Le Villeray de Jasmine Dubé - La célébration de la différence
Photo : Jacques Nadeau
jacques nadeau le devoir
Pour Jasmine Dubé, «la vie d’un quartier, ce sont les gens». Et dans Villeray, elle se sent particulièrement gâtée.
Jadis villes ou quartiers, ce sont aujourd'hui les arrondissements d'une cité plus vaste mais qui a toujours pour nom Montréal. Ces entités conservent bien sûr leur histoire et leurs charmes propres. Des journalistes du Devoir sont allés revisiter cette île devenue ville unique, au hasard de promenades en compagnie de personnalités qui l'habitent. Aujourd'hui, Jasmine Dubé nous parle de l'arrondissement Villeray.
Dans la liste des endroits où Jasmine Dubé voulait absolument m'emmener, l'un figurait en priorité. Non, ce n'était pas l'immense parc Jarry, ni le marché Jean-Talon qui marque la frontière entre le quartier Villeray et celui de la Petite Patrie, ni l'une des grandes églises du territoire. Plutôt une toute petite boutique qui se spécialise dans la vente de... confitures!
Le ton était donné: on verrait Villeray dans les détails qui donnent à la vie sa rondeur, sa saveur, sa gourmandise. À l'image des pièces de théâtre (Petit Monstre, La Bonne Femme, Le Pingouin...) et des romans pour enfants qui ont fait la réputation de Jasmine Dubé et lui ont valu de nombreuses récompenses: des Masques, ou le prix Arthur-Buies pour l'ensemble de son oeuvre. Le Villeray de Jasmine Dubé, ce sera celui des familles, des ruelles, des enclos cachés, des boutiques inattendues.
C'est surtout celui qui ne se visite pas: les grandes jases entre voisins, appuyés sur la clôture; les tomates qu'on échange l'été; la voiture embourbée dans la neige qu'on pousse en gang l'hiver. Et la fille d'à côté qu'on voit grandir, se marier, avoir un bébé. Jasmine Dubé n'en démord pas: «La vie d'un quartier, ce sont les gens.»
Il a d'ailleurs fallu qu'un de ses locataires décède pour qu'elle se décide, en 1997, à vendre sa maison de la Petite Patrie et s'établir dans Villeray, où elle travaillait déjà. «Ce couple de personnes âgées, c'était l'âme de notre maison», justifie-t-elle. Le monsieur décédé, ce n'était plus pareil.
Rien d'étonnant, donc, à ce que, pour elle, Villeray ce soit d'abord son voisin chinois, et cet autre, italien, et la famille portugaise plus loin, et la musique arabe qui joue en arrière-fond, dans la ruelle. Ou son quincaillier de la rue Villeray qui, heureux de sa clientèle, lui offrira une bouteille de vin à Noël.
Ou encore les petites anecdotes qui ne feront jamais la nouvelle. Celle, par exemple, des arbres à l'ombre de la majestueuse église Notre-Dame-du-Rosaire, qui ont bien failli disparaître.
«Il y a trois ou quatre ans, raconte Jasmine Dubé, la Ville a décidé de refaire les trottoirs pour donner aux automobilistes une priorité de tourner à gauche. Une employée du coin — Ginette Lefebvre, qui est aujourd'hui peintre — a vu que trois arbres étaient marqués pour être coupés. C'était des chicots du Canada, qu'on trouve dans le sud de l'Ontario mais qui sont très rares à Montréal.
«Quand elle était petite fille, sa grand-mère habitait le quartier et elle les avait toujours vus. Elle trouvait ça totalement injuste de perdre ses arbres. Elle a donc téléphoné à Greenpeace, qui n'a rien voulu savoir! Alors elle s'est arrangée elle-même avec la Ville de Montréal. Ç'a été toute une bataille, mais ils ont finalement déplacé les arbres avec une grue! Sauver trois arbres, je trouve ça beau...»
