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La ville globale

«La ville de Montréal est en bonne position pour devenir une nouvelle plaque tournante mondiale du design avec l'établissement prochain du siège social d'une nouvelle organisation internationale prestigieuse dans le domaine, l'International Design Alliance (IDA). "Cela vient confirmer le statut de Montréal comme ville de création et d'innovation, ouverte sur le monde", a souligné en conférence de presse hier le maire Gérald Tremblay. "Depuis 18 ans, on travaille à ce que le design fasse partie intégrante du développement économique pour que Montréal devienne une grande métropole internationale."»

Cela se passait le 12 août dernier. Et le texte qui précède se retrouvait dans Le Devoir du lendemain, faisant la preuve qu'à la suite d'une longue lutte, la ville de Montréal s'était vu accorder la préférence, devant Bruxelles, Turin, Nagoya, Copenhague et Hong Kong, en tant que lieu d'établissement du siège social d'une nouvelle association internationale, née de la fusion de deux organismes existants: le Conseil international des sociétés de design industriel (ICSID) et le Conseil international des associations de design graphique (Icograda).

En cours

Depuis ce temps, la directrice de l'Institut de design Montréal a été élue à la présidence de l'IDA, et un autre organisme voué au design fait son apparition: le Conseil interprofessionnel du design est en effet né à la suite d'une entente préalable qui lie, par la volonté de leurs représentants, tant les architectes (qu'ils oeuvrent dans l'immobilier ou la conception des divers paysages) que les urbanistes et les designers eux-mêmes (d'intérieur ou graphiques). Et tout cela, dans la foulée d'un rapport, le rapport Picard, qui reconnaissait en 1985 le design comme étant l'un des sept axes capables d'imposer Montréal à titre de grande ville à l'échelle internationale. La preuve matérielle de la mise en place d'une telle stratégie consisterait en l'érection d'une Maison du design.

Cette réalisation s'ajouterait ainsi à la liste actuelle des projets conçus pour la métropole québécoise, dont deux émergent surtout. Car un hôpital universitaire devra être construit: il reste à savoir lequel — ou lesquels — dans un lieu à être choisi. Et une nouvelle salle pour l'Orchestre symphonique s'impose: il reste là aussi à savoir si elle naîtra du réaménagement d'un lieu existant ou nécessitera une nouvelle construction. Pour le design, un simple lieu suffirait.

À faire

Toutefois, dans l'esprit des promoteurs du design, des projets ponctuels ne suffisent pas; ils prêchent pour obtenir davantage: une transformation des attitudes. Dans leur esprit, une ville doit être pensée comme un tout, et ses parties par la suite s'intègrent. Et de la même façon que tout projet est soumis à des réglementations strictes en ce qui touche, entre autres, la sécurité et la circulation, il doit aussi être régi par des règles qui incluent la qualité et la durée, des normes que le design a fait siennes.

On donne alors pour preuve une réalisation exemplaire: celle du réaménagement de la zone urbaine sise entre le Palais des congrès et le Square Victoria «Le Quartier international, informe Clément Demers, directeur de ce projet, c'est un peu l'intégration de plusieurs disciplines dans le domaine du design puisqu'on parle d'architecture, d'urbanisme, de design urbain, graphique et industriel, et d'architecture du paysage. Tous les aspects du design sont traités ici avec un souci de qualité. Les 17 prix qui nous ont été remis s'appliquaient à 12 domaines différents, dont au moins la moitié relèvent du design proprement dit.»

Un débat a donc cours. Que Montréal se félicite de ses succès, et que participent de con-cert les autres acteurs des divers ordres gouvernementaux, cela va de soi. Mais il faudrait plus. On parle en fait d'une stratégie globale, où le design cesserait d'être vu comme un recours (permettant d'«embellir» toute chose) pour être considéré plutôt pour ce qu'il est: une discipline qui a pour mission de façonner sur un mode durable tout objet, toute construction, quand forme et fonction cohabitent.

Et pour qui s'objecterait à une telle entreprise en prétextant les possibles coûts additionnels qu'imposerait cette façon de procéder, les retombées engendrées par la mise en place du Quartier international, bien réelles aujourd'hui, sont là pour le confondre.
 
 
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