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Le Rosemont de Pierre Bourque - Une «Cité jardin» au centre de tout

Escale de Pierre Bourque «en Chine» avec son jardin, ses bassins d’eau et son «pavillon de la douceur infinie».
Photo : Patrick Sanfaçon
Escale de Pierre Bourque «en Chine» avec son jardin, ses bassins d’eau et son «pavillon de la douceur infinie».
Jadis villes ou quartiers, ce sont aujourd'hui les arrondissements d'une cité plus vaste mais qui a toujours pour nom Montréal. Ces entités conservent bien sûr leur histoire et leurs charmes propres. Des journalistes du Devoir sont allés revisiter cette île devenue ville unique, au hasard de promenades en compagnie de personnalités qui l'habitent. Aujourd'hui, Pierre Bourque nous parle de l'arrondissement Rosemont.

Matinal. L'à-propos aurait été certainement un rendez-vous pour un thé — à la menthe ou au citron! — en fin d'après-midi dans une roseraie ou une serre. Mieux, un petit verre — non alcoolisé — à la brunante sur une terrasse de la rue Masson. Mais l'homme, malheureusement, est un lève-tôt.

Pierre Bourque, chef de l'opposition officielle à l'Hôtel de Ville de Montréal, n'a visiblement pas perdu ses bonnes vieilles habitudes. Celles de l'époque, pas si lointaine, où il occupait le siège du premier magistrat de la métropole. Des habitudes simples et zen à la fois: un vélo, un jardin botanique et les petits oiseaux qui chantent les premières lueurs du jour. C'est comme ça que l'artisan d'«une île, une ville», aime son arrondissement, Rosemont-Petite-Patrie, qu'il vit et contemple depuis des années du haut de sa tour de verre du boulevard de l'Assomption.

Le politicien, amoureux de la flore et de la faune urbaine, aime aussi la ponctualité. Son attaché de presse avait prévenu: «Il va vous attendre en bas de chez lui à 6 heures.»

— Du soir, bien sûr?

— Non, six heures du matin! Pas une minute de plus, sinon, il part sans vous.»

Monsieur Bourque — c'est le nom que lui donnent les concitoyens qu'il croise — était, en ce matin de juillet, à l'heure. Impatient et prêt pour le départ, le bronzage — avec chaussettes, s'il vous plaît! — mis en lumière par des pieds nus dans des sandales trahissant de récentes vacances en Gaspésie.

Salutations d'usage et premier coup de pédale: direction «Cité jardin», à quelques encablures de la résidence de l'ex-maire qui rêve toujours de le redevenir. «Ça fait partie de ma petite routine du matin», dit-il. Première surprise: enclavée entre le golf du Village olympique et les immenses bâtiments de béton décrépis du même nom qui le surplombent — le parc Maisonneuve et l'hôpital Maisonneuve-Rosemont—, une petite banlieue un brin bourgeoise fait son apparition au détour de la rue des Saulnes qui dort encore et toujours. À mi-chemin entre Pleasantville — une drôle de banlieue sur grand écran — et Saint-Lambert — une sorte de Pleasantville située sur une autre rive.

«Ce développement date de 1948 et a été pendant longtemps un quartier ouvrier avant de devenir, à partir des années 70, un coin beaucoup plus cossu, raconte l'ex-maire. C'est aussi l'endroit le plus méconnu de l'arrondissement.» Un arrondissement en effet davantage connu pour son parc Maisonneuve et son Jardin botanique à une extrémité, son marché Jean Talon à l'autre et, entre les deux, son parc Molson, son cinéma Beaubien et sa désormais incontournable technopole Angus avec ses quelques industries manufacturières versées dans l'économie sociale et, point culminant, le supermarché d'une vaste chaîne ontarienne vendant des carottes biologiques importées des États-Unis.

Dans ce coin de l'arrondissement, «Cité Jardin» détonne. D'abord pour ses rues qui ne sont pas des avenues numérotées. Et surtout pour les belles et parfois majestueuses maisons qui bordent les rues des Sorbiers, des Mélèzes, des Cèdres ou encore des Plaines où un autre «Monsieur le Maire», Jean Drapeau, avait sa résidence. «Elle est facile à reconnaître, il y a encore les deux luminaires posés devant l'entrée comme on le faisait dans l'ancien temps pour la résidence du premier magistrat de la ville», explique Bourque.

Itinéraire prévisible

Un camion de poubelles passe sur le boulevard Viau, coin Des Sorbiers. Et les cyclistes poursuivent leur périple matinal. L'itinéraire est prévisible, réglé comme une horloge, avec son passage obligé dans le parc Maisonneuve pour atteindre, à 6h15 précises, les portes du Jardin botanique donnant rue Sherbrooke. Le tout rythmé par le chant des carouges à épaulettes et les «bonjours» amicaux lancés aux nombreux habitués de l'endroit circulant à pied, un chien en laisse, ou à vélo, les cheveux au vent.

Pierre Bourque y a ses entrées. Et le privilège encore, remontant à l'époque où il régnait sur ce petit bout de paradis pour amateurs de verdure et d'horticulture, de s'y balader tous les matins — ou presque — à vélo. «On est ici dans le coeur du quartier, lance-t-il. Un coeur animé par l'évolution des plantes et les nombreux animaux qui l'habitent. Et puis, à cette heure-ci, c'est idéal pour la méditation.»

Escale en Chine, avec son jardin, ses bassins d'eau et son «pavillon de la douceur infinie». Entre autres.

