Centrale des syndicats démocratiques - Dure réalité économique
Avec environ la moitié de ses membres provenant du secteur manufacturier, la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) est fortement préoccupée par la détérioration actuelle de ce secteur d'activité. Son président, François Vaudreuil, explique.
«Il y a une réalité dont on parle moins, mais qui à notre humble avis est vitale pour la société québécoise, c'est la situation que vivent des milliers de travailleuses et travailleurs, surtout dans le secteur manufacturier, qui quotidiennement subissent les assauts d'un nouvel environnement économique», indique celui qui assume la présidence de la Centrale, qui compte près de 60 000 membres.
L'échiquier commercial mondial est actuellement fortement transformé par l'arrivée de nouveaux joueurs dans certains secteurs. L'industrie manufacturière fait partie du nombre. «Il y a une intensification de la concurrence, notamment avec l'entrée de la Chine dans l'OMC [Organisation mondiale du commerce] en janvier dernier», note M. Vaudreuil. Résultat: «On remarque une fragilisation d'une dizaine de milliers d'emplois dans le secteur.»
Aux yeux de celui-ci, ce secteur demeure important pour le Québec car il génère de nombreux emplois de manière «directe et indirecte» procurant une rémunération «intéressante» et ne comptant «pas beaucoup d'emplois atypiques». Outre le maintien et la création de nouveaux emplois, il s'agit, pour la CSD, «d'assurer la pérennité de l'industrie» — une industrie en perte de vitesse.
Cette réalité, selon certains analystes, pourrait en partie expliquer la baisse du taux de présence syndicale dans la province. À la fin mars, on estimait que celui-ci était passé de 41,2 % à 40 %. Et cela, même si le taux d'emploi est en croissance. Les pertes survenues dans le secteur manufacturier seraient essuyées par des secteurs non syndiqués, voire par des entreprises clairement antisyndicales, Wal-Mart en étant l'exemple le plus probant.
Toutefois, ne s'agit-il pas à long terme d'un combat perdu d'avance que de penser sauver cette industrie? «Non», affirme clairement et avec conviction M. Vaudreuil. Il explique: «Quand on regarde le portrait de la dernière décennie, le Québec, dans ce secteur, s'est très bien tiré d'affaire. Malgré le fait que l'on est une petite économie ouverte, on est placé pour consolider la grande partie des emplois qu'on a dans le secteur manufacturier.» Il appuie ces propos en affirmant que la part d'emploi du secteur manufacturier dans l'économie québécoise gravite actuellement autour de 18 % tandis que, aux États-Unis, celle-ci a décliné à 11 %.
Il ajoute que le principal défi est d'éviter l'accroissement des délocalisations. «Et souvent les délocalisations, contrairement à ce que l'on pense, ne se font pas au profit de pays en émergence, mais bien au profit du Midwest américain», soutient-il. Il y aurait donc possibilité d'agir, selon M. Vaudreuil.
Repenser la compétitivité
«Il y a une urgence d'agir pour travailler à l'amélioration de la compétitivité, mais pas n'importe comment et à n'importe quel prix. Il faut encourager le développement d'un modèle qui va soutenir le développement ou la conciliation de la productivité nécessaire tout en améliorant les conditions de travail des femmes et des hommes qui y travaillent.» Car, au dire du président, à l'intensification évidente du travail dans ce secteur s'est ajouté un cortège de problèmes: augmentation du taux d'absentéisme, problèmes de santé mentale, violence au travail. Là résiderait le réel combat.
C'est d'ailleurs dans cette perspective que des travaux ont été amorcés l'automne dernier par les quatre centrales syndicales québécoises (FTQ, CSD, CSN, CSQ) et les associations patronales dans le cadre du Forum des générations. Comme le rappelle François Vaudreuil, l'exercice vise à «atteindre les objectifs de compétitivité tout en faisant de véritables gains sur le plan des conditions de vie des gens». Il s'agit donc de repenser un modèle qui pourrait faire converger les intérêts commerciaux des entreprises et les intérêts des travailleurs et des syndicats. Une tâche ardue qui demande la participation de tous, dont le gouvernement.
