Confédération des syndicats nationaux - Plus qu'un simple mandat de négocier
« On démontre tous les jours la pertinence d'un mouvement syndical fort et organisé »
Du 9 au 14 mai, la CSN tiendra son congrès d'orientation trisannuel au Palais des congrès de Montréal. Durant une semaine, les délégués des syndicats constituant la CSN seront appelés à réfléchir sur les orientations de la Confédération pour les trois prochaines années ainsi que, plus globalement, à faire le point sur le mouvement syndical en cette période mouvementée que traverse le monde du travail. La présidente, Claudette Carbonneau, dresse l'état des lieux.
«La CSN est une confédération de syndicats affiliés, rappelle Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux. Ce n'est donc pas la CSN comme telle qui a la responsabilité de négocier, mais plutôt nos neuf fédérations professionnelles.»
De fait, la CSN est formée de syndicats, de fédérations et de conseils centraux couvrant tout le territoire du Québec. Elle compte plus de 2600 syndicats locaux qui représentent quelque 275 000 travailleurs oeuvrant à peu près autant dans le secteur public que dans le privé.
Plus nécessaire que jamais
«Les défis ne manquent pas!, lance Mme Carbonneau, alors même que le droit à la syndicalisation est mis à mal. De fait, je pense qu'on démontre tous les jours la pertinence d'un mouvement syndical fort et organisé.»
Selon elle, il ne fait aucun doute que le syndicalisme a toujours été un facteur de changement et de progrès pour l'ensemble de la société québécoise. «C'est, dit-elle, aussi vrai sur le plan des conditions de travail des gens qu'au chapitre de plein d'autres dossiers plus larges et à connotation sociale.»
«N'oubliez jamais que nous avons été aux premières loges de la résistance contre la montée des politiques de droite [aux côtés de nombreux groupes sociaux], souligne-t-elle encore. Je pense entre autres aux services de garde — certainement un fleuron de notre développement — ainsi qu'à la lutte à la pauvreté, qui ont été attaqués de plein fouet par le gouvernement de Jean Charest. On a été parmi les premiers à sonner l'alarme, à être très présents, à se mobiliser, à s'ouvrir pour mener le combat avec d'autres groupes. Voilà, me semble-t-il, qui témoigne en effet de la pertinence d'un mouvement syndical qui n'est pas là que pour ses membres, mais qui l'est tout autant pour qu'on vive dans une société plus démocratique, plus égalitaire, qui partage mieux la richesse, qui protège mieux son environnement, etc.»
Des questions de notre temps
C'est ainsi que le 61e congrès de la CSN abordera divers enjeux comme la conciliation travail-famille et les licenciements collectifs — des préoccupations qui dépassent de loin les revendications syndicales. «À notre congrès, précise Claudette Carbonneau, nous allons nous diriger vers une revendication pour une loi-cadre sur la conciliation travail-famille, une loi qui dépasserait même le milieu syndical, car on veut que quelque chose se passe enfin dans ce domaine.»
D'autre part, elle souligne que «ça fait quand même passablement d'années qu'on n'a pas abordé la question des licenciements collectifs». Or, après avoir pris connaissance de la fermeture «pour le moins sauvage» d'usines en région, elle estime que le mouvement syndical a la responsabilité d'agir et de réviser son dispositif légal et son approche de négociation à la lumière de ce qui se passe sur le terrain.
Ainsi, pour contrer d'éventuelles fermetures d'usine, les délégués de la CSN se questionneront sur les facteurs qui assurent — ou qui minent — l'avenir des entreprises. «Vous savez, déclare la dirigeante syndicale, les conditions de travail, c'est bien beau, mais qu'en est-il des investissements?, qu'en est-il de l'état des équipements?, qu'en est-il de l'innovation?, qu'en est-il de la recherche et développement?, etc. Bref, sommes-nous en train de vivre dans une entreprise qui est menacée de licenciement collectif?, menacée de fermeture?, menacée de disparaître à cause de la compétitivité? Voilà, me semble-t-il, des questions tout à fait de notre temps, d'autant plus que ça fait des années qu'on cherche à élargir le champ du négociable...»
