Graphisme - Le temps des rapprochements
« Le design n'est pas un luxe mais une nécessité »
L'installation prochaine à Montréal du secrétariat de l'International Design Association (IDA) arrive à point nommé pour les designers graphiques québécois. Elle vient couronner les démarches déjà entreprises pour que la communauté rayonne davantage, se donne un statut et des barèmes de qualité.
C'est en 1972 qu'est née la Société des graphistes du Québec, rebaptisée depuis Société des designers graphiques du Québec (SDGQ). Sa mission est de promouvoir le design graphique et de contribuer à son avancement, tout en favorisant le développement économique et professionnel de ses membres.
Pierre Léonard, président de la SDGQ, esquisse le portrait de la profession. «Il y a, explique-t-il, 15 000 designers graphiques au Québec. C'est un ratio plus élevé que dans plusieurs pays. Nous ne sommes plus confinés à l'imprimerie comme autrefois et d'ailleurs, ce n'est pas parce que tu fais de la mise en page que tu es un designer graphique. Aujourd'hui, une grande proportion des designers travaillent sur le Web, les jeux vidéo et l'animation à la télé. Ils doivent comprendre et résoudre des problématiques de communication.»
Le Québec ne possède pas les traditions d'excellence des Britanniques, des Hollandais, des Suisses ou encore des Américains, Mais selon M. Léonard, il y a chez nous de très bons designers. Au fameux concours Graphex en Colombie-Britannique, il y a deux ans, les designers montréalais ont raflé les prix les plus prestigieux. «On s'assume, on a confiance [...]. Il y a une certaine signature qui se dégage du travail de nos designers, une identité qui demeure toutefois difficile à définir.»
Méconnaissance
Mais tout n'est pas rose. Le manque de balises de la profession et l'incompréhension de son objet par la clientèle occasionnent des difficultés aux designers québécois. Au Québec, tout un chacun peut s'autoproclamer designer graphique puisqu'il n'y a ni ordre professionnel ni examen à la sortie des écoles, lesquelles offrent des formations de qualité variable. Le grand nombre de designers fait baisser les tarifs. Les designers graphiques gagnent en général moins de 35 000 $ par année, ce qui est peu pour des professionnels.
La méconnaissance de l'importance du design contribue aussi à cette situation financière peu reluisante. «On parle beaucoup des grands succès, affirme M. Léonard, mais il n'y en a pas assez. Les clients n'utilisent pas pleinement les ressources du design. Il faut faire comprendre que ce n'est pas un luxe, mais une nécessité. À Londres, le Design Council publiait en février dernier une étude sur l'impact du design sur le rendement des entreprises cotées en Bourse de 1994 à 2003. Celles qui se signalaient en design surpassaient leurs concurrentes en termes de résultats boursiers, et ce, de façon très significative, (jusqu'à +200 %). Cela n'est pas intégré à notre discours au Québec. Il y a un travail de représentation à faire auprès des petites et grandes entreprises; il faut leur démontrer que le design est un outil clé de la performance et qu'elles doivent en tenir compte dans leurs stratégies d'affaires. Pour ça, la communauté des designers doit se prendre en main et faire du lobbying.»
Le président de la SDGQ souhaite aussi que soient établis un standard de qualité et un statut pour le designer graphique, comme en Ontario. Il faut s'assurer que les gens portant le titre de designers puissent garantir un minimum de qualité.
Vers l'interdisciplinarité
Selon M. Léonard, l'International Design Association a choisi Montréal de préférence à d'autres villes d'Asie et d'Europe parce qu'elle constitue un terreau fertile pour la créativité, une plaque tournante aux confins des courants américains et européens. «La présence de l'IDA va faciliter les échanges internationaux, ouvrir le marché québécois aux autres pays et vice-versa. L'IDA et la SDGQ ont déjà amorcé des projets communs, qui restent à développer.»
