L'Outremont de Pierre Dansereau - En remontant dans le temps
Photo : Jacques Nadeau
Pierre Dansereau devant l’église Saint-Viateur: un des plus anciens baptisés de la paroisse.
Jadis villes ou quartiers, ce sont aujourd'hui les arrondissements d'une cité plus vaste mais qui a toujours pour nom Montréal. Ces entités conservent bien sûr leur histoire et leurs charmes propres. Des journalistes du Devoir sont allés revisiter cette île devenue ville unique, au hasard de promenades en compagnie de personnalités qui l'habitent. Aujourd'hui, Pierre Dansereau nous parle de l'arrondissement Outremont.
Nous avions rendez-vous dans l'immeuble à appartements qu'il habite avec son épouse depuis quelques années, coin Laurier et Côte-Sainte-Catherine. Juste au chevet de l'église Saint-Viateur, qui a accueilli ses premiers fidèles en 1912, l'année suivant sa naissance.
«Je suis l'un des plus anciens baptisés de la paroisse Saint-Viateur, dont on célèbre cette année le centenaire», lance fièrement l'écologiste Pierre Dansereau. Le ton est donné. La visite sera tournée vers le passé.
«Cette tour d'habitation érigée dans les années 1950 [où le couple Dansereau a élu domicile récemment] n'est pas l'Outremont de mon enfance, mais je ne m'en plains pas parce que j'y trouve exactement ce qu'il me faut», précise d'entrée de jeu cet authentique Outremontais, qui est né à Outremont, y a vécu l'essentiel de sa vie et y mourra vraisemblablement, dixit le principal intéressé.
En grimpant à ses côtés l'escalier de bois enchâssé entre deux grandes propriétés juchées à flanc de colline entre le chemin de la Côte-Sainte-Catherine et l'avenue Maplewood, on remonte aussi dans le temps.
On s'apprête à passer en revue la galerie de personnages qui ont façonné l'histoire du Québec et à suivre le parcours d'une vie heureuse, la sienne en l'occurrence, qui s'est déroulée presque entièrement — à part quelques longs séjours à l'étranger — sur l'avenue Maplewood où nous mène la dernière marche.
Nous voilà donc dans le haut d'Outremont. Microcosme de paix et de verdure qui surplombe le reste de l'arrondissement sis dans la plaine.
Mais aussi lieu de tous les souvenirs pour Pierre Dansereau. Devant l'imposante résidence familiale que son père, ingénieur en chef des travaux publics du gouvernement fédéral pour la région de Montréal, a fait construire au début des années 1900, le nonagénaire se rappelle les chansons anglaises qu'il fredonnait avec les camarades du voisinage, pour la plupart anglophones.
Tandis qu'une quinzaine d'années plus tard, ses frères cadets s'amusaient quant à eux avec de petits copains qui parlaient plutôt le français. Normal, confirme Ludger Beauregard, président de la Société d'histoire d'Outremont et ancien professeur de géographie à l'Université de Montréal. Les premiers bourgeois canadiens-français n'ont commencé à investir le quartier que dans les années 1920.
Les sulpiciens, propriétaires de l'île de Montréal, concèdent en 1694 à Dollier de Casson un territoire situé sur le versant nord de la montagne qu'on désigna sous le nom de Côte-Sainte-Catherine, poursuit le passionné d'histoire. Les colons français défrichent petit à petit la forêt et y pratiquent l'agriculture. À partir de 1800, de riches Anglais viennent s'y installer et deviennent propriétaires de grandes fermes où l'on cultive des melons recherchés jusque dans les hôtels de New York.
«En 1875, au moment où est fondée la municipalité d'Outremont, la majorité des 300 habitants qui peuplent la Côte-Sainte-Catherine était anglaise — écossaise, irlandaise ou anglaise», précise Ludger Beauregard. Puis, au cours de la décennie qui précède le crash de 1929, la bourgeoisie canadienne-française prend pied sur ce coin de terre et supplante graduellement la bourgeoisie anglaise jusque-là majoritaire.
«Les écoles qui étaient situées sur le territoire ont sûrement joué un rôle d'attraction pour cette bourgeoisie canadienne-française», avance M. Beauregard.
