Cercle des Phénix - Passionnée d'environnement
Le prestigieux Cercle des Phénix accueille cette année en son sein un nouveau membre: Louise Vandelac. Elle se joint à un groupe de personnalités québécoises reconnues pour leur contribution personnelle remarquable à la cause de l'environnement. Entrevue avec une passionnée d'environnement.
Le curriculum vitae de Louise Vandelac est impressionnant. Elle a effectué, entre autres, de nombreuses recherches abordant divers aspects de l'écologie. Elle s'est aussi penchée sur les impacts sur l'environnement de l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM) en agriculture. Elle s'est également interrogée sur les conséquences sur la santé humaine des perturbateurs endocriniens et polluants organiques persistants.
En plus de ses nombreuses recherches universitaires, la professeure de sociologie de l'UQAM a participé à diverses commissions parlementaires et réalisé deux films: Clonage ou l'art de se faire doubler... et Main basse sur les gènes ou les aliments mutants.
Elle est aujourd'hui directrice du CINBIOSE (Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement), un centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Organisation panaméricaine de la santé. Elle dirige aussi le groupe de recherche Technosciences du vivant et sociétés: santé, environnement, éthique et politiques publiques (CINBIOSE/ISE). En plus d'être professeure titulaire au département de sociologie de l'UQAM, elle est professeure libérée à l'Institut des sciences de l'environnement.
Voir large
La diversité de ses recherches et de ses responsabilités est représentative de la façon dont elle aborde les défis environnementaux de notre époque. «Il est primordial, dit-elle, de regarder les questions environnementales de façon beaucoup plus large et intégrée. Le coeur des enjeux environnementaux, c'est de préserver la capacité de l'ensemble des milieux de vie, des écosystèmes, de s'assurer que ceux-ci peuvent se régénérer. Il ne faut pas oublier que la vie humaine est dépendante de ces milieux».
Mme Vandelac estime qu'il est grand temps pour les Québécois et les Occidentaux de revoir leurs habitudes de vie afin de diminuer les pressions sur l'environnement. «Nous sommes présentement dans un modèle de croissance continue qui carbure à l'innovation et à la consommation. Il faut substituer ce modèle de croissance qui est sous-jacent à notre modèle économique et adopter un modèle de jouissance, de qualité de vie. Ce n'est pas d'avoir constamment plus, c'est d'avoir autrement. C'est d'avoir de façon plus conviviale, intégrée. Il faut aussi faire une remise en question de la priorité de l'économie sur toute autre espèce de considération. Les bases mêmes de l'économie, ce sont les ressources de la planète; or, il faut prendre conscience du fait qu'on ne peut plus avoir le même rythme de consommation.»
Malgré ce constat peu reluisant pour l'espèce humaine, Mme Vandelac observe une prise de conscience des citoyens et des Québécois concernant l'importance de protéger l'environnement. «Avec l'émergence d'un mouvement écocitoyen et l'implication d'artistes de renom dans la défense du patrimoine commun, cela a permis de démontrer que, ce qui était en jeu, c'était la protection du bien commun. Il y a de plus en plus une identification au sein de la population. Il y a aussi un mouvement très fort chez les jeunes qui est fascinant à observer.»
Coalition Eau Secours
Mme Vandelac est cofondatrice de la coalition Eau Secours, qui lutte pour une gestion responsable de l'eau et fait pression sur le gouvernement pour qu'il mette en place une véritable politique de l'eau au Québec. Cette coalition est représentative selon elle de l'émergence d'un mouvement citoyen au Québec pour la protection de l'environnement. «Eau Secours est un mouvement de convergence avec des personnes qui s'étaient jusqu'à présent peu manifestées sur les questions environnementales. On y retrouve des syndicats, des communautés religieuses, des artistes, des groupes de consommateurs, des comités de citoyens, etc.»
Elle explique que nous sommes au Québec «fiduciaires de la plus grande quantité d'eau douce par habitant sur la planète. Nous n'en sommes pas propriétaires, nous en sommes fiduciaires, ce qui fait toute la différence. Nous avons un rôle à jouer sur la scène internationale par rapport à cette richesse collective».
La coalition Eau Secours est intervenue rapidement dans le cadre des négociations de l'ALENA pour mettre en évidence les risques du Québec de perdre toute souveraineté sur l'eau. «Il y a présentement un moratoire au Québec contre toute exportation d'eau qui prendra fin en 2005 et qui doit absolument être reconduit. Il faut aussi obtenir une exclusion explicite de l'eau dans l'accord de l'ALENA. Nous ne pouvons pas jouer notre eau à la roulette russe. Il faut être extrêmement prudents.»
