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Centrale des syndicats du Québec - Contrer le désengagement de l'État

Obtenir « les ressources nécessaires pour bien rendre les services »

L'actuelle ronde de négociations collectives qui mobilise le monde syndical serait davantage un combat de société mené contre un gouvernement qui veut systématiquement désengager l'État de ses responsabilités sociales.

Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec, est affirmatif: les revendications de la CSQ, de même que celles des autres centrales syndicales, vont bien au-delà des simples demandes d'amélioration des conditions de travail et de rémunération. «Voyez-vous, dit-il, ce pourquoi nous nous battons, c'est pour que le gouvernement accepte des conventions collectives qui donnent les moyens au personnel — qu'ils soient enseignants, professionnels ou de soutien — de bien remplir la mission pour laquelle ils sont embauchés.»

Évoquant le fait qu'une récente étude établissait que les employés de la fonction publique ont fondamentalement à coeur le travail qu'ils effectuent, M. Parent signale que ceux et celles qui travaillent dans le secteur de la santé et des services sociaux «cherchent réellement à procurer de bons soins aux malades», de même que les professeurs et le personnel scolaire cherchent à prodiguer une éducation de qualité.

«Dans ce sens, la demande de la CSQ, au nom de ses membres, revient à dire: donnez-nous les moyens de bien remplir les missions publiques pour lesquelles nous nous dévouons, en l'occurrence la santé, les services sociaux et l'éducation.»

La CSQ représente d'ailleurs plus de 170 000 travailleurs, dont près de 125 000 dans le secteur public (surtout en éducation). Ce qu'elle demande entre autres, dans le cadre des présentes négociations en éducation, porte à la fois sur l'ajout de personnel spécialisé et la diminution du nombre d'élèves par classe, ainsi bien entendu que sur l'amélioration des conditions de travail des enseignants.

Pour expliquer l'ampleur des revendications syndicales, M. Parent considère que «nous sommes confrontés à un gouvernement dont le seul but est le désengagement de l'État afin de laisser les citoyens à eux-mêmes. Or, nous savons tous que la société québécoise en est une de solidarité et d'entraide. Autrement, si nous ne nous étions pas soutenus les uns les autres au cours de notre histoire, il y a longtemps que nous serions disparus dans la mer d'anglophones qui nous entoure».

Ce que veut la CSQ

L'étendue des revendications syndicales est telle que cela génère parfois une certaine confusion. Ainsi, outre les demandes reliées directement aux conditions de travail de leurs membres, les syndicats sollicitent également des réinvestissements dans les services publics — à la suite des sévères coupures réalisées durant les années 1990 — ainsi que le rattrapage nécessaire dans le cadre de l'équité salariale.

«Quand votre patron, Jean-Robert Sansfaçon, se demandait dans son éditorial du 15 avril ce que veut la CSQ, il a éveillé en nous différents sentiments, relate Réjean Parent. D'abord, le premier sentiment est celui de la confusion qu'on y entretient entre le dossier de la rémunération et celui de l'équité salariale... Il ne faudrait pas mêler les navets et les carottes!»

Dans son éditorial. M. Sansfaçon relatait que «les enseignants du primaire et du secondaire ont eu droit chaque année depuis trois ans à d'importantes augmentations de salaire». Évoquant des augmentations annuelles de 3,6 % depuis 2002, il précisait: «En moyenne pour ces trois années, la rémunération de tous les enseignants s'est ainsi accrue de 5,6 %, pour un coût total de 256 millions de dollars.»

À cela, M. Parent répond qu'il ne s'agit pas d'augmentations salariales à proprement parler, mais d'un juste rattrapage. «De fait, dit-il, ce n'est pas que ces travailleurs soient trop bien payés maintenant, mais que pendant des années ils ont été exploités indûment, et qu'on n'a pas reconnu leur travail à sa pleine valeur.»

Par ailleurs, le rédacteur en chef du Devoir se questionnait quant aux demandes de la CSQ d'embaucher davantage de professionnels (psychologues,

orthopédagogues, etc.) dans nos écoles.

«Dans le dossier de la tâche de l'enseignant, écrivait-il, la CSQ demande l'ajout de 1000 professionnels aux 6500 en fonction. Mais ça, c'est la revendication du syndicat des professionnels, pas des profs.»

Or, selon M. Parent, il faut plutôt parler de complémentarité des ressources. «En réalité, dit-il, toutes ces ressources sont complémentaires et les demandes des uns ne s'opposent pas à celles des autres. Bref, à la question qu'il se posait — que veut la CSQ? —, nous lui répondons: les ressources nécessaires pour bien rendre les services!»

En a-t-on les moyens ?

À la lecture des propos de Jean-Robert Sansfaçon, on peut néanmoins se demander si le gouvernement a les moyens de répondre à l'ensemble des demandes syndicales... si légitimes soient-elles.

À cela, Réjean Parent répond sans hésiter: «Je pense qu'on n'a pas les moyens de l'ignorance! Quand on dit qu'on s'en va vers une économie du savoir, qu'est-ce qui va nous permettre d'être concurrentiels à l'échelle de la planète, si ce ne sont les connaissances que nos profs vont transmettre aux jeunes?»

«On n'a donc pas les moyens de l'ignorance, insiste-t-il, pas plus que d'avoir un système de santé incapable de prendre soin de notre population vieillissante...» Mais où trouver les fonds nécessaires? Pour le président de la CSQ, une bonne partie des sommes se trouve à Ottawa. «On a besoin d'un gouvernement qui parle fort et qui se bat bec et ongles en regard du déséquilibre fiscal... comme l'ont fait les Terre-Neuviens et comme sont en train de le faire les Ontariens.»

De plus, selon lui, le gouvernement doit non pas réduire les impôts, mais au contraire imposer à leur juste valeur les entreprises et les contribuables fortunés. «En tout premier lieu, tranche M. Parent, on n'a surtout pas les moyens d'avoir un gouvernement qui réduit les impôts.»

«Il appartient à l'État d'aller chercher les moyens dont il a besoin!, poursuit-il. On se doit donc d'avoir un gouvernement qui a la responsabilité d'aller chercher les sommes nécessaires pour remplir ses responsabilités sociales.»

De toute façon, estime Réjean Parent, le gouvernement dispose déjà des moyens nécessaires pour y parvenir. «Il me semble évident que, en ce moment même, il jouit d'une marge de manoeuvre suffisante pour lui permettre de répondre à une bonne partie des aspirations des employés de la fonction publique car, après tout, on a les moyens que l'on veut bien se donner!»
 
 
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