Ces institutions étaient en effet nombreuses et prestigieuses: le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, qui accueille les jeunes filles dès 1905, l'externat classique des Clercs Saint-Viateur, l'Académie Querbes, qui offre gymnase et piscine dès son ouverture en 1916, et le Collège Brébeuf, qui est inauguré en 1928 à la frontière de la municipalité.
Des hommes d'affaires et des industriels prospères, tels que J. J. Joubert, propriétaire de la grande laiterie du même nom, J. B. Baillargeon, spécialiste en déménagement, Jolicoeur, l'entrepreneur en buanderie, élisent donc domicile à Outremont.
Des pionniers
du nationalisme
La municipalité héberge également les pionniers du nationalisme québécois, comme le chanoine Lionel Groulx, André Laurendeau et Henri Bourassa, fondateur du Devoir, de dire Ludger Beauregard.
Au carrefour de la rue McCulloch et de la ruelle sise entre l'avenue Maplewood et l'avenue du Mont-Royal, Pierre Dansereau pointe la maison où a grandi Pierre Elliott Trudeau, dont le papa brassait des affaires lucratives. Un peu plus loin, on aperçoit la demeure familiale de Michel Chartrand. «Il joue bien à l'ouvrier, celui-là, commente-t-il à la blague. Mais c'est un bourgeois d'Outremont!» Au détour, il désigne la résidence où a jadis vécu le financier Jean-Louis Lévesque, fondateur de la maison de courtage en valeurs mobilières Lévesque-Beaubien. De multiples figures emblématiques du Québec sont ainsi associées à ces maisons cossues entourées de jardins luxuriants, dont l'un particulièrement pittoresque hante toujours l'âme de l'écologiste.
Pierre Dansereau me fait découvrir ce joyau dont il a remué la terre pendant une cinquantaine d'années. Au milieu de la ruelle, il entrouvre discrètement une clôture cachant un magnifique jardin à l'anglaise jouxtant la demeure qu'il a habitée avec son épouse jusqu'au milieu des années 1990.
Au cours de la balade, le spécialiste de l'écologie urbaine déplore par-ci par-là l'ostentation de certains des nouveaux cottages qui ont bourgeonné récemment sur les derniers bouts de terrain libres. «La porte de garage a parfois plus d'importance que la porte d'entrée», fait-il remarquer avec dépit.
Nous quittons finalement les hauteurs de «l'Outremont, ma chère!» et redescendons dans «l'Outremont pas cher et l'Outremont casher» de la plaine, pour reprendre la blague bien connue.
Aussi loin qu'il peut remonter dans ses souvenirs, Pierre Dansereau a vu des juifs habiter dans le voisinage. Sûrement, corrobore Ludger Beauregard. Car la première vague d'immigrants juifs en provenance d'Europe de l'Est a déferlé sur Montréal entre 1900 et 1920, déposant ses pénates de part et d'autre du boulevard Saint-Laurent. Certaines de ces familles juives pénètrent dans Outremont et occupent les logements des rues Hutchinson, Durocher et Querbes.
Ce n'est toutefois qu'après la Seconde Guerre mondiale que débarquent les hassidim, qui s'approprient lentement et méthodiquement les habitations situées entre Hutchison, Bloomfield, Laurier et Van Horn ainsi que près du parc Pratt, entre Rockland et De Vimy, au nord de Van Horn. Au sein de ces petites enclaves, des synagogues, des institutions scolaires, voire des maisons pour personnes âgées ont pignon sur rue.
Grégaires et solidaires, soucieux de préserver leurs caractéristiques religieuses et ethniques, ces juifs orthodoxes ne s'intègrent visiblement pas à la société outremontaise de langue française.
«Aucune hostilité n'est affichée. Ces gens se comportent de façon très civilisée, leurs enfants sont d'une politesse irréprochable. Mais aucune communication ne semble s'établir avec eux malgré plusieurs tentatives de rapprochement», déplore le grand démocrate Pierre Dansereau.
«Ce sont des citoyens extrêmement respectueux des règlements, mais très distants et avec lesquels la communication est presque impossible», confirme Ludger Beauregard.