La venue de l'IDA a servi d'élément déclencheur à la création d'un conseil interprofessionnel regroupant designers graphiques, industriels et d'intérieur, architectes, architectes paysagistes et urbanistes. «Ça a provoqué plusieurs rencontres entre les présidents des associations respectives. Nous avons convenu que nous avions beaucoup à partager. Nous vivons des situations différentes, mais qui ont des dynamiques similaires; il faut mettre en commun les ressources et les expériences. La tendance internationale est à l'interdisciplinarité. Les Britanniques, par exemple, ont vraiment opéré la convergence entre les disciplines. Le Québec doit s'engager dans cette voie et c'est le but du conseil interprofessionnel.»
Un avenir prometteur
Le conseil interprofessionnel en est encore à la phase embryonnaire, à l'élaboration de sa structure. Jusqu'ici, ses membres ont procédé à des échanges d'informations et de dossiers, développé des idées de services aux membres — des assurances par exemple, puisque nombre de designers sont travailleurs autonomes et vivent de manière précaire. Autre mesure envisagée: en concertation avec les diverses écoles et le ministère de l'Éducation, un examen dans chacune des disciplines du design. D'ici mai, le mois du design, un plan stratégique et des actions devraient être annoncés. Il est question de la création d'une Maison du design.
Déjà en 2004, appliquant sa politique d'ouverture, la SDGQ avait conclu une alliance stratégique avec son homologue canadien, la GDC, portant sur l'échange d'informations et la promotion des intérêts de la profession. Depuis plusieurs années, la SGDQ a aussi tissé des liens avec l'Institut de design Montréal, étant notamment responsable du jury lors des concours Grafika et des prix de l'IDM dans la catégorie du design graphique. Fin février, la SDGQ mettra en ligne un forum, «un espace de partage et de débats». Tous ces gens travaillant chacun de leur côté, il est urgent de créer une communauté.
«Les temps, épilogue M. Léonard, sont propices au développement, à l'ouverture et à la concertation. Le momentum est là, il faut capitaliser dessus. La pire chose à faire est de chipoter sur ce qui nous divise. Nous avons encore beaucoup de croûtes à manger, mais nous sommes sur la bonne voie.»
C'est en 1972 qu'est née la Société des graphistes du Québec, rebaptisée depuis Société des designers graphiques du Québec (SDGQ). Sa mission est de promouvoir le design graphique et de contribuer à son avancement, tout en favorisant le développement économique et professionnel de ses membres.
Pierre Léonard, président de la SDGQ, esquisse le portrait de la profession. «Il y a, explique-t-il, 15 000 designers graphiques au Québec. C'est un ratio plus élevé que dans plusieurs pays. Nous ne sommes plus confinés à l'imprimerie comme autrefois et d'ailleurs, ce n'est pas parce que tu fais de la mise en page que tu es un designer graphique. Aujourd'hui, une grande proportion des designers travaillent sur le Web, les jeux vidéo et l'animation à la télé. Ils doivent comprendre et résoudre des problématiques de communication.»
Le Québec ne possède pas les traditions d'excellence des Britanniques, des Hollandais, des Suisses ou encore des Américains, Mais selon M. Léonard, il y a chez nous de très bons designers. Au fameux concours Graphex en Colombie-Britannique, il y a deux ans, les designers montréalais ont raflé les prix les plus prestigieux. «On s'assume, on a confiance [...]. Il y a une certaine signature qui se dégage du travail de nos designers, une identité qui demeure toutefois difficile à définir.»
Méconnaissance
Mais tout n'est pas rose. Le manque de balises de la profession et l'incompréhension de son objet par la clientèle occasionnent des difficultés aux designers québécois. Au Québec, tout un chacun peut s'autoproclamer designer graphique puisqu'il n'y a ni ordre professionnel ni examen à la sortie des écoles, lesquelles offrent des formations de qualité variable. Le grand nombre de designers fait baisser les tarifs. Les designers graphiques gagnent en général moins de 35 000 $ par année, ce qui est peu pour des professionnels.
