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Architecture paysagiste - L'aspiration verte

À propos d'« un recyclage des espaces »

L'architecture du paysage s'intéresse à l'organisation des espaces extérieurs. Il en élabore le design et l'esthétique. Un travail minutieux qui dépasse largement l'unique cadre de l'aménagement paysager et qu'on retrouve aussi bien dans de grands parcs, comme celui du mont Tremblant, qu'à l'intérieur des parcs municipaux, boulevards et trottoirs, ainsi que dans des lieux publics dégarnis de toute verdure. Le président de l'Association des architectes paysagistes du Québec (AAPQ), Serge Poitras, et la place que prend Montréal dans ce secteur d'activité.

Montréal, ville d'architecture du paysage? Le président de l'AAPQ, Serge Poitras, préfère parler d'une métropole de potentialités: «Beaucoup reste à faire, mais c'est une ville assez ouverte. Montréal a une préoccupation certaine de par sa complexité physiographique. On doit entre autres compter avec le mont Royal et le fleuve. Je dirais que ce n'est peut-être pas tout à fait mature, mais il y a vraiment un intérêt. Ça, c'est clair.»

D'ailleurs, le nombre de professions qui s'intéressent à ce secteur d'activité ne cesse de croître. L'interdisciplinarité qui s'y développe serait une preuve de la place que se taille actuellement le design du paysage à l'intérieur de la ville. Comme le rappelle M. Poitras, «on ne peut plus travailler isolément. Il y a depuis quelques années — même si on en parle depuis près de 30 ans — une tendance à l'interdisciplinarité et au regroupement des forces du design». Les projets demandent désormais davantage de collaboration entre divers champs de spécialisation.

Il avoue, par ailleurs, que l'interdisciplinarité est plus une aspiration qu'un état de fait. «Car ce n'est pas si simple que ça. Je vous dirais que tout le monde a tendance, malgré tout, à vouloir jouer dans sa cour. On se rend rapidement compte qu'on ne se connaît pas beaucoup», explique-t-il. Néanmoins, il ajoute que cette situation devrait changer d'ici quelques années car la nécessité s'en fait sentir.

Il soutient également que la culture du design du paysage au Québec est en train de se construire d'excellentes bases avec la création d'événements qui exposent le savoir-faire québécois et qui se font les hôtes d'architectes étrangers. Serge Poitras pense particulièrement au Festival international des Jardins de Métis. «C'est exploratoire et éphémère, en tant que geste d'aménagement, mais ça explore de nouveaux champs et ça regroupe des gens et des spécialistes de partout dans le monde qui viennent pour y participer.» Cet événement, dont la première édition a eu lieu en 2000, se veut un forum et une vitrine de l'innovation et de l'avant-garde dans l'art du jardin.

Par ailleurs, le président de l'AAPQ note l'importance, dans une certaine mesure, du multiculturalisme montréalais et québécois en tant que moteur créatif. «Ici, les influences sont multiples. Elles peuvent aussi bien venir d'Europe — de la France par exemple — que de grandes métropoles d'Amérique du Nord. Il y a, à Montréal en particulier, un mélange intéressant qui se côtoie», note-t-il.

La tendance est au vert

Les préoccupations environnementales trouveraient désormais écho dans le secteur du design du paysage. «C'est toujours difficile d'envisager les prochaines tendances. Malgré tout, on peut avancer que les principales tendances qui se dessinent pour les prochaines années sont reliées à l'environnement, au recyclage et au domaine communautaire», avance le président. Les yeux, note-t-il, sont tournés vers «l'aspiration verte».

Les considérations environnementales se marient déjà de diverses façons aux plans qu'élaborent les architectes. Le président cite en exemple la création de «toits verts» qui ont pour but de récupérer l'eau qui y tombe et ont, depuis peu, un impact sur la façon de construire et d'aménager les espaces. «J'exagère peut-être, mais cela pourrait pousser davantage la construction d'espaces verts en hauteur.» Un autre exemple: l'utilisation de dispositifs lumineux mieux disposés et orientés vers le sol qui auraient pour objectif d'économiser l'énergie.

Par recyclage, l'architecte n'entend pas seulement celui des matériaux, mais également «un recyclage des espaces». Il s'agit donc de rentabiliser au maximum les endroits libres et inutilisés en leur donnant une fonction quelconque. «Les architectes doivent maintenant se préoccuper de ces choses-là parce que, sinon, leurs projets pourraient être refusés», indique-t-il.

Malgré tout, certains puristes devraient continuer à faire fi des courants et des modes et «traiter le design comme un geste hors de son site, hors contexte». C'est alors qu'une question cruciale refait surface: le design doit-il s'adapter aux besoins de la population ou joue-t-il un rôle d'avant-garde? Le président de l'AAPQ soutient qu'il «doit provoquer le changement. Je crois beaucoup à cela. Mais en même temps, il doit être ancré dans une certaine réalité. Le design doit être intégré, sinon il ne sera pas durable».

Une maturité à venir

On le remarque, l'architecture du paysage s'est développée à Montréal au cours des récentes décennies. Comme le mentionne Serge Poitras, ce type d'architecture existe dans la métropole depuis plus de 40 ans. Il s'agit d'ailleurs, cette année, du 40e anniversaire de l'AAPQ. Fondée en 1965, cette constituante provinciale de l'Association des architectes paysagistes du Canada (AAPC) et de la Fédération internationale des architectes paysagistes regroupe aujourd'hui près de 350 membres de la profession.

L'unique institution d'enseignement de la province, l'École d'architecture du paysage de l'université de Montréal, a également permis l'élaboration et le maintien de la qualité de ce secteur d'activité en assurant la formation de spécialistes. «L'École a certainement un rôle important dans l'architecture du paysage tel qu'on le connaît aujourd'hui», concède M. Poitras.

Néanmoins, de nombreux projets en architecture du paysage ont été réalisés bien avant les années 1960. C'est le cas de l'aménagement du mont Royal par Frederick Law Olmsted. Celui qu'on considère comme le pionnier nord-américain de l'architecture du paysage a signé seul, dans les années 1870, cette réalisation hors du commun. Notons qu'il avait, quelques années plus tôt, acquis une expérience considérable en assurant rien de moins que l'aménagement de Central Park à New York.
 
 
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