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Où est passé l'été?

Un météorologue dresse le bilan de l'année écoulée. Que de mauvais souvenirs!

Dame Nature aura encore fait enrager les Canadiens en 2004, que ce soit par une vague de froid polaire en janvier, de la neige tardive ou précoce, des inondations spectaculaires mais, surtout, un été qui, pour la majeure partie du Canada, n'est jamais arrivé.

«À la fête du Travail, de Calgary à Corner Brook [Terre-Neuve], les Canadiens attendaient encore l'été», raconte dans son bilan annuel David Phillips, expert en météorologie à Environnement Canada.

«Les Canadiens se sont sentis lésés. La plupart estiment qu'après avoir enduré l'hiver froid et sombre, ils méritent un été agréable», continue le spécialiste, mi-sérieux. «Personne ne peut prétendre que la nature est équitable.» L'instabilité du climat estival a particulièrement fait enrager les vacanciers et les travailleurs. «De la fin de mai à la mi-septembre, par exemple, Montréal a eu 128 jours de soleil et seulement cinq jours sans soleil, mais la moitié des journées dites ensoleillées ont aussi été pluvieuses», raconte le climatologue.

Tempêtes, pluies diluviennes, chutes de neige exceptionnelles, vents foudroyants, ouragans: pour la neuvième année, David Phillips a recensé les événements climatiques marquants de 2004 et a présenté hier le classement des dix plus impressionnants d'entre eux par leurs impacts, leur portée, leur rareté ou leur durée.

Mis à part l'été quelque peu décevant, deux événements significatifs ont retenu l'attention, survenant respectivement en première et en quatrième place du classement: le déluge du début de juillet à Edmonton et l'inondation du siècle au matin du 15 juillet à Peterborough (Ontario).

«En moins de cinq heures, il est tombé dans le centre-ville de Peterborough 14 milliards de litres d'eau, une quantité suffisante pour remplir presque neuf fois le SkyDome de Toronto», souligne David Phillips. De plus en plus, ce sont des événements climatiques estivaux qui dérangent le Canada. L'expert principal d'Environnement Canada évite toutefois de jeter la faute sur le réchauffement de la planète. «L'usage du sol a beaucoup changé. Nous avons une faible densité de population mais une forte urbanisation, et les villes ne sont pas toujours prêtes à faire face à ces intempéries. Mais on ne peut pas encore parler de réchauffement climatique visible, seulement de températures extrêmes», explique le spécialiste.

«Si j'avais une prédiction à faire, continue-t-il, c'est qu'avec le réchauffement prévu de la planète, il y aura plus d'évaporation, plus d'humidité, et donc un potentiel plus grand de pluies diluviennes. Les intempéries meurtrières vont survenir plus souvent en été.»

Cette année, les Maritimes ont eu leur lot de graves intempéries, notamment l'ouragan déguisé en blizzard, surnommé «Juan blanc», qui s'est violemment abattu sur Halifax à la mi-février. En 12 heures, la capitale néo-écossaise, de même que Charlottetown et Yarmouth, ont reçu presque un mètre de neige, «fracassant tous les records», selon David Phillips. L'état d'urgence a été décrété dans toute la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard pendant quatre jours, une première historique.

Le Québec tranquille

Du côté du Québec, les événements climatiques ont été moins marquants cette année que par le passé. Rappelons qu'en 1998, la tempête de verglas avait défrayé les manchettes et monopolisé l'attention météorologique, alors qu'en 1996, les débordements des rivières au Saguenay avaient mis cette région sur la carte des tragédies naturelles.

«Il ne s'est pas passé grand-chose, on a été tranquilles au Québec cette année», souligne Daniel Villeneuve, météorologue à Environnement Canada. L'été particulièrement décevant a toutefois retenu l'attention. «Cet été, il n'y a eu que deux journées à Montréal où les températures ont atteint ou dépassé 30 °C, le 8 juin et le 22 juillet. La moyenne est de huit journées par été, et, en 2003, il y en a eu onze, affirme M. Villeneuve. En plus, d'habitude, on a une canicule de plusieurs jours, qu'on n'a pas eue cette année. Personne ne s'est plaint de la chaleur et de l'humidité.»

Fait marquant, une vague de froid s'est abattue sur la province en avril, amenant des températures glaciales, notamment -31,4 °C à Schefferville le 12 avril. Seize jours plus tard, il faisait 26,5 °C à Beauceville. De quoi créer des dilemmes vestimentaires chez les Québécois, malgré qu'il ne s'agisse pas d'une situation exceptionnelle. «En avril, les variations de températures sont fréquentes et violentes, soutient Daniel Villeneuve. Le 29 avril, la seule ville de Beauceville est passé de -2 °C la nuit à un maximum de 22,2 °C le jour.»

Si l'hiver a finalement été plutôt doux, le Québec n'a pas été épargné par le climat polaire de la mi-janvier. Selon Environnement Canada, le facteur éolien a créé des froids compris entre -38 et -52 °C dans tout le pays. La palme québécoise revient à l'aéroport La Grande IV, au nord de la province, qui a enregistré le 14 janvier une température de -50,3 °C, et ce, sans compter le refroidissement éolien. Mais le record du lieu le plus froid de la planète a été attribué à Key Lake, dans le nord de la Saskatchewan, qui a atteint une température de -52,6 °C (sans vent) le 29 janvier, loin devant Vostok, en Antarctique — reconnu comme le lieu le plus froid au monde —, qui ne souffrait, ce jour-là, que d'une température de -28 °C.

Bien qu'il s'agisse d'un événement non pas climatique mais plutôt géologique, les deux experts d'Environnement Canada ont tenu à exprimer leur tristesse face aux événements tragiques survenus en Asie du Sud-Est cette semaine. «Ça nous rappelle combien les humains sont petits, souligne Daniel Villeneuve. On est chanceux, au Canada, de vivre dans un pays où, finalement, il se passe peu d'événements de cette importance.»
 
 
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