Cette présence particulièrement ostensible en raison de ses coutumes religieuses compte aujourd'hui pour environ 15 % de la population de l'arrondissement. Elle compose la communauté visible la plus nombreuse, dépassant de loin celle des Grecs, des Italiens, des Asiatiques et des Arabes, dont certains représentants particulièrement fortunés — des deux dernières — ont acquis de petits châteaux appartenant jadis à de grands bourgeois canadiens-français.
Francophone
Autrement, «Outremont n'a jamais été aussi francophone qu'aujourd'hui», affirme Ludger Beauregard. À cette haute bourgeoisie «qui n'a toujours représenté qu'une faible minorité d'Outremont», insiste-t-il, ont succédé des professionnels spécialisés dans les soins de santé, l'enseignement universitaire, le droit et la fiscalité.
Ces baby-boomers ont rénové le centre d'Outremont et ont induit la revitalisation de la rue Bernard, devenue l'artère commerçante branchée du quartier où se rencontrent artistes, écrivains, comédiens, politiciens et journalistes, qui sont aujourd'hui légion à posséder un toit dans l'arrondissement.
Un vent de gentrification souffle aussi actuellement sur le très vieux quartier d'Outremont où logeait au début du XXe siècle une classe ouvrière canadienne-française et irlandaise. Les duplex, triplex conçus pour ces grandes familles prolétaires ont été retapés et vendus en condominium.
En dépit de ces métamorphoses vers la modernité, Outremont a néanmoins conservé une vie de proximité, une vie de village en quelque sorte, où les gens se connaissent et sympathisent. «Rue Laurier, point de gros commerces ni de supermarchés, souligne Pierre Dansereau. Nous avons à quelques pas de la maison une multitude de petits commerces où nous pouvons trouver le pain, le lait, le beurre et le café, notamment». Et de bons restos comme Chez Lévesque, où nous sirotons un thé après avoir bouclé notre circuit par un coup d'oeil à l'une des trois maisons ancestrales d'Outremont, qui au début du XIXe siècle fut le lieu de rendez-vous «outre-mont» des Montréalais.
Outremont en quelques lignes
-Limites. Outremont se déploie le long du versant est du mont Royal. L'arrondissement est entouré par les quartiers de l'ancienne Ville de Montréal et jouxte l'ancienne ville de Mont-Royal.
-Population. En 2000, on y comptait 230 000 habitants, dont 71 % parlent le français à la maison. L'anglais est utilisé au sein de 15 % des ménages. La troisième langue la plus employée dans l'arrondissement est le yiddish, et pour 9 % de la population il s'agit de la langue maternelle. Plus de 25 % des résidants sont d'une origine autre que celle de la majorité francophone.
Le revenu moyen des familles est de 90 998 $.
-Habitation. La création de la nouvelle Ville de Montréal devrait permettre la mise en branle du projet de développement immobilier de la cour de triage, qui prévoit une zone d'habitation de 1800 logements aux abords de deux stations de métro, des circuits de train et de plusieurs autobus. Par ailleurs, des condominiums sont actuellement aménagés dans le couvent des Soeurs de Marie-Réparatrice sur le boulevard Mont-Royal, face au chemin Camilien-Houde, et les Soeurs du Saint-Nom-de-Marie annonçaient au début de 2002 la vente prochaine de leur maison-mère, située sur le boulevard Mont-Royal, à un promoteur immobilier.
-Patrimoine, culture et loisirs. Dans son patrimoine architectural et naturel, Outremont compte quelques éléments incontournables. L'église Saint-Viateur notamment, dont l'intérieur est lambrissé de magnifiques boiseries de chêne et peint par l'artiste italien Nincheri. De splendides statuettes sculptées par l'artiste québécois Médard Bourgault de Saint-Jean-Port-Joli ornent également la balustrade.
Par ailleurs, le théâtre Outremont de l'avenue Bernard, qui a rouvert ses portes en 2000 après une cure de rajeunissement, est en voie de reprendre ses lettres de noblesse en offrant une programmation variée de cinéma de répertoire et de spectacles.
