Grandeur et misère
Les catastrophes, paroxysme de la vie vécue, braquent une lumière crue sur la grandeur mais aussi sur la misère de la nature humaine. Elles révèlent les êtres en dépit et en deçà de ce qu'ils prétendent ou croient être. La tragédie asiatique fait partie de ces événements nous obligeant à réfléchir sur nous-mêmes et nos semblables.
Se confirme ici une mondialisation de la compassion. On assiste au déploiement d'une générosité qui nous console de sa contrepartie, à savoir l'utilisation marchande, politique ou idéologique de la tragédie. En ce sens, la conscience personnelle apparaît plus spontanée et plus authentique que la conscience collective exprimée par ceux qui nous gouvernent.
De plus, la géopolitique pèse sur la réaction au malheur. L'Europe, en général, a répondu dans les vingt-quatre heures en se mobilisant, pays par pays, alors que l'Amérique du Nord a tardé à réagir. La vacance de pouvoir à Ottawa fut mise en lumière sans équivoque par ce retard à intervenir. Et l'indifférence à Québec ne peut être dissociée du manque de préoccupation par rapport à la vie internationale. Comme si l'on n'avait pas compris que le sort de la planète et le nôtre sont intimement liés, en dehors de la sphère commerciale.
De l'enfant qui casse sa tirelire à l'employé qui envoie sa contribution financière à un organisme caritatif, du spécialiste des crises qui s'envole volontairement vers les pays touchés par le séisme à l'habitant d'une île dévastée qui partage le peu qui lui reste avec les naufragés, nous sommes à même de conclure que l'être humain sait s'oublier pour son prochain. L'individualisme destructeur de civilisation est ici mis en échec.
Cela nous permet aussi de croire à l'héroïsme. Existent des êtres qui, par la valeur morale de leur comportement, s'arrachent aux déterminismes de toutes sortes, échappent aux faiblesses qui nous habitent, résistent à la tentation du confort pour donner à l'autre ce qu'eux-mêmes ont failli perdre. On n'a pas fini de recenser tous les actes de courage faits par des acteurs et des témoins des tsunamis. Et, sentiment rassurant, le courage n'a pas d'âge, pas de classe, pas de sexe et pas de nationalité. C'est l'être humain dans son essence, dans sa dimension universelle. En ce sens, tous ceux qui croient aux valeurs universelles au-delà des différences culturelles sont confortés.
Ces différences exacerbées actuellement en un choc violent des cultures sont éclatées. Les gestes de compassion, de tendresse, de réconfort sont les mêmes partout. La douleur de perdre un être cher, de souffrir dans son corps, s'exprime avec la même émotion, la même vulnérabilité. Cette mise à nu de l'homme est le lien le plus étroit et le plus puissant qui nous relie les uns aux autres. Notre grandeur y trouve son expression la plus accomplie.
***
Hélas, impossible d'ignorer la face sinistre, horrible de cette même nature humaine. Ceux qui nient l'existence du mal trouveront matière à méditer autour des actes haïssables qui glacent le sang et qui nous sont rapportés. Preuve que les salauds existent. D'abord, ces viols de femmes dans des régions éloignées, ces viols qu'on observe, nauséeux, au cours des guerres et tueries de tous genres. Puis ces kidnappings d'enfants orphelins par d'immondes personnages, en vue de les mettre sur le marché du sexe. Car n'oublions pas que ces plages idylliques balayées aujourd'hui par les vagues sont aussi des terrains de prédilection pour les clients de la prostitution adulte ou infantile.
En Suède, où le nombre de morts s'élève à plusieurs milliers, on a cessé de publier la liste des disparus pour éviter que leurs maisons soient pillées, ce qui avait commencé. «Le malheur des uns... », dit le proverbe. Lamentable aussi d'entendre des touristes sur place, étendus sur le sable, nous expliquer, souriants et sans gêne, que la vie continue, qu'ils avaient planifié leurs vacances et que, de toutes façons, ils contribuent à la reprise du tourisme, nécessité vitale de ces pays. Comment peut-on se baigner dans ces cimetières marins que sont actuellement ces plages?
