossiers et éviter que l'employeur ne joue sur deux tableaux.»
Constatant «l'absence de volonté réelle de leurs employeurs de renouveler les conventions collectives, échues depuis près de deux ans», les membres du SPGQ ont récemment tenu une demi-journée de grève. Et ils espèrent maintenant un «déblocage significatif avant le 15 mai prochain». «Nos membres veulent avancer, mais les négociations sont au ralenti. Il manque de direction de la part de l'employeur et cela a des répercussions partout dans le réseau», explique la présidente de la SPGQ. Elle rappelle que les discussions vont aller de l'avant si une réelle volonté est démontrée: «On a présenté nos demandes prioritaires avec un échéancier que nous croyons réaliste. Ça fait plus de trois ans que rien ne bouge. Il faut que ça finisse, car ça n'a plus de bon sens.» Possédant toujours un mandat de grève de la part de ses membres, Carole Roberge préfère attendre de voir ce qui sera proposé par l'employeur avant de l'utiliser.
SISP
Pour mieux faire valoir leurs revendications communes, le SFPQ, le SPGQ et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se sont regroupés sous la bannière du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP). Représentant ensemble plus de 172 000 employés de la fonction publique, les trois syndicats espèrent mieux défendre la qualité des services publics rendus à la population, qu'ils disent avoir été mise à rude épreuve au cours des dernières années.
Son dernier coup d'éclat: l'installation d'un panneau publicitaire aux abords de l'autoroute 20 qui clame que l'accès à des services publics de qualité constitue sa priorité. Le nouveau regroupement en est à prévoir d'autres actions conjointes afin justement de «sensibiliser la population et le gouvernement à l'importance de l'accessibilité des services publics de qualité».
Pour ces syndicats, les conditions de travail des fonctionnaires et des ouvriers de la fonction publique sont «intimement liées» à la qualité des services rendus à la population. «Partenariats public-privé, privatisation, tarification, compressions budgétaires et décentralisation des services sont autant de concepts à la mode dont la mise en oeuvre menace la qualité et l'accessibilité des services qui sont offerts à la population», rappelaient les chefs de ces syndicats. «Le gouvernement nous fait croire qu'en réduisant les services, on va augmenter leur qualité; c'est tout à fait inconcevable de gouverner comme cela!», conclut Carole Roberge.
«Quand la présidente du Conseil du trésor annonce qu'elle coupe 1400 postes avec "enthousiasme", cela constitue une véritable insulte et une injure. C'est un véritable manque de considération envers nous», affirme haut et fort la présidente du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ), Carole Roberge.
Son organisme, qui regroupe près de 17 000 employés de la fonction publique, est en pleine période de négociations avec le gouvernement pour renouveler des conventions collectives qui sont échues... depuis 2003! Et avec le manque d'orientation constaté de l'équipe libérale en place, les discussions ne semblent pas sur le point d'aboutir: «Avec la fusion des syndicats ordonnée par le gouvernement, les regroupements de travailleurs ne savent pas qui ils représenteront, ce qui ralentit la signature d'un accord et change la dynamique des discussions», poursuit Carole Roberge. La SPGQ a notamment déposé une requête en Cour supérieure pour contester la constitutionnalité de la fameuse loi 30 qui intervient directement dans la composition et la formation des syndicats.
SFPQ
Le constat est le même du côté du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) qui représente près de 40 000 membres et trouve tout aussi insultantes les déclarations de Monique Jérôme-Forget: «C'est clair que cela ne peut qu'avoir un effet mobilisateur sur nos membres, dit le premier vice-président du SFPQ, Gaétan Girard. Il faut que le gouvernement joue franc jeu avec la population, mais avec le Parti libéral, tout passe par l'entreprise privée.» Lui aussi en période de négociations, Gaétan Girard dénonce l'orientation des élus vers la sous-traitance qui caractérise la notion de partenariats public-privé, les désormais célèbres PPP. «Même si on rappelle que la majorité des études et des expériences de sous-traitance montrent clairement que cela coûte plus cher sur un horizon à long terme, on se fait répondre qu'il y a d'autres considérations en jeu.»
L'agenda politique néolibéral semble donc bien tracé, mais n'est pas encore bien compris: «Il manque de personnel et on coupe dans les services. Il y a moins d'argent alloué, mais le gouvernement nous dit que les services seront meilleurs», se désole Gaétan Girard. Bref, le gouvernement n'aurait pas les moyens de ses ambitions. Pourtant, à la table des négociations, le climat d'ouverture et d'écoute s'améliore, souligne le vice-président. Il doute cependant de la volonté réelle du gouvernement et croit qu'il tente plutôt d'acheter du temps.