Les résidants d'Outremont ont par ailleurs accès à des installations sportives nombreuses, dont une des rares piscines extérieures chauffées sur l'île de Montréal, un «skatedôme» aménagé à la patinoire municipale durant l'été et un terrain de soccer à revêtement synthétique dans le parc Beaubien.
Et pour le bonheur de tous les Outremontais, près de 5500 arbres et une dizaine de parcs verdissent le paysage de l'arrondissement.
Nous avions rendez-vous dans l'immeuble à appartements qu'il habite avec son épouse depuis quelques années, coin Laurier et Côte-Sainte-Catherine. Juste au chevet de l'église Saint-Viateur, qui a accueilli ses premiers fidèles en 1912, l'année suivant sa naissance.
«Je suis l'un des plus anciens baptisés de la paroisse Saint-Viateur, dont on célèbre cette année le centenaire», lance fièrement l'écologiste Pierre Dansereau. Le ton est donné. La visite sera tournée vers le passé.
«Cette tour d'habitation érigée dans les années 1950 [où le couple Dansereau a élu domicile récemment] n'est pas l'Outremont de mon enfance, mais je ne m'en plains pas parce que j'y trouve exactement ce qu'il me faut», précise d'entrée de jeu cet authentique Outremontais, qui est né à Outremont, y a vécu l'essentiel de sa vie et y mourra vraisemblablement, dixit le principal intéressé.
En grimpant à ses côtés l'escalier de bois enchâssé entre deux grandes propriétés juchées à flanc de colline entre le chemin de la Côte-Sainte-Catherine et l'avenue Maplewood, on remonte aussi dans le temps.
On s'apprête à passer en revue la galerie de personnages qui ont façonné l'histoire du Québec et à suivre le parcours d'une vie heureuse, la sienne en l'occurrence, qui s'est déroulée presque entièrement — à part quelques longs séjours à l'étranger — sur l'avenue Maplewood où nous mène la dernière marche.
Nous voilà donc dans le haut d'Outremont. Microcosme de paix et de verdure qui surplombe le reste de l'arrondissement sis dans la plaine.
Mais aussi lieu de tous les souvenirs pour Pierre Dansereau. Devant l'imposante résidence familiale que son père, ingénieur en chef des travaux publics du gouvernement fédéral pour la région de Montréal, a fait construire au début des années 1900, le nonagénaire se rappelle les chansons anglaises qu'il fredonnait avec les camarades du voisinage, pour la plupart anglophones.
Tandis qu'une quinzaine d'années plus tard, ses frères cadets s'amusaient quant à eux avec de petits copains qui parlaient plutôt le français. Normal, confirme Ludger Beauregard, président de la Société d'histoire d'Outremont et ancien professeur de géographie à l'Université de Montréal. Les premiers bourgeois canadiens-français n'ont commencé à investir le quartier que dans les années 1920.
Les sulpiciens, propriétaires de l'île de Montréal, concèdent en 1694 à Dollier de Casson un territoire situé sur le versant nord de la montagne qu'on désigna sous le nom de Côte-Sainte-Catherine, poursuit le passionné d'histoire. Les colons français défrichent petit à petit la forêt et y pratiquent l'agriculture. À partir de 1800, de riches Anglais viennent s'y installer et deviennent propriétaires de grandes fermes où l'on cultive des melons recherchés jusque dans les hôtels de New York.
«En 1875, au moment où est fondée la municipalité d'Outremont, la majorité des 300 habitants qui peuplent la Côte-Sainte-Catherine était anglaise — écossaise, irlandaise ou anglaise», précise Ludger Beauregard. Puis, au cours de la décennie qui précède le crash de 1929, la bourgeoisie canadienne-française prend pied sur ce coin de terre et supplante graduellement la bourgeoisie anglaise jusque-là majoritaire.
«Les écoles qui étaient situées sur le territoire ont sûrement joué un rôle d'attraction pour cette bourgeoisie canadienne-française», avance M. Beauregard.
Ces institutions étaient en effet nombreuses et prestigieuses: le Pensionnat du Saint-Nom-de-Marie, qui accueille les jeunes filles dès 1905, l'externat classique des Clercs Saint-Viateur, l'Académie Querbes, qui offre gymnase et piscine dès son ouverture en 1916, et le Collège Brébeuf, qui est inauguré en 1928 à la frontière de la municipalité.