La méconnaissance de l'importance du design contribue aussi à cette situation financière peu reluisante. «On parle beaucoup des grands succès, affirme M. Léonard, mais il n'y en a pas assez. Les clients n'utilisent pas pleinement les ressources du design. Il faut faire comprendre que ce n'est pas un luxe, mais une nécessité. À Londres, le Design Council publiait en février dernier une étude sur l'impact du design sur le rendement des entreprises cotées en Bourse de 1994 à 2003. Celles qui se signalaient en design surpassaient leurs concurrentes en termes de résultats boursiers, et ce, de façon très significative, (jusqu'à +200 %). Cela n'est pas intégré à notre discours au Québec. Il y a un travail de représentation à faire auprès des petites et grandes entreprises; il faut leur démontrer que le design est un outil clé de la performance et qu'elles doivent en tenir compte dans leurs stratégies d'affaires. Pour ça, la communauté des designers doit se prendre en main et faire du lobbying.»
Le président de la SDGQ souhaite aussi que soient établis un standard de qualité et un statut pour le designer graphique, comme en Ontario. Il faut s'assurer que les gens portant le titre de designers puissent garantir un minimum de qualité.
Vers l'interdisciplinarité
Selon M. Léonard, l'International Design Association a choisi Montréal de préférence à d'autres villes d'Asie et d'Europe parce qu'elle constitue un terreau fertile pour la créativité, une plaque tournante aux confins des courants américains et européens. «La présence de l'IDA va faciliter les échanges internationaux, ouvrir le marché québécois aux autres pays et vice-versa. L'IDA et la SDGQ ont déjà amorcé des projets communs, qui restent à développer.»
La venue de l'IDA a servi d'élément déclencheur à la création d'un conseil interprofessionnel regroupant designers graphiques, industriels et d'intérieur, architectes, architectes paysagistes et urbanistes. «Ça a provoqué plusieurs rencontres entre les présidents des associations respectives. Nous avons convenu que nous avions beaucoup à partager. Nous vivons des situations différentes, mais qui ont des dynamiques similaires; il faut mettre en commun les ressources et les expériences. La tendance internationale est à l'interdisciplinarité. Les Britanniques, par exemple, ont vraiment opéré la convergence entre les disciplines. Le Québec doit s'engager dans cette voie et c'est le but du conseil interprofessionnel.»
Un avenir prometteur
Le conseil interprofessionnel en est encore à la phase embryonnaire, à l'élaboration de sa structure. Jusqu'ici, ses membres ont procédé à des échanges d'informations et de dossiers, développé des idées de services aux membres — des assurances par exemple, puisque nombre de designers sont travailleurs autonomes et vivent de manière précaire. Autre mesure envisagée: en concertation avec les diverses écoles et le ministère de l'Éducation, un examen dans chacune des disciplines du design. D'ici mai, le mois du design, un plan stratégique et des actions devraient être annoncés. Il est question de la création d'une Maison du design.
Déjà en 2004, appliquant sa politique d'ouverture, la SDGQ avait conclu une alliance stratégique avec son homologue canadien, la GDC, portant sur l'échange d'informations et la promotion des intérêts de la profession. Depuis plusieurs années, la SGDQ a aussi tissé des liens avec l'Institut de design Montréal, étant notamment responsable du jury lors des concours Grafika et des prix de l'IDM dans la catégorie du design graphique. Fin février, la SDGQ mettra en ligne un forum, «un espace de partage et de débats». Tous ces gens travaillant chacun de leur côté, il est urgent de créer une communauté.
«Les temps, épilogue M. Léonard, sont propices au développement, à l'ouverture et à la concertation. Le momentum est là, il faut capitaliser dessus. La pire chose à faire est de chipoter sur ce qui nous divise. Nous avons encore beaucoup de croûtes à manger, mais nous sommes sur la bonne voie.»
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