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Prix du Québec 2004 - Petite et grande histoire

C'est l'histoire du Québec, celle qui permet de décrire ce qu'il est devenu, comme de prévoir ce qu'il sera, qui est racontée dans la présente remise des prix du Québec.

Si les plus vieux d'entre nous se souviennent d'un jeune John R. Porter qui arrivait, fringant, débarquant d'Ottawa, au Musée des beaux-arts de Montréal, suivant Jean Trudel, le directeur du temps, avec qui il avait oeuvré au musée de la capitale canadienne, d'autres auront la mémoire encore plus longue et pour eux la voix d'un Jacques Languirand fera écho au temps, ramenant les souvenirs à l'époque de l'immédiat après-guerre, dans ces arcanes de 1949, par les ondes de la radio canadienne. Ces mêmes années, un autre jeune, Maurice Savoie, entreprenait une deuxième année d'études, à cette École du meuble qu'un Borduas avait dû quitter l'année précédente, congédié comme on le sait à la suite de la parution d'un manifeste qui avait pour titre Refus global.

À l'autre extrême, selon le temps toujours, un Esteban Chornet figure ainsi dans le paysage industriel contemporain, recevant le prix Lionel-Boulet pour une innovation scientifique et technologique qui a permis la mise en place d'entreprises, dans ce cas-ci Kemestrie, Kemfor, Gelkem et Enerkem, contribuant ainsi au développement économique du Québec. Dans son cas, ses études sur la biomasse permettent de trouver des applications pratiques dans le secteur de l'énergie verte, engendrant profits et solutions pour un développement, lui, durable.

Effervescence

Ces prix peuvent aussi être un rappel d'une effervescence passée, celle des années soixante, quand le monde, pour les Québécois, appartenait au Québec, quand l'appareil politique, en accord avec les scientifiques et les artistes, voyait grand.

Le nom d'un Henri Dorion est connu par plusieurs: n'est-il pas l'auteur de Noms et lieux du Québec, cet ouvrage inhabituel sur une liste des meilleurs vendeurs du livre? Il faut toutefois rappeler, parlant de ce géographe, qu'il a non seulement «construit» le Québec sur les cartes, traçant la trop discutée frontière avec le Labrador, mais qu'il a aussi fait profiter plus d'un pays de son expertise, du Chili à l'ex-U.R.S.S.

Quant à un Walter Boudreau, pour qui l'année dernière voyait apparaître le Festival Montréal/Nouvelles Musiques, qu'il a initié avec la complicité de Denys Bouliane, c'est aux accords de l'Infonie, avec cette fois-là la parole en plus d'un Raoul Duguay, qu'il s'est fait entendre aux temps heureux d'une «révolution» plus ou moins tranquille en musique.

D'autres aussi voyaient alors grand. Ainsi, si les universités québécoises se félicitent des investissements qu'elles allouent aujourd'hui à la recherche sous toutes ses formes, il faut dire qu'un Camille Limoges y est pour quelque chose. Travaillant dans l'appareil gouvernemental (il fut même sous-ministre à Québec), le lauréat du prix Armand-Frappier décrit d'ailleurs pour son secteur les espoirs d'alors en mots qui peuvent s'appliquer à tous les domaines: «Nous avions le sentiment, à une époque où l'histoire des sciences elle-même était très orientée vers les questions de théorie et de construction des concepts, que l'on ne comprendrait pas l'activité scientifique et technique si on ne la concevait pas comme une activité pleinement historique, c'est-à-dire à la fois sociale, culturelle, économique et politique.»

Ainsi, le jeune Pierre Hébert, nouvel arrivé dans les salles d'animation de l'Office national du film, ne pouvait pas se douter que son travail graphique assisté par ordinateur allait permettre un jour à un autre jeune, Daniel Langlois celui-là, de profiter d'un travail de pionnier et de participer à l'aventure d'un Québec numérique: drôle de destin pour quelqu'un qui s'abreuvait autant à la contestation politique alors en cours qu'au monde de l'image, fut-il celui d'un McLaren.

Effervescence. Qui expliquait que, devant Paris ou le Canada anglais, un Naïm Kattan, originaire de la mythique Bagdad, avait opté pour Montréal afin d'y vivre et d'y devenir non seulement journaliste mais plus tard, écrivain.

Suite

Ces lauréats forment le paysage du Québec contemporain, ce Québec où il devenu normal que s'y inscrivent les recherches que mènent sur le cerveau un Rémi Quirion (prix Wilder-Penfield) ou celles que poursuit Graham Bell (prix Marie-Victorin) en biologie, étudiant, pour les conduire, les conditions propres qui expliquent le Québec physique.

Où cette cuvée pêche, en cette année 2004, c'est par une absence, ici générique. Si au Québec, depuis longtemps, les femmes se succèdent en tant que ministre chargée de la culture, elles ne trouvent cependant pas dans ces prix toujours leur place, et pour une deuxième fois en six ans. De là à conclure qu'elles seraient absentes de toute histoire du Québec serait commettre une énorme contre-vérité.
 
 
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