Ouvrir le dialogue
Et c'est là que le bât blesse. Le contexte politique québécois, depuis l'élection du Parti libéral du Québec (PLQ), en est un de confrontation entre le gouvernement et les principaux syndicats. Sans toutefois accuser le PLQ d'antisyndicalisme, M. Vaudreuil admet que le gouvernement québécois a adopté de nombreuses lois qui peuvent être qualifiées ainsi — des lois qui ont déplu et déplaisent toujours à la CSD. «À certains égards, plusieurs législations peuvent être qualifiées d'antisyndicales et, de par leur fonctionnement, d'antidémocratiques.»
Les lois adoptées sous le bâillon par le gouvernement libéral depuis deux ans sont nombreuses et ont profondément marqué l'univers syndical. La désormais fameuse modification de l'article 45 de la loi 31, qui facilite le recours à la sous-traitance, fait évidemment partie du lot. L'adoption de ce projet de loi a «fait basculer l'équilibre qui existait entre les salariés et les employeurs. L'article 45 avait pour objet de protéger l'accréditation syndicale, et le fait que l'État n'assure pas la protection de cette accréditation dénote un parti pris pour le discours patronal».
Une petite visite sur le site Internet de la CSD permet de constater la grogne de la Centrale à l'égard du gouvernement Charest. Un dossier intitulé «Charest» a spécialement été créé et une récente caricature illustre bien la perception que la Centrale entretient à l'égard de ce dernier: on y voit Jean Charest à genoux devant le Conseil du patronat.
«Historiquement, le Québec s'est bâti sur un modèle de négociation, d'échange et de concertation», rappelle le président. Et depuis l'arrivée du gouvernement actuel, «il y a eu une rupture, c'est vrai». Toutefois, au-delà des confrontations au sujet de lois jugées antisyndicales, une des principales préoccupations de la CSD, répète M. Vaudreuil, est de rétablir un «véritable dialogue social».
«Il y a une réalité dont on parle moins, mais qui à notre humble avis est vitale pour la société québécoise, c'est la situation que vivent des milliers de travailleuses et travailleurs, surtout dans le secteur manufacturier, qui quotidiennement subissent les assauts d'un nouvel environnement économique», indique celui qui assume la présidence de la Centrale, qui compte près de 60 000 membres.
L'échiquier commercial mondial est actuellement fortement transformé par l'arrivée de nouveaux joueurs dans certains secteurs. L'industrie manufacturière fait partie du nombre. «Il y a une intensification de la concurrence, notamment avec l'entrée de la Chine dans l'OMC [Organisation mondiale du commerce] en janvier dernier», note M. Vaudreuil. Résultat: «On remarque une fragilisation d'une dizaine de milliers d'emplois dans le secteur.»
Aux yeux de celui-ci, ce secteur demeure important pour le Québec car il génère de nombreux emplois de manière «directe et indirecte» procurant une rémunération «intéressante» et ne comptant «pas beaucoup d'emplois atypiques». Outre le maintien et la création de nouveaux emplois, il s'agit, pour la CSD, «d'assurer la pérennité de l'industrie» — une industrie en perte de vitesse.
Cette réalité, selon certains analystes, pourrait en partie expliquer la baisse du taux de présence syndicale dans la province. À la fin mars, on estimait que celui-ci était passé de 41,2 % à 40 %. Et cela, même si le taux d'emploi est en croissance. Les pertes survenues dans le secteur manufacturier seraient essuyées par des secteurs non syndiqués, voire par des entreprises clairement antisyndicales, Wal-Mart en étant l'exemple le plus probant.