Le politicien connaît l'endroit sur le bout des doigts pour avoir orchestré sa construction. «Certains matins, je m'arrête dans ce pavillon pour réfléchir. Faire le point. Et surtout retrouver le calme, avant de repartir. Mais, depuis que je ne suis plus maire, j'en ai moins besoin.» Face à lui, les blocs de pierre — probablement habités par quelques esprits orientaux — de la montagne du jardin veillent. «Cette montagne a été érigée en deux mois à peine par des Chinois», dit-il. Un véritable miracle qui tranche avec la petite colline difforme du Jardin alpin adjacent «bâtie, elle, par des Canadiens français en... deux ans!» poursuit celui que l'empire du Milieu fascine.

Le pays du soleil levant ne lui déplaît pas non plus, avoue-t-il plus tard à l'orée du jardin japonais. Calme et relaxant avec sa chute d'eau. «Le chemin qui borde ce cours d'eau a été pensé en fonction des sonorités. Ici, tu entends l'eau couler. Là, tu ne l'entends plus et lorsque tu arrives au sommet de la petite bute, le son réapparaît, dans toute sa splendeur», explique-t-il tout en accompagnant «l'orchestration» produite par l'eau sur l'immense morceau de granit avec ses bras.

Autour, les «petits habitants» du Jardin des premières nations tout comme leur environnement floral se réveillent aussi lentement. Loin des premiers brouhahas de la métropole. Et Pierre Bourque se met à parler. De la rue De Lorimier, dans le vieux Rosemont, où il est né. Du nouveau visage que ce coin de la ville, sous l'influence inévitable du hautement populaire et toujours full branché plateau Mont-Royal, est en train de prendre. De la rue Masson où désormais, près de la 8e avenue, les commerces populaires et abordables côtoient les petits restaurants de type «avenue du Mont-Royal». Comprendre: chic et de bon goût. «C'est agréable pour prendre son déjeuner le matin», dit-il.

Car pour le café de l'après-midi, Pierre Bourque préfère encore les alentours du marché Jean-Talon. «J'aime ça aller y rencontrer la fin de semaine mes amis italiens», dit-il. Au programme: cappuccino latte, antipasto et pâtes. «Je pourrais vivre en ne mangeant que des pâtes», lance-t-il à la blague.

Un écureuil grimpe dans un arbre, près des grandes serres du Jardin botanique qui font la joie des visiteurs été comme hiver, avec ses cactus, ses expositions à thèmes et ses concerts classiques, le dimanche. L'heure passe et l'ancien maire amorce son retour à la maison le long de la rue Sherbrooke. Un au revoir et une dernière parole: «Mon arrondissement, je l'aime. J'y suis bien. Comme je suis d'ailleurs bien dans toute la nouvelle Ville de Montréal.» Visiblement, même à vélo, aux petites heures de la journée, en short et en t-shirt, un politicien reste un politicien.

Rosemont en quelques lignes

-Limites: à l'est du centre-ville de Montréal, l'arrondissement Rosemont-Petite-Patrie court au nord jusqu'à la rue Bélanger (ancienne limite de Saint-Léonard) et jusqu'à la rue Sherbrooke au Sud. Il s'étend également de la rue Lacordaire, à l'est, jusqu'à la limite d'Outremont à l'ouest, tout en suivant la frontière artificielle créée par les lignes de chemin de fer du Canadien Pacific. L'arrondissement comprend entre autres le Jardin botanique, les anciennes usines Angus, le cinéma Beaubien et le marché Jean Talon.

-Population: en 1996, le territoire comptait 129 417 habitants. Ce qui en fait le troisième arrondissement en importance dans la nouvelle Ville de Montréal. La proportion des personnes âgées de 65 ans ou plus y est de 3 % plus élevée que dans le reste de la ville. Le taux de chômage y est également plus important qu'à l'échelle municipale: 15,3 % contre 13,2 % pour l'ensemble de la ville.

Rosemont-Petite-Patrie est aussi une belle mosaïque culturelle avec sa population dont 18 % des membres sont issus de l'immigration. Leur origine? L'Amérique latine, les Caraïbes, les Bermudes, Haïti, l'Italie et le Portugal. Vieillissant, l'arrondissement connaît sous l'influence du «Plateau» un regain de jeunesse. 19 % de la population est en effet âgé de 25 à 34 ans, comparativement à 17 % pour la Ville de Montréal. Le français est parlé par 76 % des résidants et l'anglais par 4 %. Autre langue non officielle, qu'il est possible d'entendre dans ce coin de la métropole: l'espagnol, partagé par 4 % de la population.

-Tourisme et culture: l'attrait majeur de l'arrondissement demeure sans aucun doute le Jardin botanique qui draine en son coeur les habitants du coin, du reste de la ville, mais aussi du monde entier. Et ce, été comme hiver. Auquel il est important d'ajouter l'Insectarium et la parc Maisonneuve. En 2001, 1,3 million de personnes y ont afflué.

Autre lieu. Autre attraction: le cinéma Le Beaubien, situé près du parc Molson avec sa programmation francophone de répertoire apte à répondre au besoin des nouveaux résidants, comme des anciens. Le marché Jean-Talon, avec sa centaine de producteurs de fruits et de légumes, ses boucheries, ses boulangeries et ses produits du terroir exerce également dans l'arrondissement un fort pouvoir d'attraction. Surtout les samedis ou dimanches matin où les adeptes du bien manger viennent y glaner les fruits de nos campagnes.
 
 
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