Designer industriel - Au-delà de l'esthétisme
« Aboutir au meilleur rapport qualité-prix »
«La plupart des gens pensent que le travail d'un designer industriel porte essentiellement sur l'aspect esthétique des objets, mais c'est beaucoup plus que cela. Nous tenons compte avant tout de l'utilisation d'un produit, c'est-à-dire de la façon dont il sera utilisé, de sa durabilité, de sa facilité d'entretien et plus encore.»
Mario Primeau représente une profession méconnue. Président de l'Association des designers du Québec, il dirige une compagnie spécialisée dans l'utilisation des matières plastiques. Une compagnie comme la sienne analyse les besoins spécifiques de chaque client pour ensuite proposer des solutions innovatrices et originales. «Nos clients sont par exemple un distributeur qui décide de fabriquer un nouveau produit. Ce peut aussi être un manufacturier qui désire améliorer un produit existant. On nous confie donc le mandat de développer ce produit.»
M. Primeau explique qu'en sa qualité de designer industriel, il doit tenir compte de toutes les contraintes techniques touchant la fabrication d'un objet, notamment les procédés de fabrication, le prix, le marché visé et le besoin du consommateur. «En tant que professionnel, précise-t-il, on met le besoin du consommateur au premier plan.»
L'art du compromis industriel
Par définition, le design est la discipline qui vise la création d'objets, d'environnements, d'oeuvres graphiques, etc., à la fois fonctionnels, esthétiques et conformes aux impératifs d'une production industrielle. D'origine anglaise, le mot «design» reflète à la fois les concepts du «dessein» de l'objet (sa fonctionnalité) et celui du dessin, donc le processus de conception. Il s'agit de la conjonction d'une idée esthétique du créateur, d'une réalité industrielle, d'un réseau de distribution et des goûts d'une clientèle.
«Le design industriel, c'est un compromis industriel!», lance Mario Primeau. Il faut toujours faire des compromis. Vous savez, on pourrait facilement concevoir une poubelle idéale qui coûterait 150 $! Mais dans la pratique, il faut tenir compte du budget, des coûts de fabrication, du type de matériaux disponibles, etc. On cherche alors à obtenir le plus bas coût de fabrication possible et le plus d'efficacité possible. Il faut aussi considérer la façon dont l'objet sera emballé et présenté au consommateur... Notre défi consiste à aboutir au meilleur rapport qualité-prix.»
Pour illustrer les différences entre sa profession et celle de l'ingénieur qui conçoit lui aussi des produits, M. Primeau explique qu'un designer industriel prend davantage en compte l'utilisateur. «On trouve par exemple sur le marché de la machinerie industrielle [conçue par des ingénieurs] sur laquelle les commandes ne sont pas bien placées ou qui ne possède pas un tableau de bord adéquat. Pour sa part, un designer industriel se préoccupera de l'ergonomie. Remarquez que, bien souvent, on travaille en équipe avec les ingénieurs.»
«Tout ce que vous voyez autour de vous — des petits peignes jusqu'aux automobiles en passant par les électroménagers comme la machine à café —, tout cela, c'est le travail d'un designer industriel!», dit-il fièrement.
Une automobile offre incidemment un bel exemple de la complémentarité entre le travail des ingénieurs et celui des designers industriels. Ainsi, les premiers s'occupent davantage de concevoir les pièces plus techniques du véhicule (moteur, suspension et autres systèmes) alors que les seconds voient plutôt à la conception des sièges, du tableau de bord, etc.
De l'invention à la mise en marché
M. Primeau relate qu'il arrive parfois qu'un client demande à un designer d'imaginer et de concevoir un tout nouveau produit. C'est ainsi que, il y a quelques années, les Promotions Atlantique lui ont demandé de créer un nouvel outil de dépannage, une sorte de pelle pour automobiliste mal pris.
«On a donc fait un brainstorming et des recherches, raconte-t-il, et on a fini par conclure que, lorsqu'on a besoin d'utiliser une pelle entreposée dans la valise de sa voiture, c'est que, la plupart du temps, on se trouve en situation d'urgence. On est alors souvent aux prises avec de la neige, de la glace, on est en panne sur le bord de la route...»