Par ailleurs, la direction de la CSN estime que les mécanismes de protection contre la sous-traitance sont devenus pratiquement inexistants dans le Code du travail. La CSN considère donc que, désormais, seules les conventions collectives constituent un rempart de protection contre celle-ci. Ces conventions peuvent aussi servir à lutter contre les partenariats public-privé, le travail précaire et atypique ou les problèmes reliés à l'intensification du travail.
Justement, enchaîne Claudette Carbonneau, lors du congrès, les délégués se pencheront sur les fameux PPP. «Non seulement s'agit-il là d'une question qui nous préoccupe au chapitre des emplois, rapporte-t-elle, mais, plus largement, il faut s'interroger: est-ce que, comme société, nous gagnerons à adopter des formules de cet ordre? Bien sûr, nous répondons non à cette question et nous sommes même prêts à mener la bataille, autant comme travailleuses et travailleurs des services publics que comme simples citoyens.»
Le fer de lance du monde du travail
Ce qui semble le plus mobiliser les représentants de la CSN ces temps-ci, ce sont bien entendu les négociations dans le secteur public. «Ces négociations présentent à elles seules d'énormes enjeux», confirme Mme Carbonneau, soulignant entre autres que les travailleurs de ce secteur sont aux prises avec des problèmes de précarité et de charge de travail extrêmement importants. «N'oublions pas non plus qu'en même temps qu'on mène ces négociations, on parle aussi d'équité salariale!»
Or, rappelle-t-elle, cette revendication est «un combat que mènent les femmes, avec une détermination assez incroyable, depuis 20 ans. Et, je dois le dire, nous sommes particulièrement fiers, en tant qu'organisation, de les soutenir jusqu'à, espérons-le, l'aboutissement du dossier. Pensez-y deux minutes, on attend depuis 20 ans — 20 ans! — un règlement dans le dossier de l'équité salariale et on ne lâchera pas!»
Une autre question qui préoccupera les délégués est le taux de syndicalisation. Comme chacun le sait, le Québec est la région d'Amérique du Nord la plus fortement syndicalisée. Toutefois, indique la présidente de la CSN, lorsqu'on décortique les statistiques, on observe que, si le secteur public est fortement syndiqué (à plus de 80 %), le secteur privé ne l'est qu'à 28 %.
«Pire, constate-t-elle, dans certains sous-secteurs — par exemple, les services privés, un secteur en croissance et où il y a énormément d'emplois —, on n'observe qu'un taux de syndicalisation de 15 ou 16 %. Il y a par conséquent une véritable responsabilité de la part du mouvement syndical de tendre la main à ces travailleurs et travailleuses... souvent les plus mal pris dans notre société.»
Regroupements de négociation
À cette fin, annonce-t-elle, les congressistes se questionneront sur la façon de réaliser des négociations regroupées. «Il s'agit pour nous d'offrir à ces travailleurs une chance réelle d'améliorer leurs conditions de travail, dit-elle. On pense donc que des regroupements de négociation peuvent être fort utiles dans le cas des petites unités.»
C'est, souligne-t-elle, cette méthode qui a été appliquée avec succès dans le cas des services de garde et de l'hôtellerie. «Cela permet de faire des avancées et, plus important encore, cela nous permet effectivement d'offrir quelque chose aux travailleurs non syndiqués.»
«Durant la semaine que durera notre congrès, on espère transmettre un message d'espoir dans une conjoncture qui n'est pas facile, évoque Mme Carbonneau. C'est pourquoi le thème du congrès est: "Ensemble c'est possible!" Je pense que, un à un, on est tous à même de constater que, ma foi, seul et isolé, on n'est pas capable d'atteindre des objectifs — par exemple: l'amélioration des conditions de travail, l'amélioration des législations, etc., de se redonner un État fort, d'aborder des questions comme celles des finances publiques ou du vieillissement
de la population. Par contre, ensemble, on peut faire beaucoup!»
