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    Semaine de prévention du suicide - L'«effet Gaétan Girouard»

    Le suicide du populaire journaliste et la couverture médiatique ont eu un effet d'entraînement indéniable

    En parler ou pas? Chaque fois qu'une personnalité publique met fin à ses jours, les médias s'interrogent. À la veille de la Semaine de prévention du suicide (SPS), l'Association québécoise de prévention du suicide (AQPS) invite ceux-ci à mettre des gants blancs. Son argument est de taille. Une récente étude de la couverture médiatique du suicide du journaliste Gaétan Girouard démontre que celle-ci a eu un impact décisif sur la population, au point de faire grimper le taux de suicide de façon significative.

    Le 14 janvier 1999, le journaliste-vedette de TVA mettait fin à ses jours, plongeant le Québec dans la stupeur. Six ans plus tard, une étude montre qu'il y a bel et bien eu un «effet Gaétan Girouard» sur les Québécois, qui ont choisi la mort en plus grand nombre dans les mois suivant ce décès. Des 1200 à 1300 personnes par année qui décident de mettre un terme à leur existence, ce nombre est passé à 1600 en 1999.

    Survenue dans une période creuse pour les médias, la mort du journaliste avait fait les manchettes pendant deux semaines et avait fait l'objet de reportages jusqu'à neuf mois après l'événement. Le coroner en chef de l'époque avait d'ailleurs invité les médias à tempérer leurs ardeurs, mais en vain. Résultat: la frange la plus vulnérable de la population n'a pas su résister aux sirènes de la Grande Faucheuse.

    «Le mois de janvier est le mois où le taux de suicide est le plus bas au Québec, avec un peu moins de 100 suicides. Or, pour la période du 15 janvier au 15 février 1999, on a compté 155 décès par suicide», a montré Michel Tousignant, l'auteur principal de cette étude menée par le Centre de recherche et d'intervention sur le suicide et l'euthanasie (CRISE).

    «Gaétan Girouard était un homme qui avait du succès. Les gens ont eu de la difficulté à comprendre qu'il puisse baisser les bras. Beaucoup se sont dit que, si lui ne pouvait pas y arriver, eux-mêmes n'avaient aucune chance d'y parvenir», a avancé M. Tousignant pour expliquer le phénomène.

    Jamais le Québec n'avait connu pareil épiphénomène auparavant, même lors du suicide de Dédé Fortin. «La mort du chanteur des Colocs n'a pas eu cet impact, probablement parce que les chanteurs ne sont pas pris comme des modèles, a commenté M. Tousignant. On ne s'attend pas à ce que les chanteurs soient des modèles de vertu alors que beaucoup voyaient en Gaétan Girouard un Robin des bois.»

    Autre fait troublant, le CRISE a noté un impact certain sur la municipalité où s'est joué le drame. À Sainte-Foy, on a déploré six pendaisons dans les 38 jours qui ont suivi la mort par pendaison de Gaétan Girouard. Par comparaison, il n'y avait eu que 19 décès par pendaison au cours des trois années précédentes dans cette même municipalité.

    Évidemment, ces décès ne sont pas tous directement reliés à celui de M. Girouard. Une analyse des 79 rapports retenus par le coroner a toutefois permis de trouver une dizaine de cas qui lui faisaient spécifiquement référence. «Par exemple, une femme s'était suicidée entourée de collages de photos du journaliste alors que deux hommes se sont pendus avec des photos de Girouard dans la pièce», a précisé le professeur.

    Toute cette angoisse dans la population a également été mesurée par le biais de la ligne prévention suicide (1 866 APPELLE) qui, dans les quatre jours suivant le décès du reporter, a reçu 200 % plus d'appels. Dans les deux mois qui ont suivi, la ligne téléphonique est restée plus occupée qu'à l'habitude dans une proportion de 15 %.

    Paradoxalement, ce sont les mots qui sont la solution à ce problème de santé publique. «La prévention passe par l'écoute, l'observation, mais aussi par les mots», a tenu à rappeler le comédien et humoriste François Léveillé, qui a accepté d'être le porte-parole de la SPS, qui aura lieu du 6 au 12 février.

    Première priorité de la SPS: lutter contre les idées reçues. «Il faut lutter contre cette idée que le suicide est une fatalité, car le processus qui mène au suicide est bel et bien réversible. L'aide existe et peut faire la différence», a dit le responsable des services professionnels de l'AQPS, Daniel Beaulieu. Pour cela, il faut toutefois apprendre à en décoder les signes, qu'ils soient verbaux, comportementaux ou émotifs.

    Et il y a urgence d'agir. «Quand on parle de suicide, c'est toujours d'un cas isolé, si on prenait le temps de les rassembler, de les compter, on se rendrait compte que tout cela a des allures d'épidémies», a déploré François Léveillé.

    Au Québec, le suicide est la première cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 29 ans et chez les hommes de 15 à 40 ans. Trois ou quatre Québécois choisissent de mourir chaque jour, tandis que de 150 à 200 autres tentent de le faire.

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