Fédération des travailleurs du Québec - Le dialogue reprend peu à peu avec le gouvernement québécois
«À l'automne, on va être prêt à agir»
Photo : Jacques Nadeau
Henri Massé, président de la FTQ.
Reprise de la concertation avec l'administration Charest, retombées négatives des lois relatives au domaine du travail, position d'appui par rapport aux revendications des étudiants, négociations au ralenti dans le secteur public, situation inquiétante dans le domaine manufacturier et de l'aéronautique et dossier noir de Wal-Mart. Le président de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), Henri Massé, fait le tour de ces sujets à l'occasion de la Fête internationale des travailleurs.
Au lendemain de la prise du pouvoir par les libéraux en avril 2003, le nouveau gouvernement a affiché sa nette détermination à remettre en question tout un pan du modèle québécois fondé sur les échanges avec les chefs de file de la société. Henri Massé se penche sur un aspect majeur de ce modèle: «Il existe ici une sorte de consultation, de concertation tripartite ou de début de dialogue social — peu importe le nom qu'on donne à cette façon de faire — qui prend plus d'importance que dans le reste du Canada. Je travaille avec le Conseil du travail du Canada (CTC), je vois ce qui se passe au pays et aux États-Unis et, en comparaison avec ces endroits, on a quand même un minimum de discussions au Québec, ce qui est plus intéressant qu'ailleurs.»
Une fois élu, ce gouvernement s'est campé sur une position de recul: «C'est assez, disait-il. On a trop perdu de temps avec cela et ce n'est pas ça qui fait avancer le Québec. On perd trop de temps à échanger, passons à autre chose. Il faut créer de la richesse rapidement, allons-y, déréglementons, etc.» Puis ont suivi les forums régionaux et le Sommet de Québec, dont plusieurs se sont absentés en signe de protestation contre cette attitude. L'administration Charest s'est rendu compte d'une chose: «Au Québec, si tu veux faire avancer les affaires, ça prend un minimum de débats et de consultations. Alors je crois que, sur ce point, il y a eu de l'amélioration.» Sur le plan législatif, le gouvernement s'est abstenu d'ébranler à nouveau le monde du travail, mais les syndicats demeurent vigilants et nerveux. Somme toute, les relations sont meilleures: «Quand on a des problèmes et qu'on veut ouvrir les portes, les retours d'appel viennent plus vite. Ça s'est amélioré en partie de ce côté.»
L'impact des lois et le front commun
Sans qu'il soit possible d'en mesurer quantitativement les effets néfastes, les modifications apportées aux règles du jeu de la sous-traitance ont entraîné leur part de conséquences. M. Massé en est bien conscient et il en témoigne: «Juste à la FTQ, on a eu trois ou quatre grèves qui ont porté sur cette question. Le monde a voulu boucher, à l'intérieur des conventions collectives, le trou créé par le Code du travail. Dans bien des négociations, ce point a été mis à l'ordre du jour. On a eu des règlements dans plusieurs cas et l'industrie forestière a été particulièrement marquée.» Après avoir cité certains cas déplorables à titre d'exemples, il résume: «Je n'ai jamais prétendu que ce serait le grand balayage, mais ça crée des problèmes et ça continuera de le faire, particulièrement dans les catégories de personnel moins spécialisées.»
En santé, le projet de loi 30, qui force le regroupement des accréditations syndicales sur une base régionale, comporte dans un premier temps des irritants avec lesquels le président arrive à composer tant bien que mal. Il signale que les principaux dommages dans ce secteur ont été causés par le resserrement en quatre accréditations par établissement: «À la FTQ comme à la CSN, quand nous étions présents quelque part dans un hôpital, dans un centre d'accueil ou dans un CLSC, la plupart du temps on représentait de 75 % à 100 % des syndiqués.» En certains endroits, le surnombre d'accréditations était dû à la présence de petites unités syndicales spécialisées. Cette restructuration provoque donc des remous: «Les travailleurs sont en maudit parce qu'ils se retrouvaient ensemble auparavant, ce qui n'est plus le cas. Je vous dirais que, lorsque je passe un peu partout au Québec et que le monde me parle, ces gens-là crient quasiment au secours. Ils n'en reviennent pas que le gouvernement ait défait leurs syndicats de cette façon.»