Ses collègues et lui ont par conséquent conçu une pelle nouveau genre qui combine tout ce dont on peut avoir besoin en cas d'urgence sur le bord d'une route. Cet outil — la pelle multifonctions Oskar — peut en effet servir de chenille de traction et de pic à glace. Elle peut aussi se plier en deux et devenir un trépied avec réflecteurs fluorescents pour signaler une panne. Finalement, la pelle Oskar a été conçue de façon plus ergonomique afin de faciliter le soulèvement de la neige.
Par ailleurs, il arrive assez fréquemment qu'une entreprise de design industriel soit approchée par des inventeurs qui considèrent avoir conçu un produit prometteur. Dans ce cas, le designer est en mesure de faire gagner beaucoup de temps à l'inventeur en lui indiquant si, d'après son expérience, le besoin existe pour son invention, et si un distributeur pourrait être intéressé à le mettre en marché.
«On voit souvent des inventeurs nous arriver en disant qu'ils ont l'idée du siècle, raconte M. Primeau. Mais bien souvent il n'existerait qu'un tout petit créneau, ce qui n'est pas viable pour un marché comme celui du Québec. En fait, pour qu'un produit soit rentable ici, il faut qu'il intéresse beaucoup de consommateurs.»
Or, grâce à son expertise en design industriel, M. Primeau connaît très bien le domaine de la distribution et de la mise en marché. «Nous savons aussi ce que veulent et ne veulent pas les acheteurs», dit-il. Il estime même que nombreux sont les produits qui mériteraient d'être vendus mais ne le sont pas parce que «l'acheteur n'aime pas la couleur, ou [que] ce ne serait pas payant pour lui de le mettre sur ses tablettes...»
Les inventeurs ont donc intérêt à consulter un designer industriel avant de tenter de vendre leur produit à un manufacturier. Dans un premier temps, ce spécialiste estimera le coût du développement et de la mise en marché de la nouvelle invention. «Il m'est arrivé de devoir dire à un inventeur que son produit coûterait 500 000 $ à mettre en marché et qu'il y aurait peu de chances que l'opération soit rentable... Je leur ai peut-être fait économiser leur maison!»
Et si le produit semble prometteur, le designer industriel pourra alors aider à le présenter de manière à ce qu'il soit le plus attrayant possible aux yeux d'un distributeur et d'un éventuel
fabricant.
Mario Primeau représente une profession méconnue. Président de l'Association des designers du Québec, il dirige une compagnie spécialisée dans l'utilisation des matières plastiques. Une compagnie comme la sienne analyse les besoins spécifiques de chaque client pour ensuite proposer des solutions innovatrices et originales. «Nos clients sont par exemple un distributeur qui décide de fabriquer un nouveau produit. Ce peut aussi être un manufacturier qui désire améliorer un produit existant. On nous confie donc le mandat de développer ce produit.»
M. Primeau explique qu'en sa qualité de designer industriel, il doit tenir compte de toutes les contraintes techniques touchant la fabrication d'un objet, notamment les procédés de fabrication, le prix, le marché visé et le besoin du consommateur. «En tant que professionnel, précise-t-il, on met le besoin du consommateur au premier plan.»
L'art du compromis industriel
Par définition, le design est la discipline qui vise la création d'objets, d'environnements, d'oeuvres graphiques, etc., à la fois fonctionnels, esthétiques et conformes aux impératifs d'une production industrielle. D'origine anglaise, le mot «design» reflète à la fois les concepts du «dessein» de l'objet (sa fonctionnalité) et celui du dessin, donc le processus de conception. Il s'agit de la conjonction d'une idée esthétique du créateur, d'une réalité industrielle, d'un réseau de distribution et des goûts d'une clientèle.
«Le design industriel, c'est un compromis industriel!», lance Mario Primeau. Il faut toujours faire des compromis. Vous savez, on pourrait facilement concevoir une poubelle idéale qui coûterait 150 $! Mais dans la pratique, il faut tenir compte du budget, des coûts de fabrication, du type de matériaux disponibles, etc. On cherche alors à obtenir le plus bas coût de fabrication possible et le plus d'efficacité possible. Il faut aussi considérer la façon dont l'objet sera emballé et présenté au consommateur... Notre défi consiste à aboutir au meilleur rapport qualité-prix.»