SCFP
Au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui compte plus de 525 000 membres d'un océan à l'autre, le ton est plus calme: «Il y a des transformations dans la société, et comme acteur social, il faut s'ajuster à ces modifications», explique le directeur pour la région du Québec de ce regroupement, Pierre Dupuis. Il poursuit cependant en affirmant qu'il y a un véritable ras-le-bol de ses membres dans le milieu de la santé par rapport au manque d'effectifs et à la diminution des ressources. «Avant, les salaires étaient plus élevés dans le domaine public que dans le privé, mais depuis quelques années, c'est l'inverse que l'on observe. Il y a un bon rattrapage à faire, car nous sommes aujourd'hui à plus de 10 % derrière!», explique-t-il.
Si l'équité salariale est une des batailles gagnées, sa mise en application n'est pas aussi aisée et constitue un dossier que le SCFP espère régler avant de passer à autre chose. «Ce que nous souhaitons, c'est de s'asseoir à une table centrale de négociations pour discuter de toute la question de la rémunération.» Les défusions sur l'île de Montréal créeront aussi une autre ronde de négociations intenses, car il faudra revoir plusieurs conventions collectives qui devront être renégociées pour chacune des nouvelles municipalités créées.
Une grogne passagère ?
Lors de l'imposition de nouvelles lois avec le bâillon en décembre 2003, le mouvement syndical était plus solidaire que jamais et les manifestations fréquentes. Qu'en est-il aujourd'hui? «Le mouvement est toujours aussi solidaire, mais a pris une autre forme», dit Pierre Dupuis. Bien que de grands mouvements de grève ne soient pas dans les plans immédiats de son regroupement, des actions sporadiques et la distribution de tracts d'information sont fréquemment organisées.
Pour la SFPQ, des débrayages sont prévus pour le 2 mai prochain. «La stratégie n'est pas de tout bloquer, mais de faire des opérations ciblées», dit Gaétan Girard, qui assure que le mouvement syndical est toujours aussi solidaire. «La cohésion est de plus en plus forte. Pour nous, les contacts avec les autres organisations syndicales sont plus formels qu'avant pour démontrer que nous sommes au courant des dossiers et éviter que l'employeur ne joue sur deux tableaux.»
Constatant «l'absence de volonté réelle de leurs employeurs de renouveler les conventions collectives, échues depuis près de deux ans», les membres du SPGQ ont récemment tenu une demi-journée de grève. Et ils espèrent maintenant un «déblocage significatif avant le 15 mai prochain». «Nos membres veulent avancer, mais les négociations sont au ralenti. Il manque de direction de la part de l'employeur et cela a des répercussions partout dans le réseau», explique la présidente de la SPGQ. Elle rappelle que les discussions vont aller de l'avant si une réelle volonté est démontrée: «On a présenté nos demandes prioritaires avec un échéancier que nous croyons réaliste. Ça fait plus de trois ans que rien ne bouge. Il faut que ça finisse, car ça n'a plus de bon sens.» Possédant toujours un mandat de grève de la part de ses membres, Carole Roberge préfère attendre de voir ce qui sera proposé par l'employeur avant de l'utiliser.
SISP
Pour mieux faire valoir leurs revendications communes, le SFPQ, le SPGQ et la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) se sont regroupés sous la bannière du Secrétariat intersyndical des services publics (SISP). Représentant ensemble plus de 172 000 employés de la fonction publique, les trois syndicats espèrent mieux défendre la qualité des services publics rendus à la population, qu'ils disent avoir été mise à rude épreuve au cours des dernières années.
Son dernier coup d'éclat: l'installation d'un panneau publicitaire aux abords de l'autoroute 20 qui clame que l'accès à des services publics de qualité constitue sa priorité. Le nouveau regroupement en est à prévoir d'autres actions conjointes afin justement de «sensibiliser la population et le gouvernement à l'importance de l'accessibilité des services publics de qualité».
Pour ces syndicats, les conditions de travail des fonctionnaires et des ouvriers de la fonction publique sont «intimement liées» à la qualité des services rendus à la population. «Partenariats public-privé, privatisation, tarification, compressions budgétaires et décentralisation des services sont autant de concepts à la mode dont la mise en oeuvre menace la qualité et l'accessibilité des services qui sont offerts à la population», rappelaient les chefs de ces syndicats. «Le gouvernement nous fait croire qu'en réduisant les services, on va augmenter leur qualité; c'est tout à fait inconcevable de gouverner comme cela!», conclut Carole Roberge.
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