Selon lui, les campagnes de maraudage qu'a occasionnées pareille mesure ne sont aucunement responsables de l'inexistence d'un véritable front commun dans les négociations du secteur public: «Jusqu'à présent, ça n'a pas fonctionné à trois parce que la CSQ centre son action au printemps. Pour nous, le gros de nos troupes travaille en santé et on est en période de vote partout. On ne peut pas décider d'une allégeance et faire la grève en même temps, même si on peut tout de même négocier. À l'automne, tout sera à peu près réglé et on va être prêt à agir, mais on ne peut pas dire que cette restructuration a divisé le mouvement syndical. Les négociations se poursuivent dans le secteur public, mais à un rythme plutôt lent.»
La FTQ et les étudiants
Henri Massé se défend bien d'avoir retiré de quelque façon que ce soit son appui aux étudiants durant le conflit qui les a récemment opposés au gouvernement. Il rappelle qu'il a simplement invité les dirigeants syndicaux étudiants «à se donner, pour gagner la bataille, une petite marge de manoeuvre pour créer un peu de mouvement aux tables de négociation afin que le gouvernement puisse quelque peu sauver la face». Sur l'objectif de la récupération des 103 millions de dollars, la FTQ s'est toujours montrée parfaitement d'accord avec eux.
Il est quelque peu préoccupé et déçu par l'attitude actuelle des jeunes à la suite de cette victoire: «Certains d'entre eux disent qu'ils n'ont rien gagné. Deux ans après, ils reviennent à la case départ, même s'ils ont réussi à faire bouger le gouvernement et à s'attirer la faveur populaire.» Ils devraient plutôt dresser ce bilan: «On n'a pas eu le règlement parfait mais, en même temps, c'est une belle victoire.»
Le manufacturier, l'aéronautique et Wal-Mart
Le secteur manufacturier voit son existence mise en péril par les nouvelle règles du jeu des marchés à l'échelle internationale. La centrale s'inquiète grandement des périls en vue: «À l'heure actuelle, à la FTQ, il ne se passe pas une semaine sans qu'une usine ferme quelque part — dans le textile, dans le vêtement et tout cela. À chaque fois, c'est à coups de 100 ou 200 emplois perdus; dans le cas de Nike à Saint-Jérôme, ce fut 1200 jobs.»
Henri Massé prône cette solution: «On demande au gouvernement à l'égard de la Chine — ce à quoi il a droit dans le cadre de l'ALENA — de prendre des mesures temporaires de rétablissement des tarifs et des quotas. On ne veut pas nécessairement qu'il les ramène au même niveau qu'auparavant, mais ça ne bouge pas présentement. On gagnerait un autre trois ans. On a le problème dans la face, la crise est là et on devrait réagir vite. C'est une situation d'urgence.»
Cela dit, il y a aussi des politiques à mettre en place pour soutenir cette industrie: «On a fait des recommandations sur le plan de la recherche-développement pour améliorer encore les technologies. On a besoin d'encouragements gouvernementaux même si ce n'est pas sous la forme de subventions directes. Il faut aussi savoir vers quels créneaux on se dirige et étudier les marchés.» Il témoigne de l'existence au Québec d'usines de textile et de meubles qui sont de véritables chefs-d'oeuvre de la nouvelle économie: «Ça ne paraît pas de l'extérieur parce que ce sont de vieux bâtiments. À l'intérieur, c'est une autre réalité. Si on perd cela, on perd un gros morceau!»
Du côté de l'aéronautique, le gouvernement du Québec a bien fait ses devoirs, après avoir comblé un net retard dans ses interventions. Le fédéral doit suivre: «On me dit que ce ne sont pas des grosses questions de fond qui bloquent, mais qu'il s'agit de garanties qui manquent et autres détails du genre. On est nerveux, on fait des démarches et on leur demande de se bouger au plus maudit dans ce dossier.»
Dans le cas de Wal-Mart, le président Massé refuse de jeter l'éponge et de parler de cause perdue, malgré ce qui est survenu dans le cas du magasin de Jonquière: «Je les place dans le même gang que les multinationales contre lesquelles on se battait au Québec il y a 40 ou 50 ans. On en a eu, des difficultés, et durant ce temps-là, des grèves ont notamment été cassées.»
