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C'est la vie! - Messages de l'au-delà

Mourir, c'est revenir un peu

Michael Keaton, dans le film White Noise, joue le rôle d'un architecte qui s’initie au Phénomène des voix électroniques. Un suspense entre la vie et la mort qui repousse les frontières de l'au-delà.
Michael Keaton, dans le film White Noise, joue le rôle d'un architecte qui s’initie au Phénomène des voix électroniques. Un suspense entre la vie et la mort qui repousse les frontières de l'au-delà.
Le rendez-vous peut être remis mais il demeure inéluctable. L'au-delà l'attend. Et avec un peu de chance, dix de ses frères et soeurs, ma grand-mère, mon père et ma tante, Rex et Chico, ses deux bergers allemands, Grisou, son chat gris, Mignonne, sa dernière jument. Mon grand-papa Alban aura 96 ans en mars mais il songe au paradis un peu tous les jours en espérant y trouver la paix, du gin tonic et du country.

Pour l'instant, l'enfer est ici-bas. À 96 ans, chaque mois compte double, chaque heure s'allonge, chaque mouvement est une négociation douloureuse entre nécessité et renoncement. Il y a des jours où Alban préférerait mourir plus vite que le pape, même s'il joue encore au shuffleboard, même s'il ne fera pas de conférence de presse sur le suicide assisté, même s'il n'a pas trop envie de rater tout ce qui va se passer après lui : l'avenir de Jean Charest, la commission Gomery, la chasse au dindon sauvage en Montérégie.

Exorciser la peur de la mort n'est pas chose aisée dans une société qui la cache, la dissimule tant qu'elle peut. Mais Alban a été proche de la nature et sait que toute bonne chose a une fin, que même le soleil se couche, que la vieillesse est une étape douloureuse pour ne pas regretter la mort. La sagesse fait le reste. Rendu là, on appelle ça une délivrance. C'est la seule chose qui me console, moi, d'appeler sa délivrance. Savoir que ce vieux corps ne sera plus le boulet quotidien d'une âme amie allège ma tristesse. L'idée d'accoler les mots « jamais » et «Alban» ne va pas de soi. Comme dans « je ne t'oublierai jamais, Alban».

Alban et moi nous amusons à trouver des moyens pour continuer à communiquer après sa délivrance. J'ai même acheté un livre qui s'intitule What to Do When You Are Dead, écrit par un médium anglais (www.psychics.co.uk). Alban m'a promis de continuer à s'occuper de moi et de revenir se manifester. Dans mon sommeil ? Par Internet ? Trouverai-je un nouveau billet un bon matin sur mon blogue ? Peu m'importe. Dans mon livre sur l'au-delà, on explique qu'un esprit pourrait communiquer avec un médium en essayant de lui faire entendre la musique qui jouait à ses funérailles, ou lui faire voir une carte géographique pour lui indiquer d'où il vient. Alban me fera jouer du Marcel Martel ; il me fera voir le phare de Cap-des-Rosiers et je le reconnaîtrai entre mille morts.

L'auteur indique même comment communiquer avec son guide spirituel en dix étapes, nous montre également de quelle façon s'y prendre pour faire un voyage astral et revenir. Moins cher qu'Air Canada et aucune attente aux douanes.

Se faire chatouiller les orteils

J'y crois encore plus depuis que mon amie Ingrid est visitée par son ex, décédé dans un accident il y a un an et demi. Pas du genre à se bercer avec ce genre de balivernes, Ingrid fait l'expérience de phénomènes paranormaux chaque soir à l'heure d'aller se coucher. Invisible, son « défunt » grimpe dans le lit comme un chat, tire sur son pyjama, lui caresse le dos quand elle pleure, lui prend les pieds, fait bouger le lit comme s'il y avait un tremblement de terre. Il lui est même apparu en bermuda et en t-shirt alors qu'elle revenait de la toilette en pleine nuit. « Je sais que c'est lui. Il me touche. Je sens de l'énergie. J'aimerais bien savoir quel message il m'envoie », me dit-elle posément.

Comme la plupart des gens qui expérimentent ce genre de manifestations, Ingrid n'en parle à personne de peur de passer pour cinglée. Son ex-belle-mère reçoit elle aussi des visites de son fils, et se tait pour les mêmes raisons. Ingrid est perplexe : « Quand il était vivant, il me disait que si je le trompais après sa mort, il viendrait me tirer les orteils. Ça nous faisait rire. Mais quand mon nouveau chum vient coucher à la maison, il ne se manifeste jamais...» D'après moi, il part voir ailleurs lui aussi. Vous savez comment sont les hommes... d'une inconstance, même dans la mort !

J'ai appelé le grand spécialiste des questions paranormales au Québec au sujet de l'imagination galopante d'Ingrid. Louis Bélanger, professeur en psylogie et phénomènes religieux à la faculté de théologie de l'Université de Montréal et au département de psychologie à l'UQAM, en a vu d'autres. En recherche depuis 40 ans sur les phénomènes paranormaux, la transcommunication et la parapsychologie (psylogie), le professeur se fait plutôt tempéré et pense que nous n'avons pas encore d'explications pour tout : « Ce monde est entouré de mystère ; plein de scientifiques, qui ne sont pas de l'approche triomphaliste, le reconnaissent. Je crois que ces phénomènes sont possibles mais pas aussi fréquents qu'on le prétend. Il y a 200 ans, un météorite qui tombait du ciel, c'était paranormal. Aujourd'hui, nous avons une explication. La psylogie n'a pas d'explications, elle n'a que des tentatives de compréhension. Par contre, on peut aussi penser qu'une personne qui perd un proche y perd ce qu'elle a investi. Elle peut induire ces phénomènes avec son inconscient, même les visions ! Avez-vous remarqué qu'on ne voit jamais les fantômes tout nus ? Qui les habille ? Si on reconnaît que les fantômes existent, il faudrait donc reconnaître qu'il y a aussi des fantômes d'habits de fantômes ! »