Eau Secours s'est également impliquée dans le projet Adoptez une rivière, qui tenait à s'assurer qu'il n'y aurait pas de barrages privés sur les rivières québécoises. D'après Mme Vandelac, le Québec à tout intérêt à se tourner vers l'énergie éolienne pour la production d'énergie plutôt que d'ériger des barrages privés sur les rivières ou de construire la centrale au gaz du Suroît. «Plusieurs informations nous permettent de constater que le Suroît ne pourrait pas garantir l'énergie supplémentaire dont nous prétendons avoir besoin. On dispose de cent fois plus de potentiel énergétique éolien que tout le potentiel hydroélectrique. Quand nous avons d'un côté une source d'énergie polluante qui équivaut à 600 000 voitures de plus en circulation et que, de l'autre, nous avons la possibilité de développer une source d'énergie moins polluante, il faut s'interroger sur nos valeurs en tant que société. La société Hydro-Québec doit rester très attentive au mouvement très large de la population. Une bonne partie de celle-ci est très sensible aux conséquences négatives de ses décisions.»
OGM et agriculture québécoise
La scientifique observe aussi une prise de conscience citoyenne en ce qui a trait à l'agriculture. «De plus en plus, les gens veulent savoir ce qu'ils mangent. Au moment où nous constatons l'importance économique de la biodiversité, est-ce que l'avenir que nous désirons collectivement, c'est celui d'un remodelage génétique généralisé de la planète?», s'interroge-t-elle.
Mme Vandelac soutient qu'il faut demeurer extrêmement prudents avec les organismes génétiquement modifiés. «Il faut éviter ce comportement qui associe la première génération de produits transgéniques au progrès et à l'avenir. On connaît mal les impacts des OGM sur la santé et l'environnement. On joue aux apprentis sorciers dans un système où il n'y a pas d'imputabilité pour les firmes qui sont les premières responsables.»
Elle souligne que le Québec a encore aujourd'hui la possibilité de développer son agriculture sans OGM et que ce serait tout à son avantage. «La demande qui augmente le plus actuellement chez les consommateurs, c'est celle pour les produits bio et de qualité. D'ici quelques années, si nous poursuivons au Québec avec les OGM, qui constituent actuellement une fraction de notre production, les effets de contamination génétique risquent d'empêcher tout autre type d'agriculture. Si nous avions une politique d'État pour des produits sans OGM et sans pesticides, ça réglerait au niveau local la question de la certification et ça permettrait de réduire les coûts de façon significative.»
Cette politique d'État pourrait également être bénéfique au point de vue touristique et sur le plan de l'exportation de produits alimentaires. «Nous avons tout avantage à développer plus encore ce qui constitue notre image de marque au point de vue touristique. Nous sommes un peu la petite Europe d'Amérique du Nord avec nos fromages, nos vins, nos produits du terroir... Nous avons beaucoup de produits à valeur ajoutée et, au point de vue économique, nous avons tout intérêt à privilégier des cultures sans OGM ni pesticides.»
Pesticides et santé
Il y a des avantages économiques à faire la promotion des cultures sans OGM ni pesticides, certes, mais cela revient également à investir dans la santé humaine. Au cours de ses recherches, Mme Vandelac a constaté que les pesticides avaient des impacts néfastes sur la santé des êtres humains. «Ces produits ont manifestement des impacts sur la fertilité. L'établissement de la preuve hors de tout doute est difficile. Mais, chose certaine, on observe une baisse du nombre et de la qualité des spermatozoïdes d'environ 1 à 3 % chez les hommes d'Amérique du Nord. C'est extrêmement important. Ça risque de conduire à une augmentation des problèmes de fertilité au cours des prochaines décennies.»
Ces produits peuvent aussi avoir des impacts sur le cerveau et causer des retards d'apprentissage de la lecture chez les enfants qui peuvent aller jusqu'à deux ans. «Sur l'ensemble d'une population, ça peut-être très significatif», souligne-t-elle.
La chercheuse soutient qu'il est grand temps que les humains soient davantage conscients des effets négatifs de leur mode de vie sur l'environnement. Elle déplore que plusieurs individus oublient que la survie même de l'espèce humaine dépend de cet environnement. Mais selon elle, «on constate à l'heure actuelle que le modèle américain, qui est centré sur toujours plus, toujours plus gros, toujours plus de consommation, est remis en question. On sent bien que c'est la fin d'un cycle, et c'est très positif».