Ces petites histoires du quartier, elle avait appris à les apprécier avant même d'y habiter. C'est qu'en 1992, le Théâtre Bouches Décousues, dont elle est cofondatrice et directrice artistique, s'installait dans l'édifice Jean-Marie Gauvreau, au 911 Jean-Talon Est. Le vieil immeuble de briques rouges, imposant, est la matrice culturelle de l'arrondissement. Bon nombre de compagnies théâtrales y logent, tout comme des organismes culturels, des céramistes, des artistes qui travaillent le cuir...
Le travail ouvrira à l'auteure et comédienne, d'origine gaspésienne, plein de portes du coin. Celles des écoles notamment. Pour préparer ses spectacles, le Théâtre Bouches décousues rencontre en effet des écoliers de Villeray, de Parc-Extension, de Saint-Michel, les trois quartiers qui forment l'arrondissement.
«On joue partout au Québec, au Canada, et on commence à faire des tournées internationales. Mais la recherche, le travail de création, j'aime bien les faire dans le quartier. On veut courir le monde, mais le monde est ici! Il y a, dans les écoles du coin, je ne sais combien d'ethnies. C'est tellement riche! Et les enfants sont si curieux de découvrir la culture québécoise.»
Contact avec d'autres cultures
Quand elle installera sa famille dans le quartier — ce qui était inéluctable puisque, comme elle le dit si bien, «c'est quand même agréable d'aller travailler à pied» —, ce sera l'un des aspects qu'elle appréciera le plus: que ses deux fils soient mis en contact avec autant de cultures.
«C'est comme l'école Marie-Favery où va mon plus jeune fils, rue Christophe-Colomb. Cette école reçoit des enfants handicapés, qui sont intégrés aux classes courantes. Les élèves vivent donc avec des enfants différents, qui ont droit à leur différence. Je trouve ça extraordinaire!»
Cette célébration de la différence au quotidien se reflétera tout au long de notre promenade. Jasmine Dubé fait visiter sa ruelle comme d'autres leur maison, attirant l'attention là sur le figuier, puis le poirier et l'immense saule pleureur. «Il y a beaucoup de fierté dans les jardins», constate-t-elle avec bonheur. Dans sa propre cour, la terrasse se cache sous une incroyable, et accueillante, grotte de verdure. Ce n'est, à ses yeux, ni mieux, ni moins bien que les voisins: juste différent. Et la variété est, à ses yeux, terriblement réjouissante.
Quand nous partons par les rues, c'est direction De Castelnau. Car il s'y cache de surprenantes échoppes que ceux qui s'en tiennent aux grandes artères, comme la Saint-Denis à deux pas, ne connaîtront jamais. Ainsi de Chez Donat, un minuscule atelier de cirage de chaussures dont le décor, chaises pour clients incluses, n'a pas bougé depuis plus de soixante ans.
Les confitures de Lady Marmelade sont plus à l'ouest. L'endroit a tout d'une boutique de conte de fées, et les noms des produits, faits sur place, sont tout aussi alléchants: rhubarbe à papa, pousse-l'ananas, l'affaire est ketchup, j'aime ta fraise, carottes folles... «De la poésie! Je trouve ça inspirant», dit Jasmine Dubé dans un large sourire.
Coin Châteaubriand, nous nous arrêtons dans un endroit qui a l'air d'une jolie cour privée, mais qui est en fait le parc Azellus-Denis. «L'hiver, on ne voit que les structures d'acier, mais l'été tout est vert. C'est vraiment une oasis où l'on peut prendre son lunch, lire un livre. Un tout petit coin que j'aime bien.» L'endroit est si calme qu'on a peine à croire que la rue est juste de l'autre côté de ce rideau de verdure.