Des hommes d'affaires et des industriels prospères, tels que J. J. Joubert, propriétaire de la grande laiterie du même nom, J. B. Baillargeon, spécialiste en déménagement, Jolicoeur, l'entrepreneur en buanderie, élisent donc domicile à Outremont.
Des pionniers
du nationalisme
La municipalité héberge également les pionniers du nationalisme québécois, comme le chanoine Lionel Groulx, André Laurendeau et Henri Bourassa, fondateur du Devoir, de dire Ludger Beauregard.
Au carrefour de la rue McCulloch et de la ruelle sise entre l'avenue Maplewood et l'avenue du Mont-Royal, Pierre Dansereau pointe la maison où a grandi Pierre Elliott Trudeau, dont le papa brassait des affaires lucratives. Un peu plus loin, on aperçoit la demeure familiale de Michel Chartrand. «Il joue bien à l'ouvrier, celui-là, commente-t-il à la blague. Mais c'est un bourgeois d'Outremont!» Au détour, il désigne la résidence où a jadis vécu le financier Jean-Louis Lévesque, fondateur de la maison de courtage en valeurs mobilières Lévesque-Beaubien. De multiples figures emblématiques du Québec sont ainsi associées à ces maisons cossues entourées de jardins luxuriants, dont l'un particulièrement pittoresque hante toujours l'âme de l'écologiste.
Pierre Dansereau me fait découvrir ce joyau dont il a remué la terre pendant une cinquantaine d'années. Au milieu de la ruelle, il entrouvre discrètement une clôture cachant un magnifique jardin à l'anglaise jouxtant la demeure qu'il a habitée avec son épouse jusqu'au milieu des années 1990.
Au cours de la balade, le spécialiste de l'écologie urbaine déplore par-ci par-là l'ostentation de certains des nouveaux cottages qui ont bourgeonné récemment sur les derniers bouts de terrain libres. «La porte de garage a parfois plus d'importance que la porte d'entrée», fait-il remarquer avec dépit.
Nous quittons finalement les hauteurs de «l'Outremont, ma chère!» et redescendons dans «l'Outremont pas cher et l'Outremont casher» de la plaine, pour reprendre la blague bien connue.
Aussi loin qu'il peut remonter dans ses souvenirs, Pierre Dansereau a vu des juifs habiter dans le voisinage. Sûrement, corrobore Ludger Beauregard. Car la première vague d'immigrants juifs en provenance d'Europe de l'Est a déferlé sur Montréal entre 1900 et 1920, déposant ses pénates de part et d'autre du boulevard Saint-Laurent. Certaines de ces familles juives pénètrent dans Outremont et occupent les logements des rues Hutchinson, Durocher et Querbes.
Ce n'est toutefois qu'après la Seconde Guerre mondiale que débarquent les hassidim, qui s'approprient lentement et méthodiquement les habitations situées entre Hutchison, Bloomfield, Laurier et Van Horn ainsi que près du parc Pratt, entre Rockland et De Vimy, au nord de Van Horn. Au sein de ces petites enclaves, des synagogues, des institutions scolaires, voire des maisons pour personnes âgées ont pignon sur rue.
Grégaires et solidaires, soucieux de préserver leurs caractéristiques religieuses et ethniques, ces juifs orthodoxes ne s'intègrent visiblement pas à la société outremontaise de langue française.
«Aucune hostilité n'est affichée. Ces gens se comportent de façon très civilisée, leurs enfants sont d'une politesse irréprochable. Mais aucune communication ne semble s'établir avec eux malgré plusieurs tentatives de rapprochement», déplore le grand démocrate Pierre Dansereau.
«Ce sont des citoyens extrêmement respectueux des règlements, mais très distants et avec lesquels la communication est presque impossible», confirme Ludger Beauregard.
Cette présence particulièrement ostensible en raison de ses coutumes religieuses compte aujourd'hui pour environ 15 % de la population de l'arrondissement. Elle compose la communauté visible la plus nombreuse, dépassant de loin celle des Grecs, des Italiens, des Asiatiques et des Arabes, dont certains représentants particulièrement fortunés — des deux dernières — ont acquis de petits châteaux appartenant jadis à de grands bourgeois canadiens-français.