Le curriculum vitae de Louise Vandelac est impressionnant. Elle a effectué, entre autres, de nombreuses recherches abordant divers aspects de l'écologie. Elle s'est aussi penchée sur les impacts sur l'environnement de l'utilisation d'organismes génétiquement modifiés (OGM) en agriculture. Elle s'est également interrogée sur les conséquences sur la santé humaine des perturbateurs endocriniens et polluants organiques persistants.
En plus de ses nombreuses recherches universitaires, la professeure de sociologie de l'UQAM a participé à diverses commissions parlementaires et réalisé deux films: Clonage ou l'art de se faire doubler... et Main basse sur les gènes ou les aliments mutants.
Elle est aujourd'hui directrice du CINBIOSE (Centre de recherche interdisciplinaire sur la biologie, la santé, la société et l'environnement), un centre collaborateur de l'Organisation mondiale de la santé et de l'Organisation panaméricaine de la santé. Elle dirige aussi le groupe de recherche Technosciences du vivant et sociétés: santé, environnement, éthique et politiques publiques (CINBIOSE/ISE). En plus d'être professeure titulaire au département de sociologie de l'UQAM, elle est professeure libérée à l'Institut des sciences de l'environnement.
Voir large
La diversité de ses recherches et de ses responsabilités est représentative de la façon dont elle aborde les défis environnementaux de notre époque. «Il est primordial, dit-elle, de regarder les questions environnementales de façon beaucoup plus large et intégrée. Le coeur des enjeux environnementaux, c'est de préserver la capacité de l'ensemble des milieux de vie, des écosystèmes, de s'assurer que ceux-ci peuvent se régénérer. Il ne faut pas oublier que la vie humaine est dépendante de ces milieux».
Mme Vandelac estime qu'il est grand temps pour les Québécois et les Occidentaux de revoir leurs habitudes de vie afin de diminuer les pressions sur l'environnement. «Nous sommes présentement dans un modèle de croissance continue qui carbure à l'innovation et à la consommation. Il faut substituer ce modèle de croissance qui est sous-jacent à notre modèle économique et adopter un modèle de jouissance, de qualité de vie. Ce n'est pas d'avoir constamment plus, c'est d'avoir autrement. C'est d'avoir de façon plus conviviale, intégrée. Il faut aussi faire une remise en question de la priorité de l'économie sur toute autre espèce de considération. Les bases mêmes de l'économie, ce sont les ressources de la planète; or, il faut prendre conscience du fait qu'on ne peut plus avoir le même rythme de consommation.»
Malgré ce constat peu reluisant pour l'espèce humaine, Mme Vandelac observe une prise de conscience des citoyens et des Québécois concernant l'importance de protéger l'environnement. «Avec l'émergence d'un mouvement écocitoyen et l'implication d'artistes de renom dans la défense du patrimoine commun, cela a permis de démontrer que, ce qui était en jeu, c'était la protection du bien commun. Il y a de plus en plus une identification au sein de la population. Il y a aussi un mouvement très fort chez les jeunes qui est fascinant à observer.»
Coalition Eau Secours
Mme Vandelac est cofondatrice de la coalition Eau Secours, qui lutte pour une gestion responsable de l'eau et fait pression sur le gouvernement pour qu'il mette en place une véritable politique de l'eau au Québec. Cette coalition est représentative selon elle de l'émergence d'un mouvement citoyen au Québec pour la protection de l'environnement. «Eau Secours est un mouvement de convergence avec des personnes qui s'étaient jusqu'à présent peu manifestées sur les questions environnementales. On y retrouve des syndicats, des communautés religieuses, des artistes, des groupes de consommateurs, des comités de citoyens, etc.»
Elle explique que nous sommes au Québec «fiduciaires de la plus grande quantité d'eau douce par habitant sur la planète. Nous n'en sommes pas propriétaires, nous en sommes fiduciaires, ce qui fait toute la différence. Nous avons un rôle à jouer sur la scène internationale par rapport à cette richesse collective».
La coalition Eau Secours est intervenue rapidement dans le cadre des négociations de l'ALENA pour mettre en évidence les risques du Québec de perdre toute souveraineté sur l'eau. «Il y a présentement un moratoire au Québec contre toute exportation d'eau qui prendra fin en 2005 et qui doit absolument être reconduit. Il faut aussi obtenir une exclusion explicite de l'eau dans l'accord de l'ALENA. Nous ne pouvons pas jouer notre eau à la roulette russe. Il faut être extrêmement prudents.»