Un îlot de sérénité que l'on retrouvera au Patro Le Prévost, rue Christophe-Colomb. Le lieu est incontournable. Depuis 1909, Le Patro est au coeur de la vie communautaire du coin. Dans l'immeuble moderne qui l'abrite de nos jours, on trouve bibliothèque, piscine, salle de spectacle; un camp de jour pour les enfants en été, de l'aide aux devoirs pendant l'année scolaire, une popote roulante et un magasin-partage pour les plus démunis, et bien d'autres activités encore.
Jasmine Dubé et sa famille fréquentent assidûment les lieux. Mais ce qu'elle veut me montrer est à côté. Le personnel de L'Écoquartier, dont les bureaux sont au Patro, a créé un jardin de curé, entre le stationnement et la rue. L'endroit est tout petit, mais ce qu'on y trouve est surprenant: il y a de tout, de la laitue comme de la lavande.
«L'idée, c'était de tout récupérer — même les bancs sont faits d'arbres abattus pendant la crise du verglas — et de faire un petit jardin de ville avec les éléments qu'il y a autour, explique Jasmine Dubé. Ce jardin, je l'ai vu naître en 1998 et j'en ai suivi l'évolution. Au départ, ça n'avait l'air de rien. Et maintenant, il y a même un arbre à perruques! Mais avec peu de choses, on peut tellement transformer la réalité. Et ça, ça rejoint mon travail.»
Bien sûr, quand on a l'imagination de l'artiste... «Mais tout le monde a de l'imagination!, proteste-t-elle. Faire d'un petit local une confiserie, ou un jardin à partir de cailloux, ce n'est rien d'autre. Ça se retrouve partout dans la ville, dans nos quartiers...»
L'imagination, elle est encore dans le chatoiement des magasins de tissus de la rue Saint-Hubert, au nord de Jean-Talon. Ou dans cette vieille machine à coudre qui attire l'oeil à la devanture d'un petit commerce que nous avons croisé. Ou dans les plantes qui rendent si chaleureux le salon de barbier Stefano, rue De Castelnau. Même les cordes à linge peuvent la stimuler.
Il suffit de voir. Jasmine Dubé, elle, ne voit que ça. Elle s'en excuse presque: «Je ne vous ai amenée que dans des petits coins», dira-t-elle à la fin. Il n'y a pas de quoi: le grand parc Jarry et l'agitation de Jean-Talon ou Saint-Denis ne m'ont pas manqué du tout.
Villeray - Saint-Michel - Parc-Extension, en quelques lignes
-Limites: en gros, l'arrondissement de 15 km2 est délimité au nord par le boulevard métropolitain puis la voie ferrée du CN, à l'est par l'ancienne ville de Saint-Léonard, au sud par les rues Bélanger et Jean-Talon et à l'ouest par l'ancienne ville de Mont-Royal.
-Population: avec ses 141 600 résidants en 1996, c'est le deuxième arrondissement le plus populeux de Montréal. Plus de 10 % de la population est constituée de nouveaux arrivants et 65 % des résidants font partie de communautés culturelles, de multiples origines. Les immigrants sont toutefois inégalement répartis: la partie Villeray n'en compte que 28 % contre 40 % à Saint-Michel et 61 % dans Parc-Extension. Le français n'est donc parlé que dans la moitié des foyers de l'arrondissement.
La population est toutefois plus jeune qu'ailleurs à Montréal et vit davantage en famille. Mais le taux de scolarité y est le plus faible de l'île: 29 % de la population n'a pas atteint sa neuvième année scolaire. C'est aussi ici que le revenu moyen est le plus bas de Montréal: 28 029 $ par ménage. À Parc-Extension, on bat d'ailleurs des records de chômage: 30 %, soit le double de la moyenne montréalaise. Les gens sont massivement locataires, à 75 %.
-Économie: l'industrie manufacturière, qui regroupe 29 % des emplois de l'arrondissement, est dominée par le secteur du textile et du vêtement où l'on trouve à 80 % des entreprises de moins de dix employés. Les commerces et les services publics complètent le portrait.