Toutefois, ne s'agit-il pas à long terme d'un combat perdu d'avance que de penser sauver cette industrie? «Non», affirme clairement et avec conviction M. Vaudreuil. Il explique: «Quand on regarde le portrait de la dernière décennie, le Québec, dans ce secteur, s'est très bien tiré d'affaire. Malgré le fait que l'on est une petite économie ouverte, on est placé pour consolider la grande partie des emplois qu'on a dans le secteur manufacturier.» Il appuie ces propos en affirmant que la part d'emploi du secteur manufacturier dans l'économie québécoise gravite actuellement autour de 18 % tandis que, aux États-Unis, celle-ci a décliné à 11 %.
Il ajoute que le principal défi est d'éviter l'accroissement des délocalisations. «Et souvent les délocalisations, contrairement à ce que l'on pense, ne se font pas au profit de pays en émergence, mais bien au profit du Midwest américain», soutient-il. Il y aurait donc possibilité d'agir, selon M. Vaudreuil.
Repenser la compétitivité
«Il y a une urgence d'agir pour travailler à l'amélioration de la compétitivité, mais pas n'importe comment et à n'importe quel prix. Il faut encourager le développement d'un modèle qui va soutenir le développement ou la conciliation de la productivité nécessaire tout en améliorant les conditions de travail des femmes et des hommes qui y travaillent.» Car, au dire du président, à l'intensification évidente du travail dans ce secteur s'est ajouté un cortège de problèmes: augmentation du taux d'absentéisme, problèmes de santé mentale, violence au travail. Là résiderait le réel combat.
C'est d'ailleurs dans cette perspective que des travaux ont été amorcés l'automne dernier par les quatre centrales syndicales québécoises (FTQ, CSD, CSN, CSQ) et les associations patronales dans le cadre du Forum des générations. Comme le rappelle François Vaudreuil, l'exercice vise à «atteindre les objectifs de compétitivité tout en faisant de véritables gains sur le plan des conditions de vie des gens». Il s'agit donc de repenser un modèle qui pourrait faire converger les intérêts commerciaux des entreprises et les intérêts des travailleurs et des syndicats. Une tâche ardue qui demande la participation de tous, dont le gouvernement.
Ouvrir le dialogue
Et c'est là que le bât blesse. Le contexte politique québécois, depuis l'élection du Parti libéral du Québec (PLQ), en est un de confrontation entre le gouvernement et les principaux syndicats. Sans toutefois accuser le PLQ d'antisyndicalisme, M. Vaudreuil admet que le gouvernement québécois a adopté de nombreuses lois qui peuvent être qualifiées ainsi — des lois qui ont déplu et déplaisent toujours à la CSD. «À certains égards, plusieurs législations peuvent être qualifiées d'antisyndicales et, de par leur fonctionnement, d'antidémocratiques.»
Les lois adoptées sous le bâillon par le gouvernement libéral depuis deux ans sont nombreuses et ont profondément marqué l'univers syndical. La désormais fameuse modification de l'article 45 de la loi 31, qui facilite le recours à la sous-traitance, fait évidemment partie du lot. L'adoption de ce projet de loi a «fait basculer l'équilibre qui existait entre les salariés et les employeurs. L'article 45 avait pour objet de protéger l'accréditation syndicale, et le fait que l'État n'assure pas la protection de cette accréditation dénote un parti pris pour le discours patronal».
Une petite visite sur le site Internet de la CSD permet de constater la grogne de la Centrale à l'égard du gouvernement Charest. Un dossier intitulé «Charest» a spécialement été créé et une récente caricature illustre bien la perception que la Centrale entretient à l'égard de ce dernier: on y voit Jean Charest à genoux devant le Conseil du patronat.
«Historiquement, le Québec s'est bâti sur un modèle de négociation, d'échange et de concertation», rappelle le président. Et depuis l'arrivée du gouvernement actuel, «il y a eu une rupture, c'est vrai». Toutefois, au-delà des confrontations au sujet de lois jugées antisyndicales, une des principales préoccupations de la CSD, répète M. Vaudreuil, est de rétablir un «véritable dialogue social».
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