Eau Secours s'est également impliquée dans le projet Adoptez une rivière, qui tenait à s'assurer qu'il n'y aurait pas de barrages privés sur les rivières québécoises. D'après Mme Vandelac, le Québec à tout intérêt à se tourner vers l'énergie éolienne pour la production d'énergie plutôt que d'ériger des barrages privés sur les rivières ou de construire la centrale au gaz du Suroît. «Plusieurs informations nous permettent de constater que le Suroît ne pourrait pas garantir l'énergie supplémentaire dont nous prétendons avoir besoin. On dispose de cent fois plus de potentiel énergétique éolien que tout le potentiel hydroélectrique. Quand nous avons d'un côté une source d'énergie polluante qui équivaut à 600 000 voitures de plus en circulation et que, de l'autre, nous avons la possibilité de développer une source d'énergie moins polluante, il faut s'interroger sur nos valeurs en tant que société. La société Hydro-Québec doit rester très attentive au mouvement très large de la population. Une bonne partie de celle-ci est très sensible aux conséquences négatives de ses décisions.»
OGM et agriculture québécoise
La scientifique observe aussi une prise de conscience citoyenne en ce qui a trait à l'agriculture. «De plus en plus, les gens veulent savoir ce qu'ils mangent. Au moment où nous constatons l'importance économique de la biodiversité, est-ce que l'avenir que nous désirons collectivement, c'est celui d'un remodelage génétique généralisé de la planète?», s'interroge-t-elle.
Mme Vandelac soutient qu'il faut demeurer extrêmement prudents avec les organismes génétiquement modifiés. «Il faut éviter ce comportement qui associe la première génération de produits transgéniques au progrès et à l'avenir. On connaît mal les impacts des OGM sur la santé et l'environnement. On joue aux apprentis sorciers dans un système où il n'y a pas d'imputabilité pour les firmes qui sont les premières responsables.»
Elle souligne que le Québec a encore aujourd'hui la possibilité de développer son agriculture sans OGM et que ce serait tout à son avantage. «La demande qui augmente le plus actuellement chez les consommateurs, c'est celle pour les produits bio et de qualité. D'ici quelques années, si nous poursuivons au Québec avec les OGM, qui constituent actuellement une fraction de notre production, les effets de contamination génétique risquent d'empêcher tout autre type d'agriculture. Si nous avions une politique d'État pour des produits sans OGM et sans pesticides, ça réglerait au niveau local la question de la certification et ça permettrait de réduire les coûts de façon significative.»
Cette politique d'État pourrait également être bénéfique au point de vue touristique et sur le plan de l'exportation de produits alimentaires. «Nous avons tout avantage à développer plus encore ce qui constitue notre image de marque au point de vue touristique. Nous sommes un peu la petite Europe d'Amérique du Nord avec nos fromages, nos vins, nos produits du terroir... Nous avons beaucoup de produits à valeur ajoutée et, au point de vue économique, nous avons tout intérêt à privilégier des cultures sans OGM ni pesticides.»
Pesticides et santé
Il y a des avantages économiques à faire la promotion des cultures sans OGM ni pesticides, certes, mais cela revient également à investir dans la santé humaine. Au cours de ses recherches, Mme Vandelac a constaté que les pesticides avaient des impacts néfastes sur la santé des êtres humains. «Ces produits ont manifestement des impacts sur la fertilité. L'établissement de la preuve hors de tout doute est difficile. Mais, chose certaine, on observe une baisse du nombre et de la qualité des spermatozoïdes d'environ 1 à 3 % chez les hommes d'Amérique du Nord. C'est extrêmement important. Ça risque de conduire à une augmentation des problèmes de fertilité au cours des prochaines décennies.»
Ces produits peuvent aussi avoir des impacts sur le cerveau et causer des retards d'apprentissage de la lecture chez les enfants qui peuvent aller jusqu'à deux ans. «Sur l'ensemble d'une population, ça peut-être très significatif», souligne-t-elle.
La chercheuse soutient qu'il est grand temps que les humains soient davantage conscients des effets négatifs de leur mode de vie sur l'environnement. Elle déplore que plusieurs individus oublient que la survie même de l'espèce humaine dépend de cet environnement. Mais selon elle, «on constate à l'heure actuelle que le modèle américain, qui est centré sur toujours plus, toujours plus gros, toujours plus de consommation, est remis en question. On sent bien que c'est la fin d'un cycle, et c'est très positif».
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