Il décrit sombrement la multinationale américaine: «Il est certain qu'ils sont carrément antisyndicat présentement. Ils veulent garder un modèle d'exploitation qui rassemble les pires excès du capitalisme. Nous, à la FTQ, on est capable de vivre dans un tel système mais, en même temps, on dit que le monde doit être en mesure de gagner des bons salaires et d'obtenir des bonnes conditions de travail pour faire rouler l'économie et tout ce qui s'ensuit.»
Au lendemain de la prise du pouvoir par les libéraux en avril 2003, le nouveau gouvernement a affiché sa nette détermination à remettre en question tout un pan du modèle québécois fondé sur les échanges avec les chefs de file de la société. Henri Massé se penche sur un aspect majeur de ce modèle: «Il existe ici une sorte de consultation, de concertation tripartite ou de début de dialogue social — peu importe le nom qu'on donne à cette façon de faire — qui prend plus d'importance que dans le reste du Canada. Je travaille avec le Conseil du travail du Canada (CTC), je vois ce qui se passe au pays et aux États-Unis et, en comparaison avec ces endroits, on a quand même un minimum de discussions au Québec, ce qui est plus intéressant qu'ailleurs.»
Une fois élu, ce gouvernement s'est campé sur une position de recul: «C'est assez, disait-il. On a trop perdu de temps avec cela et ce n'est pas ça qui fait avancer le Québec. On perd trop de temps à échanger, passons à autre chose. Il faut créer de la richesse rapidement, allons-y, déréglementons, etc.» Puis ont suivi les forums régionaux et le Sommet de Québec, dont plusieurs se sont absentés en signe de protestation contre cette attitude. L'administration Charest s'est rendu compte d'une chose: «Au Québec, si tu veux faire avancer les affaires, ça prend un minimum de débats et de consultations. Alors je crois que, sur ce point, il y a eu de l'amélioration.» Sur le plan législatif, le gouvernement s'est abstenu d'ébranler à nouveau le monde du travail, mais les syndicats demeurent vigilants et nerveux. Somme toute, les relations sont meilleures: «Quand on a des problèmes et qu'on veut ouvrir les portes, les retours d'appel viennent plus vite. Ça s'est amélioré en partie de ce côté.»
L'impact des lois et le front commun
Sans qu'il soit possible d'en mesurer quantitativement les effets néfastes, les modifications apportées aux règles du jeu de la sous-traitance ont entraîné leur part de conséquences. M. Massé en est bien conscient et il en témoigne: «Juste à la FTQ, on a eu trois ou quatre grèves qui ont porté sur cette question. Le monde a voulu boucher, à l'intérieur des conventions collectives, le trou créé par le Code du travail. Dans bien des négociations, ce point a été mis à l'ordre du jour. On a eu des règlements dans plusieurs cas et l'industrie forestière a été particulièrement marquée.» Après avoir cité certains cas déplorables à titre d'exemples, il résume: «Je n'ai jamais prétendu que ce serait le grand balayage, mais ça crée des problèmes et ça continuera de le faire, particulièrement dans les catégories de personnel moins spécialisées.»
En santé, le projet de loi 30, qui force le regroupement des accréditations syndicales sur une base régionale, comporte dans un premier temps des irritants avec lesquels le président arrive à composer tant bien que mal. Il signale que les principaux dommages dans ce secteur ont été causés par le resserrement en quatre accréditations par établissement: «À la FTQ comme à la CSN, quand nous étions présents quelque part dans un hôpital, dans un centre d'accueil ou dans un CLSC, la plupart du temps on représentait de 75 % à 100 % des syndiqués.» En certains endroits, le surnombre d'accréditations était dû à la présence de petites unités syndicales spécialisées. Cette restructuration provoque donc des remous: «Les travailleurs sont en maudit parce qu'ils se retrouvaient ensemble auparavant, ce qui n'est plus le cas. Je vous dirais que, lorsque je passe un peu partout au Québec et que le monde me parle, ces gens-là crient quasiment au secours. Ils n'en reviennent pas que le gouvernement ait défait leurs syndicats de cette façon.»
Selon lui, les campagnes de maraudage qu'a occasionnées pareille mesure ne sont aucunement responsables de l'inexistence d'un véritable front commun dans les négociations du secteur public: «Jusqu'à présent, ça n'a pas fonctionné à trois parce que la CSQ centre son action au printemps. Pour nous, le gros de nos troupes travaille en santé et on est en période de vote partout. On ne peut pas décider d'une allégeance et faire la grève en même temps, même si on peut tout de même négocier. À l'automne, tout sera à peu près réglé et on va être prêt à agir, mais on ne peut pas dire que cette restructuration a divisé le mouvement syndical. Les négociations se poursuivent dans le secteur public, mais à un rythme plutôt lent.»