-Loisirs et communauté: les organismes communautaires (notamment d'aide et de services pour les différentes communautés culturelles mais aussi pour les handicapés) sont très présents dans l'arrondissement. Le Patro Le Prévost en est l'exemple le plus connu. Le parc Jarry, le cinquième parc de Montréal, tout comme les installations du Cirque du soleil font partie du patrimoine de l'arrondissement.
Dans la liste des endroits où Jasmine Dubé voulait absolument m'emmener, l'un figurait en priorité. Non, ce n'était pas l'immense parc Jarry, ni le marché Jean-Talon qui marque la frontière entre le quartier Villeray et celui de la Petite Patrie, ni l'une des grandes églises du territoire. Plutôt une toute petite boutique qui se spécialise dans la vente de... confitures!
Le ton était donné: on verrait Villeray dans les détails qui donnent à la vie sa rondeur, sa saveur, sa gourmandise. À l'image des pièces de théâtre (Petit Monstre, La Bonne Femme, Le Pingouin...) et des romans pour enfants qui ont fait la réputation de Jasmine Dubé et lui ont valu de nombreuses récompenses: des Masques, ou le prix Arthur-Buies pour l'ensemble de son oeuvre. Le Villeray de Jasmine Dubé, ce sera celui des familles, des ruelles, des enclos cachés, des boutiques inattendues.
C'est surtout celui qui ne se visite pas: les grandes jases entre voisins, appuyés sur la clôture; les tomates qu'on échange l'été; la voiture embourbée dans la neige qu'on pousse en gang l'hiver. Et la fille d'à côté qu'on voit grandir, se marier, avoir un bébé. Jasmine Dubé n'en démord pas: «La vie d'un quartier, ce sont les gens.»
Il a d'ailleurs fallu qu'un de ses locataires décède pour qu'elle se décide, en 1997, à vendre sa maison de la Petite Patrie et s'établir dans Villeray, où elle travaillait déjà. «Ce couple de personnes âgées, c'était l'âme de notre maison», justifie-t-elle. Le monsieur décédé, ce n'était plus pareil.
Rien d'étonnant, donc, à ce que, pour elle, Villeray ce soit d'abord son voisin chinois, et cet autre, italien, et la famille portugaise plus loin, et la musique arabe qui joue en arrière-fond, dans la ruelle. Ou son quincaillier de la rue Villeray qui, heureux de sa clientèle, lui offrira une bouteille de vin à Noël.
Ou encore les petites anecdotes qui ne feront jamais la nouvelle. Celle, par exemple, des arbres à l'ombre de la majestueuse église Notre-Dame-du-Rosaire, qui ont bien failli disparaître.
«Il y a trois ou quatre ans, raconte Jasmine Dubé, la Ville a décidé de refaire les trottoirs pour donner aux automobilistes une priorité de tourner à gauche. Une employée du coin — Ginette Lefebvre, qui est aujourd'hui peintre — a vu que trois arbres étaient marqués pour être coupés. C'était des chicots du Canada, qu'on trouve dans le sud de l'Ontario mais qui sont très rares à Montréal.
«Quand elle était petite fille, sa grand-mère habitait le quartier et elle les avait toujours vus. Elle trouvait ça totalement injuste de perdre ses arbres. Elle a donc téléphoné à Greenpeace, qui n'a rien voulu savoir! Alors elle s'est arrangée elle-même avec la Ville de Montréal. Ç'a été toute une bataille, mais ils ont finalement déplacé les arbres avec une grue! Sauver trois arbres, je trouve ça beau...»
Ces petites histoires du quartier, elle avait appris à les apprécier avant même d'y habiter. C'est qu'en 1992, le Théâtre Bouches Décousues, dont elle est cofondatrice et directrice artistique, s'installait dans l'édifice Jean-Marie Gauvreau, au 911 Jean-Talon Est. Le vieil immeuble de briques rouges, imposant, est la matrice culturelle de l'arrondissement. Bon nombre de compagnies théâtrales y logent, tout comme des organismes culturels, des céramistes, des artistes qui travaillent le cuir...