«La CSN est une confédération de syndicats affiliés, rappelle Claudette Carbonneau, présidente de la Confédération des syndicats nationaux. Ce n'est donc pas la CSN comme telle qui a la responsabilité de négocier, mais plutôt nos neuf fédérations professionnelles.»
De fait, la CSN est formée de syndicats, de fédérations et de conseils centraux couvrant tout le territoire du Québec. Elle compte plus de 2600 syndicats locaux qui représentent quelque 275 000 travailleurs oeuvrant à peu près autant dans le secteur public que dans le privé.
Plus nécessaire que jamais
«Les défis ne manquent pas!, lance Mme Carbonneau, alors même que le droit à la syndicalisation est mis à mal. De fait, je pense qu'on démontre tous les jours la pertinence d'un mouvement syndical fort et organisé.»
Selon elle, il ne fait aucun doute que le syndicalisme a toujours été un facteur de changement et de progrès pour l'ensemble de la société québécoise. «C'est, dit-elle, aussi vrai sur le plan des conditions de travail des gens qu'au chapitre de plein d'autres dossiers plus larges et à connotation sociale.»
«N'oubliez jamais que nous avons été aux premières loges de la résistance contre la montée des politiques de droite [aux côtés de nombreux groupes sociaux], souligne-t-elle encore. Je pense entre autres aux services de garde — certainement un fleuron de notre développement — ainsi qu'à la lutte à la pauvreté, qui ont été attaqués de plein fouet par le gouvernement de Jean Charest. On a été parmi les premiers à sonner l'alarme, à être très présents, à se mobiliser, à s'ouvrir pour mener le combat avec d'autres groupes. Voilà, me semble-t-il, qui témoigne en effet de la pertinence d'un mouvement syndical qui n'est pas là que pour ses membres, mais qui l'est tout autant pour qu'on vive dans une société plus démocratique, plus égalitaire, qui partage mieux la richesse, qui protège mieux son environnement, etc.»
Des questions de notre temps
C'est ainsi que le 61e congrès de la CSN abordera divers enjeux comme la conciliation travail-famille et les licenciements collectifs — des préoccupations qui dépassent de loin les revendications syndicales. «À notre congrès, précise Claudette Carbonneau, nous allons nous diriger vers une revendication pour une loi-cadre sur la conciliation travail-famille, une loi qui dépasserait même le milieu syndical, car on veut que quelque chose se passe enfin dans ce domaine.»
D'autre part, elle souligne que «ça fait quand même passablement d'années qu'on n'a pas abordé la question des licenciements collectifs». Or, après avoir pris connaissance de la fermeture «pour le moins sauvage» d'usines en région, elle estime que le mouvement syndical a la responsabilité d'agir et de réviser son dispositif légal et son approche de négociation à la lumière de ce qui se passe sur le terrain.
Ainsi, pour contrer d'éventuelles fermetures d'usine, les délégués de la CSN se questionneront sur les facteurs qui assurent — ou qui minent — l'avenir des entreprises. «Vous savez, déclare la dirigeante syndicale, les conditions de travail, c'est bien beau, mais qu'en est-il des investissements?, qu'en est-il de l'état des équipements?, qu'en est-il de l'innovation?, qu'en est-il de la recherche et développement?, etc. Bref, sommes-nous en train de vivre dans une entreprise qui est menacée de licenciement collectif?, menacée de fermeture?, menacée de disparaître à cause de la compétitivité? Voilà, me semble-t-il, des questions tout à fait de notre temps, d'autant plus que ça fait des années qu'on cherche à élargir le champ du négociable...»
