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Renaissance d'une ville

La ville était scindée. Ce qui avait été son coeur, tant son quartier d'affaires que son lieu d'activités politiques et sociales, avait été délaissé. Elle qui jouissait de la présence d'un fleuve majestueux n'avait plus accès à quelque rive que ce soit. Pire, des bâtiments historiques, sur un continent où l'histoire ne garde trace que de quelques siècles, de tels bâtiments, donc, étaient à l'abandon, oubliés, voués au pic de tout démolisseur qui aurait pu y voir la source de quelque profit.

Cela n'est plus. Il a fallu une exposition universelle pour que les Montréalais redécouvrent leur fleuve. Ont suivi des gestes d'éclat pour qu'un quartier aux entrepôts et magasins vides se transforme en un lieu de résidences huppées, quand des quais délaissés par les navires ont été meublés par des centres d'exposition et qu'un canal a été en partie remis en usage. Mais il fallait plus encore.

La ville avait aussi été sacrifiée à l'automobile: une tranchée routière la traversait, barrière qui déterminait un nord et un sud que de simples passerelles franchissaient. Si les autoroutes unissent des points distants, dans leurs abords immédiats, elles créent des murs aussi sonores qu'ils semblent infranchissables. Pour redonner à Montréal sa trame originelle, une action énergique s'imposait, d'autant plus qu'un de ses quartiers les plus prestigieux, le «Vieux», à l'exemple des secteurs qui l'environnent (et de toute la ville, en fait), ressemblait toujours à une ville bombardée, gangrenée par des espaces vides devenus autant de terrains de stationnement.

Nouveau quartier

Aujourd'hui, les Montréalais peuvent avec fierté descendre la rue de Bleury, dévaler la pente du Beaver Hall ou accéder à leur ville par l'autoroute Bonaventure. D'est en ouest, la rue Saint-Antoine leur offre même des parcs où ils peuvent s'asseoir et, pour leur plus grand bonheur, une oeuvre majeure de leur patrimoine artistique est donnée à contempler: au-delà des discussions qui ont entouré le déplacement de La Joute de Jean-Paul Riopelle, l'espace qui aujourd'hui l'accueille est une pure réussite.

Et cette création d'une nouvelle place publique n'est pas le fait d'un geste isolé: il faut pénétrer dans les édifices qui la bordent, au Centre du commerce mondial déjà connu, au nouveau Palais des congrès et aussi à la Caisse de dépôt et placement, qu'il faut à tout prix découvrir. Et, à proximité, le square Victoria retrouve sa vocation de place publique. Et comme si ce n'était pas suffisant, le réaménagement de l'entrée Guimard du métro signale que le réseau piétonnier souterrain — une caractéristique de Montréal — s'est agrandi, reliant désormais une dizaine de stations de métro.

Ce nouveau secteur a un nom: le Quartier international de Montréal. En quatre ans, pour un déboursé faible compte tenu du fait que ce projet a été pensé pour durer un siècle — si l'on compare les 90 millions nécessaires à sa réalisation à ce que coûte le seul réaménagement du carrefour de l'Acadie et de l'autoroute Métropolitaine —, il a fallu imposer une nouvelle vision de l'urbanisme. Il ne fut plus question de simplement maquiller les édifices et les rues, mais de reconstruire de façon durable et de repenser en termes de beauté, tout en le rendant fonctionnel, le mobilier urbain qui accompagne le réseau routier et piétonnier. Les artisans d'une telle réussite, de Clément Demers à Réal Lestage en passant par le designer Michel Dallaire, peuvent dire: «Mission accomplie!» Toutefois, sans la présence d'un Scraire et d'un Rousseau à la présidence de la Caisse de dépôt et placement, rien de cela n'aurait été possible.

Métropole à nouveau

Mercredi dernier, l'Institut de design Montréal reconnaissait le remarquable travail accompli en remettant un prix à l'organisme promoteur du Quartier international. Un tel geste prend tout son sens dans un contexte où, depuis quelques années, Montréal renaît: il y a de nouveaux gratte-ciel, de nouveaux musées, de nouveaux bâtiments universitaires, même une école de cirque qui se distingue par l'audace de sa construction architecturale. Et il faut que cela se poursuive, que l'on profite même de l'actuel «boom» immobilier pour réinscrire la ville de Montréal en tant que métropole du continent nord-américain.

Fini — il est à souhaiter — le temps où le souci d'économies non rentables à moyen terme et le manque de vision urbanistique et architecturale déterminaient les divers projets de construction et d'aménagement. Les villes doivent être pensées pour durer. Elles doivent être aussi agréables à voir qu'à vivre. Le temporaire ne vaut que pour les festivals — et encore!

Et un jour, le plus près possible (il est permis de rêver), Montréal sera une capitale du design. Alors tous constateront qu'il en est beaucoup mieux ainsi.
 
 
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