Le travail ouvrira à l'auteure et comédienne, d'origine gaspésienne, plein de portes du coin. Celles des écoles notamment. Pour préparer ses spectacles, le Théâtre Bouches décousues rencontre en effet des écoliers de Villeray, de Parc-Extension, de Saint-Michel, les trois quartiers qui forment l'arrondissement.
«On joue partout au Québec, au Canada, et on commence à faire des tournées internationales. Mais la recherche, le travail de création, j'aime bien les faire dans le quartier. On veut courir le monde, mais le monde est ici! Il y a, dans les écoles du coin, je ne sais combien d'ethnies. C'est tellement riche! Et les enfants sont si curieux de découvrir la culture québécoise.»
Contact avec d'autres cultures
Quand elle installera sa famille dans le quartier — ce qui était inéluctable puisque, comme elle le dit si bien, «c'est quand même agréable d'aller travailler à pied» —, ce sera l'un des aspects qu'elle appréciera le plus: que ses deux fils soient mis en contact avec autant de cultures.
«C'est comme l'école Marie-Favery où va mon plus jeune fils, rue Christophe-Colomb. Cette école reçoit des enfants handicapés, qui sont intégrés aux classes courantes. Les élèves vivent donc avec des enfants différents, qui ont droit à leur différence. Je trouve ça extraordinaire!»
Cette célébration de la différence au quotidien se reflétera tout au long de notre promenade. Jasmine Dubé fait visiter sa ruelle comme d'autres leur maison, attirant l'attention là sur le figuier, puis le poirier et l'immense saule pleureur. «Il y a beaucoup de fierté dans les jardins», constate-t-elle avec bonheur. Dans sa propre cour, la terrasse se cache sous une incroyable, et accueillante, grotte de verdure. Ce n'est, à ses yeux, ni mieux, ni moins bien que les voisins: juste différent. Et la variété est, à ses yeux, terriblement réjouissante.
Quand nous partons par les rues, c'est direction De Castelnau. Car il s'y cache de surprenantes échoppes que ceux qui s'en tiennent aux grandes artères, comme la Saint-Denis à deux pas, ne connaîtront jamais. Ainsi de Chez Donat, un minuscule atelier de cirage de chaussures dont le décor, chaises pour clients incluses, n'a pas bougé depuis plus de soixante ans.
Les confitures de Lady Marmelade sont plus à l'ouest. L'endroit a tout d'une boutique de conte de fées, et les noms des produits, faits sur place, sont tout aussi alléchants: rhubarbe à papa, pousse-l'ananas, l'affaire est ketchup, j'aime ta fraise, carottes folles... «De la poésie! Je trouve ça inspirant», dit Jasmine Dubé dans un large sourire.
Coin Châteaubriand, nous nous arrêtons dans un endroit qui a l'air d'une jolie cour privée, mais qui est en fait le parc Azellus-Denis. «L'hiver, on ne voit que les structures d'acier, mais l'été tout est vert. C'est vraiment une oasis où l'on peut prendre son lunch, lire un livre. Un tout petit coin que j'aime bien.» L'endroit est si calme qu'on a peine à croire que la rue est juste de l'autre côté de ce rideau de verdure.
Un îlot de sérénité que l'on retrouvera au Patro Le Prévost, rue Christophe-Colomb. Le lieu est incontournable. Depuis 1909, Le Patro est au coeur de la vie communautaire du coin. Dans l'immeuble moderne qui l'abrite de nos jours, on trouve bibliothèque, piscine, salle de spectacle; un camp de jour pour les enfants en été, de l'aide aux devoirs pendant l'année scolaire, une popote roulante et un magasin-partage pour les plus démunis, et bien d'autres activités encore.