Francophone
Autrement, «Outremont n'a jamais été aussi francophone qu'aujourd'hui», affirme Ludger Beauregard. À cette haute bourgeoisie «qui n'a toujours représenté qu'une faible minorité d'Outremont», insiste-t-il, ont succédé des professionnels spécialisés dans les soins de santé, l'enseignement universitaire, le droit et la fiscalité.
Ces baby-boomers ont rénové le centre d'Outremont et ont induit la revitalisation de la rue Bernard, devenue l'artère commerçante branchée du quartier où se rencontrent artistes, écrivains, comédiens, politiciens et journalistes, qui sont aujourd'hui légion à posséder un toit dans l'arrondissement.
Un vent de gentrification souffle aussi actuellement sur le très vieux quartier d'Outremont où logeait au début du XXe siècle une classe ouvrière canadienne-française et irlandaise. Les duplex, triplex conçus pour ces grandes familles prolétaires ont été retapés et vendus en condominium.
En dépit de ces métamorphoses vers la modernité, Outremont a néanmoins conservé une vie de proximité, une vie de village en quelque sorte, où les gens se connaissent et sympathisent. «Rue Laurier, point de gros commerces ni de supermarchés, souligne Pierre Dansereau. Nous avons à quelques pas de la maison une multitude de petits commerces où nous pouvons trouver le pain, le lait, le beurre et le café, notamment». Et de bons restos comme Chez Lévesque, où nous sirotons un thé après avoir bouclé notre circuit par un coup d'oeil à l'une des trois maisons ancestrales d'Outremont, qui au début du XIXe siècle fut le lieu de rendez-vous «outre-mont» des Montréalais.
Outremont en quelques lignes
-Limites. Outremont se déploie le long du versant est du mont Royal. L'arrondissement est entouré par les quartiers de l'ancienne Ville de Montréal et jouxte l'ancienne ville de Mont-Royal.
-Population. En 2000, on y comptait 230 000 habitants, dont 71 % parlent le français à la maison. L'anglais est utilisé au sein de 15 % des ménages. La troisième langue la plus employée dans l'arrondissement est le yiddish, et pour 9 % de la population il s'agit de la langue maternelle. Plus de 25 % des résidants sont d'une origine autre que celle de la majorité francophone.
Le revenu moyen des familles est de 90 998 $.
-Habitation. La création de la nouvelle Ville de Montréal devrait permettre la mise en branle du projet de développement immobilier de la cour de triage, qui prévoit une zone d'habitation de 1800 logements aux abords de deux stations de métro, des circuits de train et de plusieurs autobus. Par ailleurs, des condominiums sont actuellement aménagés dans le couvent des Soeurs de Marie-Réparatrice sur le boulevard Mont-Royal, face au chemin Camilien-Houde, et les Soeurs du Saint-Nom-de-Marie annonçaient au début de 2002 la vente prochaine de leur maison-mère, située sur le boulevard Mont-Royal, à un promoteur immobilier.
-Patrimoine, culture et loisirs. Dans son patrimoine architectural et naturel, Outremont compte quelques éléments incontournables. L'église Saint-Viateur notamment, dont l'intérieur est lambrissé de magnifiques boiseries de chêne et peint par l'artiste italien Nincheri. De splendides statuettes sculptées par l'artiste québécois Médard Bourgault de Saint-Jean-Port-Joli ornent également la balustrade.
Par ailleurs, le théâtre Outremont de l'avenue Bernard, qui a rouvert ses portes en 2000 après une cure de rajeunissement, est en voie de reprendre ses lettres de noblesse en offrant une programmation variée de cinéma de répertoire et de spectacles.
Les résidants d'Outremont ont par ailleurs accès à des installations sportives nombreuses, dont une des rares piscines extérieures chauffées sur l'île de Montréal, un «skatedôme» aménagé à la patinoire municipale durant l'été et un terrain de soccer à revêtement synthétique dans le parc Beaubien.
Et pour le bonheur de tous les Outremontais, près de 5500 arbres et une dizaine de parcs verdissent le paysage de l'arrondissement.
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