Au-delà de toutes les explications sociologiques, économiques et psychologiques pour justifier pareils comportements, il n'en demeure pas moins que la nature humaine se compose aussi de salauds, d'exploiteurs et de gens indifférents à la détresse, des gens sans conscience morale. Cela nous oblige à conclure qu'il existe chez l'être humain, nonobstant les déterminismes de tous genres, un espace de liberté. Certains choisissent le dépassement, d'autres ont un réflexe de charognard. Or, pour reconnaître le héros, il faut savoir qu'existe le salaud. Les catastrophes comme celle d'il y a quinze jours nous confrontent à cette réalité aussi glorieuse que méprisable.
denbombardier@videotron.ca
Se confirme ici une mondialisation de la compassion. On assiste au déploiement d'une générosité qui nous console de sa contrepartie, à savoir l'utilisation marchande, politique ou idéologique de la tragédie. En ce sens, la conscience personnelle apparaît plus spontanée et plus authentique que la conscience collective exprimée par ceux qui nous gouvernent.
De plus, la géopolitique pèse sur la réaction au malheur. L'Europe, en général, a répondu dans les vingt-quatre heures en se mobilisant, pays par pays, alors que l'Amérique du Nord a tardé à réagir. La vacance de pouvoir à Ottawa fut mise en lumière sans équivoque par ce retard à intervenir. Et l'indifférence à Québec ne peut être dissociée du manque de préoccupation par rapport à la vie internationale. Comme si l'on n'avait pas compris que le sort de la planète et le nôtre sont intimement liés, en dehors de la sphère commerciale.
De l'enfant qui casse sa tirelire à l'employé qui envoie sa contribution financière à un organisme caritatif, du spécialiste des crises qui s'envole volontairement vers les pays touchés par le séisme à l'habitant d'une île dévastée qui partage le peu qui lui reste avec les naufragés, nous sommes à même de conclure que l'être humain sait s'oublier pour son prochain. L'individualisme destructeur de civilisation est ici mis en échec.
Cela nous permet aussi de croire à l'héroïsme. Existent des êtres qui, par la valeur morale de leur comportement, s'arrachent aux déterminismes de toutes sortes, échappent aux faiblesses qui nous habitent, résistent à la tentation du confort pour donner à l'autre ce qu'eux-mêmes ont failli perdre. On n'a pas fini de recenser tous les actes de courage faits par des acteurs et des témoins des tsunamis. Et, sentiment rassurant, le courage n'a pas d'âge, pas de classe, pas de sexe et pas de nationalité. C'est l'être humain dans son essence, dans sa dimension universelle. En ce sens, tous ceux qui croient aux valeurs universelles au-delà des différences culturelles sont confortés.
Ces différences exacerbées actuellement en un choc violent des cultures sont éclatées. Les gestes de compassion, de tendresse, de réconfort sont les mêmes partout. La douleur de perdre un être cher, de souffrir dans son corps, s'exprime avec la même émotion, la même vulnérabilité. Cette mise à nu de l'homme est le lien le plus étroit et le plus puissant qui nous relie les uns aux autres. Notre grandeur y trouve son expression la plus accomplie.
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Hélas, impossible d'ignorer la face sinistre, horrible de cette même nature humaine. Ceux qui nient l'existence du mal trouveront matière à méditer autour des actes haïssables qui glacent le sang et qui nous sont rapportés. Preuve que les salauds existent. D'abord, ces viols de femmes dans des régions éloignées, ces viols qu'on observe, nauséeux, au cours des guerres et tueries de tous genres. Puis ces kidnappings d'enfants orphelins par d'immondes personnages, en vue de les mettre sur le marché du sexe. Car n'oublions pas que ces plages idylliques balayées aujourd'hui par les vagues sont aussi des terrains de prédilection pour les clients de la prostitution adulte ou infantile.
En Suède, où le nombre de morts s'élève à plusieurs milliers, on a cessé de publier la liste des disparus pour éviter que leurs maisons soient pillées, ce qui avait commencé. «Le malheur des uns... », dit le proverbe. Lamentable aussi d'entendre des touristes sur place, étendus sur le sable, nous expliquer, souriants et sans gêne, que la vie continue, qu'ils avaient planifié leurs vacances et que, de toutes façons, ils contribuent à la reprise du tourisme, nécessité vitale de ces pays. Comment peut-on se baigner dans ces cimetières marins que sont actuellement ces plages?
Au-delà de toutes les explications sociologiques, économiques et psychologiques pour justifier pareils comportements, il n'en demeure pas moins que la nature humaine se compose aussi de salauds, d'exploiteurs et de gens indifférents à la détresse, des gens sans conscience morale. Cela nous oblige à conclure qu'il existe chez l'être humain, nonobstant les déterminismes de tous genres, un espace de liberté. Certains choisissent le dépassement, d'autres ont un réflexe de charognard. Or, pour reconnaître le héros, il faut savoir qu'existe le salaud. Les catastrophes comme celle d'il y a quinze jours nous confrontent à cette réalité aussi glorieuse que méprisable.
denbombardier@videotron.ca
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