Jasmine Dubé et sa famille fréquentent assidûment les lieux. Mais ce qu'elle veut me montrer est à côté. Le personnel de L'Écoquartier, dont les bureaux sont au Patro, a créé un jardin de curé, entre le stationnement et la rue. L'endroit est tout petit, mais ce qu'on y trouve est surprenant: il y a de tout, de la laitue comme de la lavande.
«L'idée, c'était de tout récupérer — même les bancs sont faits d'arbres abattus pendant la crise du verglas — et de faire un petit jardin de ville avec les éléments qu'il y a autour, explique Jasmine Dubé. Ce jardin, je l'ai vu naître en 1998 et j'en ai suivi l'évolution. Au départ, ça n'avait l'air de rien. Et maintenant, il y a même un arbre à perruques! Mais avec peu de choses, on peut tellement transformer la réalité. Et ça, ça rejoint mon travail.»
Bien sûr, quand on a l'imagination de l'artiste... «Mais tout le monde a de l'imagination!, proteste-t-elle. Faire d'un petit local une confiserie, ou un jardin à partir de cailloux, ce n'est rien d'autre. Ça se retrouve partout dans la ville, dans nos quartiers...»
L'imagination, elle est encore dans le chatoiement des magasins de tissus de la rue Saint-Hubert, au nord de Jean-Talon. Ou dans cette vieille machine à coudre qui attire l'oeil à la devanture d'un petit commerce que nous avons croisé. Ou dans les plantes qui rendent si chaleureux le salon de barbier Stefano, rue De Castelnau. Même les cordes à linge peuvent la stimuler.
Il suffit de voir. Jasmine Dubé, elle, ne voit que ça. Elle s'en excuse presque: «Je ne vous ai amenée que dans des petits coins», dira-t-elle à la fin. Il n'y a pas de quoi: le grand parc Jarry et l'agitation de Jean-Talon ou Saint-Denis ne m'ont pas manqué du tout.
Villeray - Saint-Michel - Parc-Extension, en quelques lignes
-Limites: en gros, l'arrondissement de 15 km2 est délimité au nord par le boulevard métropolitain puis la voie ferrée du CN, à l'est par l'ancienne ville de Saint-Léonard, au sud par les rues Bélanger et Jean-Talon et à l'ouest par l'ancienne ville de Mont-Royal.
-Population: avec ses 141 600 résidants en 1996, c'est le deuxième arrondissement le plus populeux de Montréal. Plus de 10 % de la population est constituée de nouveaux arrivants et 65 % des résidants font partie de communautés culturelles, de multiples origines. Les immigrants sont toutefois inégalement répartis: la partie Villeray n'en compte que 28 % contre 40 % à Saint-Michel et 61 % dans Parc-Extension. Le français n'est donc parlé que dans la moitié des foyers de l'arrondissement.
La population est toutefois plus jeune qu'ailleurs à Montréal et vit davantage en famille. Mais le taux de scolarité y est le plus faible de l'île: 29 % de la population n'a pas atteint sa neuvième année scolaire. C'est aussi ici que le revenu moyen est le plus bas de Montréal: 28 029 $ par ménage. À Parc-Extension, on bat d'ailleurs des records de chômage: 30 %, soit le double de la moyenne montréalaise. Les gens sont massivement locataires, à 75 %.
-Économie: l'industrie manufacturière, qui regroupe 29 % des emplois de l'arrondissement, est dominée par le secteur du textile et du vêtement où l'on trouve à 80 % des entreprises de moins de dix employés. Les commerces et les services publics complètent le portrait.
-Loisirs et communauté: les organismes communautaires (notamment d'aide et de services pour les différentes communautés culturelles mais aussi pour les handicapés) sont très présents dans l'arrondissement. Le Patro Le Prévost en est l'exemple le plus connu. Le parc Jarry, le cinquième parc de Montréal, tout comme les installations du Cirque du soleil font partie du patrimoine de l'arrondissement.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