Pour illustrer les différences entre sa profession et celle de l'ingénieur qui conçoit lui aussi des produits, M. Primeau explique qu'un designer industriel prend davantage en compte l'utilisateur. «On trouve par exemple sur le marché de la machinerie industrielle [conçue par des ingénieurs] sur laquelle les commandes ne sont pas bien placées ou qui ne possède pas un tableau de bord adéquat. Pour sa part, un designer industriel se préoccupera de l'ergonomie. Remarquez que, bien souvent, on travaille en équipe avec les ingénieurs.»
«Tout ce que vous voyez autour de vous — des petits peignes jusqu'aux automobiles en passant par les électroménagers comme la machine à café —, tout cela, c'est le travail d'un designer industriel!», dit-il fièrement.
Une automobile offre incidemment un bel exemple de la complémentarité entre le travail des ingénieurs et celui des designers industriels. Ainsi, les premiers s'occupent davantage de concevoir les pièces plus techniques du véhicule (moteur, suspension et autres systèmes) alors que les seconds voient plutôt à la conception des sièges, du tableau de bord, etc.
De l'invention à la mise en marché
M. Primeau relate qu'il arrive parfois qu'un client demande à un designer d'imaginer et de concevoir un tout nouveau produit. C'est ainsi que, il y a quelques années, les Promotions Atlantique lui ont demandé de créer un nouvel outil de dépannage, une sorte de pelle pour automobiliste mal pris.
«On a donc fait un brainstorming et des recherches, raconte-t-il, et on a fini par conclure que, lorsqu'on a besoin d'utiliser une pelle entreposée dans la valise de sa voiture, c'est que, la plupart du temps, on se trouve en situation d'urgence. On est alors souvent aux prises avec de la neige, de la glace, on est en panne sur le bord de la route...»
Ses collègues et lui ont par conséquent conçu une pelle nouveau genre qui combine tout ce dont on peut avoir besoin en cas d'urgence sur le bord d'une route. Cet outil — la pelle multifonctions Oskar — peut en effet servir de chenille de traction et de pic à glace. Elle peut aussi se plier en deux et devenir un trépied avec réflecteurs fluorescents pour signaler une panne. Finalement, la pelle Oskar a été conçue de façon plus ergonomique afin de faciliter le soulèvement de la neige.
Par ailleurs, il arrive assez fréquemment qu'une entreprise de design industriel soit approchée par des inventeurs qui considèrent avoir conçu un produit prometteur. Dans ce cas, le designer est en mesure de faire gagner beaucoup de temps à l'inventeur en lui indiquant si, d'après son expérience, le besoin existe pour son invention, et si un distributeur pourrait être intéressé à le mettre en marché.
«On voit souvent des inventeurs nous arriver en disant qu'ils ont l'idée du siècle, raconte M. Primeau. Mais bien souvent il n'existerait qu'un tout petit créneau, ce qui n'est pas viable pour un marché comme celui du Québec. En fait, pour qu'un produit soit rentable ici, il faut qu'il intéresse beaucoup de consommateurs.»
Or, grâce à son expertise en design industriel, M. Primeau connaît très bien le domaine de la distribution et de la mise en marché. «Nous savons aussi ce que veulent et ne veulent pas les acheteurs», dit-il. Il estime même que nombreux sont les produits qui mériteraient d'être vendus mais ne le sont pas parce que «l'acheteur n'aime pas la couleur, ou [que] ce ne serait pas payant pour lui de le mettre sur ses tablettes...»
Les inventeurs ont donc intérêt à consulter un designer industriel avant de tenter de vendre leur produit à un manufacturier. Dans un premier temps, ce spécialiste estimera le coût du développement et de la mise en marché de la nouvelle invention. «Il m'est arrivé de devoir dire à un inventeur que son produit coûterait 500 000 $ à mettre en marché et qu'il y aurait peu de chances que l'opération soit rentable... Je leur ai peut-être fait économiser leur maison!»
Et si le produit semble prometteur, le designer industriel pourra alors aider à le présenter de manière à ce qu'il soit le plus attrayant possible aux yeux d'un distributeur et d'un éventuel
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