Karine et les autres

J'ai prêté à Ingrid un livre que j'ai reçu : Karine après la vie (Albin Michel) et j'y ai jeté un coup d'oeil au hasard. Il n'y a pas de hasard, je sais. Pages 84-85, les parents de Karine y décrivent tout le mal que se donne leur fille, décédée accidentellement, pour leur envoyer des messages : des traces de son parfum Loulou de Cacharel, la calculatrice électrique allumée, des chaises déplacées durant la nuit, des portes fermées à clé qui claquent, un cadre qui tombe à terre sans se briser, le téléviseur qui s'allume et s'éteint et les chaînes qui changent toutes seules, et même un cadeau du ciel : une boule de papier de trois centimètres de diamètre qui atterrit la veille de la fête des Mères et contient une étoile de David sur laquelle est gravé « De Karine pour maman ». Sans compter de deux à trois cents pages de messages sous forme d'écriture automatique et une photo sur l'ordi reproduite dans le livre aux côtés de l'originale.

J'ai l'intention de briefer Alban avant le grand départ et de lui donner un petit cours sur Internet. Il saura ce qu'est un format JPG et moi, je pourrai le laisser mourir tranquille.

Écrivez à cherejoblo@ledevoir.com

***

La Life

Blogue à part

Finalement, Martine m'apprend que le blogue de Nelly Arcan (www.20six.fr/nellyarcan) était un canular de l'écrivain Patrick Brisebois. Et qui me dit que c'est un écrivain qui se cache derrière cette blague devenue blogue ? Ce pourrait très bien être Thierry Ardisson ou le fantôme de Jacques Villeret. Qui croire désormais si même Nelly est factice ?

Ajouté par Joblo à 01:09 AM

Traiteur subventionné

Il n'y a qu'au Canada qu'un artiste puisse espérer obtenir une bourse de création artistique du Conseil des arts avec un projet semblable : Iwona a initié le Dinner Project (http://www.thedinnerproject.com/) en juin dernier à Montréal. Durant 52 semaines, elle s'invite chez des gens, s'amène avec ses casseroles, les aliments (fournis par le resto Buona Notte) et un invité. De votre côté, vous ouvrez votre maison et votre coeur à l'expérience. S'il faut en croire le journal de bord d'Iwona, le plus difficile est de recruter des hôtes dans la rue. La méfiance règne : elle essuie des refus neuf fois sur dix. Son site Internet vaut le détour ; il donne une idée des menus, de la difficulté de réunir des étrangers autour d'une table et de briser la glace des convenances. Ici, l'art de la conversation prend le pas sur l'art culinaire. L'artiste met en lumière la relation entre étrangers, la vulnérabilité et la confiance nécessaires pour partager un repas dans l'intimité. Bref, c'est l'art qui sort des musées et pénètre dans les foyers. Si jamais une fille un peu gênée vous approche pour vous offrir de jouer les traiteurs, soyez chic, dites-lui oui !

Ajouté par Joblo à 05 h 05 AM

www.ledevoir.com/blog/joblo/

***

Reçu : en écrivant ces lignes, un courriel intitulé « Dédé, au-delà de la mort » sur le livre Dédé, écrit par Raymond Paquin aux éditions Quitte ou Double l'automne dernier. Juste pour être en règle avec le fantôme de Dédé Fortin, j'en parle. Il faut lâcher prise, Dédé, maintenant.

Promis : à Alban de le regarder à la télé ce matin à 9h à l'émission 37,5 (SRC). En compagnie d'une gang de centenaires et autres jeunesses d'aujourd'hui, on abordera toutes sortes de sujets dont le secret de leur longévité, l'alimentation (voulez que je vous dise : ils mangent des fèves au lard et du rôti de porc à l'ail en plein été !), la qualité de vie du 5e âge. Et le 6e âge ? M'étonnerait qu'on aborde la question. Quant à moi, j'espère que mon grand-papa reviendra hanter ma télé une fois qu'il aura trépassé. Il connaît le chemin maintenant.

Vu : le film White Noise (Interférence) avec mon amie Ingrid. Michael Keaton y joue le rôle d'un architecte qui vient de perdre sa femme et fait l'expérience du PVE (Phénomène des voix électroniques). C'est gros comme du cinoche mais basé sur une réalité encore inexpliquée. Excellent film pour une première date. J'ai agrippé le bras d'Ingrid à quelques reprises.

Loué : la première saison de Dead Like Me, une série télé qui juxtapose les revenants avec les vivants. Finalement, la vie dans l'au-delà est aussi compliquée, sinon plus, que celle ici-bas. Il faut faire son lavage et on cherche encore à gagner de l'argent !

Parcouru : le livre Ce que les morts nous disent de Reynald Roussel (Presses du Châtelet). L'auteur, un médium, voit des esprits dans sa soupe depuis l'âge de six ans. Sa grand-mère lui faisait avaler de l'huile de ricin pour faire cesser les visions. Selon lui, les facultés médiumniques sont à la portée de tout le monde. Il suffit d'être à l'écoute. Les exemples qu'il donne sont explicites et permettent de croire que nos anges gardiens existent. Mais où était le mien ce matin lorsque j'ai chopé une contravention ? J'ai des doutes tout à coup.
 
 
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