Par ailleurs, la direction de la CSN estime que les mécanismes de protection contre la sous-traitance sont devenus pratiquement inexistants dans le Code du travail. La CSN considère donc que, désormais, seules les conventions collectives constituent un rempart de protection contre celle-ci. Ces conventions peuvent aussi servir à lutter contre les partenariats public-privé, le travail précaire et atypique ou les problèmes reliés à l'intensification du travail.
Justement, enchaîne Claudette Carbonneau, lors du congrès, les délégués se pencheront sur les fameux PPP. «Non seulement s'agit-il là d'une question qui nous préoccupe au chapitre des emplois, rapporte-t-elle, mais, plus largement, il faut s'interroger: est-ce que, comme société, nous gagnerons à adopter des formules de cet ordre? Bien sûr, nous répondons non à cette question et nous sommes même prêts à mener la bataille, autant comme travailleuses et travailleurs des services publics que comme simples citoyens.»
Le fer de lance du monde du travail
Ce qui semble le plus mobiliser les représentants de la CSN ces temps-ci, ce sont bien entendu les négociations dans le secteur public. «Ces négociations présentent à elles seules d'énormes enjeux», confirme Mme Carbonneau, soulignant entre autres que les travailleurs de ce secteur sont aux prises avec des problèmes de précarité et de charge de travail extrêmement importants. «N'oublions pas non plus qu'en même temps qu'on mène ces négociations, on parle aussi d'équité salariale!»
Or, rappelle-t-elle, cette revendication est «un combat que mènent les femmes, avec une détermination assez incroyable, depuis 20 ans. Et, je dois le dire, nous sommes particulièrement fiers, en tant qu'organisation, de les soutenir jusqu'à, espérons-le, l'aboutissement du dossier. Pensez-y deux minutes, on attend depuis 20 ans — 20 ans! — un règlement dans le dossier de l'équité salariale et on ne lâchera pas!»
Une autre question qui préoccupera les délégués est le taux de syndicalisation. Comme chacun le sait, le Québec est la région d'Amérique du Nord la plus fortement syndicalisée. Toutefois, indique la présidente de la CSN, lorsqu'on décortique les statistiques, on observe que, si le secteur public est fortement syndiqué (à plus de 80 %), le secteur privé ne l'est qu'à 28 %.
«Pire, constate-t-elle, dans certains sous-secteurs — par exemple, les services privés, un secteur en croissance et où il y a énormément d'emplois —, on n'observe qu'un taux de syndicalisation de 15 ou 16 %. Il y a par conséquent une véritable responsabilité de la part du mouvement syndical de tendre la main à ces travailleurs et travailleuses... souvent les plus mal pris dans notre société.»
Regroupements de négociation
À cette fin, annonce-t-elle, les congressistes se questionneront sur la façon de réaliser des négociations regroupées. «Il s'agit pour nous d'offrir à ces travailleurs une chance réelle d'améliorer leurs conditions de travail, dit-elle. On pense donc que des regroupements de négociation peuvent être fort utiles dans le cas des petites unités.»
C'est, souligne-t-elle, cette méthode qui a été appliquée avec succès dans le cas des services de garde et de l'hôtellerie. «Cela permet de faire des avancées et, plus important encore, cela nous permet effectivement d'offrir quelque chose aux travailleurs non syndiqués.»
«Durant la semaine que durera notre congrès, on espère transmettre un message d'espoir dans une conjoncture qui n'est pas facile, évoque Mme Carbonneau. C'est pourquoi le thème du congrès est: "Ensemble c'est possible!" Je pense que, un à un, on est tous à même de constater que, ma foi, seul et isolé, on n'est pas capable d'atteindre des objectifs — par exemple: l'amélioration des conditions de travail, l'amélioration des législations, etc., de se redonner un État fort, d'aborder des questions comme celles des finances publiques ou du vieillissement
de la population. Par contre, ensemble, on peut faire beaucoup!»
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