La FTQ et les étudiants
Henri Massé se défend bien d'avoir retiré de quelque façon que ce soit son appui aux étudiants durant le conflit qui les a récemment opposés au gouvernement. Il rappelle qu'il a simplement invité les dirigeants syndicaux étudiants «à se donner, pour gagner la bataille, une petite marge de manoeuvre pour créer un peu de mouvement aux tables de négociation afin que le gouvernement puisse quelque peu sauver la face». Sur l'objectif de la récupération des 103 millions de dollars, la FTQ s'est toujours montrée parfaitement d'accord avec eux.
Il est quelque peu préoccupé et déçu par l'attitude actuelle des jeunes à la suite de cette victoire: «Certains d'entre eux disent qu'ils n'ont rien gagné. Deux ans après, ils reviennent à la case départ, même s'ils ont réussi à faire bouger le gouvernement et à s'attirer la faveur populaire.» Ils devraient plutôt dresser ce bilan: «On n'a pas eu le règlement parfait mais, en même temps, c'est une belle victoire.»
Le manufacturier, l'aéronautique et Wal-Mart
Le secteur manufacturier voit son existence mise en péril par les nouvelle règles du jeu des marchés à l'échelle internationale. La centrale s'inquiète grandement des périls en vue: «À l'heure actuelle, à la FTQ, il ne se passe pas une semaine sans qu'une usine ferme quelque part — dans le textile, dans le vêtement et tout cela. À chaque fois, c'est à coups de 100 ou 200 emplois perdus; dans le cas de Nike à Saint-Jérôme, ce fut 1200 jobs.»
Henri Massé prône cette solution: «On demande au gouvernement à l'égard de la Chine — ce à quoi il a droit dans le cadre de l'ALENA — de prendre des mesures temporaires de rétablissement des tarifs et des quotas. On ne veut pas nécessairement qu'il les ramène au même niveau qu'auparavant, mais ça ne bouge pas présentement. On gagnerait un autre trois ans. On a le problème dans la face, la crise est là et on devrait réagir vite. C'est une situation d'urgence.»
Cela dit, il y a aussi des politiques à mettre en place pour soutenir cette industrie: «On a fait des recommandations sur le plan de la recherche-développement pour améliorer encore les technologies. On a besoin d'encouragements gouvernementaux même si ce n'est pas sous la forme de subventions directes. Il faut aussi savoir vers quels créneaux on se dirige et étudier les marchés.» Il témoigne de l'existence au Québec d'usines de textile et de meubles qui sont de véritables chefs-d'oeuvre de la nouvelle économie: «Ça ne paraît pas de l'extérieur parce que ce sont de vieux bâtiments. À l'intérieur, c'est une autre réalité. Si on perd cela, on perd un gros morceau!»
Du côté de l'aéronautique, le gouvernement du Québec a bien fait ses devoirs, après avoir comblé un net retard dans ses interventions. Le fédéral doit suivre: «On me dit que ce ne sont pas des grosses questions de fond qui bloquent, mais qu'il s'agit de garanties qui manquent et autres détails du genre. On est nerveux, on fait des démarches et on leur demande de se bouger au plus maudit dans ce dossier.»
Dans le cas de Wal-Mart, le président Massé refuse de jeter l'éponge et de parler de cause perdue, malgré ce qui est survenu dans le cas du magasin de Jonquière: «Je les place dans le même gang que les multinationales contre lesquelles on se battait au Québec il y a 40 ou 50 ans. On en a eu, des difficultés, et durant ce temps-là, des grèves ont notamment été cassées.»
Il décrit sombrement la multinationale américaine: «Il est certain qu'ils sont carrément antisyndicat présentement. Ils veulent garder un modèle d'exploitation qui rassemble les pires excès du capitalisme. Nous, à la FTQ, on est capable de vivre dans un tel système mais, en même temps, on dit que le monde doit être en mesure de gagner des bons salaires et d'obtenir des bonnes conditions de travail pour faire rouler l'économie et tout ce qui s'ensuit.»
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