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    Mort de Jean Lapierre: le pilote a pris trop de risques

    L’accident a coûté la vie à l’ex-ministre Jean Lapierre et à six autres personnes

    Natacha Van Themsche, du Bureau de la sécurité des transports du Canada, a expliqué mercredi que l’appareil Mitsubishi MU-2B pose des défis aux pilotes.
    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Natacha Van Themsche, du Bureau de la sécurité des transports du Canada, a expliqué mercredi que l’appareil Mitsubishi MU-2B pose des défis aux pilotes.

    L’avion avait une « trajectoire sinueuse » lors de l’approche vers la piste d’atterrissage. Il volait trop haut, trop vite, et finalement trop lentement. En moins de dix secondes, tout a basculé : l’appareil a plongé vers la droite et s’est écrasé dans un champ, entraînant dans la mort sept personnes, dont l’analyste politique Jean Lapierre et quatre membres de sa famille.

     

    Une série de manoeuvres du pilote a mené à cette tragédie survenue le 29 mars 2016 aux îles de la Madeleine, conclut le Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST).

     

    Le pilote a pris des risques et a tenté de faire atterrir l’appareil malgré une approche « non stabilisée », indique le BST dans son rapport publié mercredi.

     

    Ce type de difficulté à l’approche est relativement commun, déplore la présidente du BST, Kathy Fox. Elle estime que les pilotes doivent abandonner l’approche et faire reprendre de l’altitude à leur appareil dès que les conditions d’un atterrissage réussi ne sont pas réunies.

     

    « Nous avons vu un trop grand nombre de ces approches non stabilisées mener à des accidents tragiques », a dit la présidente du BST, mercredi à Montréal.

     

    Décisions funestes

     

    Le rapport ne mentionne aucune « erreur » de pilotage, mais ce sont néanmoins les décisions du pilote qui ont mené à l’accident, selon le BST.

     

    Le pilote, Pascal Gosselin, et un instructeur de vol assis à ses côtés, Fabrice Labourel, ont aussi péri dans l’accident. M. Labourel était venu donner un coup de main au pilote et apprendre comment manoeuvrer l’appareil — un bimoteur turbopropulsé Mitsubishi MU-2B — pour lequel il n’était pas qualifié.

     

    Pascal Gosselin comptait 2500 heures de vol, dont 125 heures à bord d’un avion MU-2B — et 100 heures sous la supervision d’un commandant de bord. Il n’avait piloté un MU-2B que 4 heures dans le dernier mois, et 20 heures dans les 90 derniers jours.

     

    « Il est peu probable que le pilote ait suffisamment mis en pratique ses compétences et procédures de vol pour assurer sa compétence à titre de commandant de bord d’un MU-2B en exploitation monopilote dans les conditions du vol à l’étude », indique le rapport du BST.

    Photo: David Noël La Presse canadienne Une série de manœuvres du pilote a mené à cette tragédie survenue le 29 mars 2016 aux îles de la Madeleine, conclut le Bureau de la sécurité des transports du Canada.
     

    Le pilote et son passager-pilote ont eu des « conversations non essentielles durant les étapes critiques du vol », ce qui a entraîné un « risque accru de distraction ». Pascal Gosselin informait constamment son passager des procédures de vol à un moment où il avait déjà une charge de travail élevée, note le BST.

     

    Lors de l’approche, le pilote a pris une série de décisions qui ont mené à l’écrasement de l’avion. Il a d’abord modifié son plan d’approche pour retarder l’amorce de la descente. L’avion s’est retrouvé trop haut et volait trop vite par rapport au plan de descente.

     

    « Le pilote a eu moins de temps à sa disposition pour terminer ses listes de vérification tout en surveillant la vitesse, l’altitude et le taux de descente, ce qui a ainsi augmenté sa charge de travail », note le BST.

     

    L’appareil a eu une « trajectoire sinueuse », puis a ralenti au point d’approcher la vitesse de décrochage. Le pilote a alors mis les gaz à pleine puissance, « à faible vitesse et à basse altitude, ce qui a déséquilibré l’appareil et provoqué un abrupt roulement à droite et la chute rapide de l’avion ».

     

    « Le pilote n’était probablement pas préparé pour ce déséquilibre causé par une application de puissance. Bien qu’il ait réussi à remettre les ailes à l’horizontale, l’aéronef volait trop bas pour qu’il puisse effectuer un rétablissement avant de percuter le relief », poursuit le rapport.

     

    Un défi pour les pilotes

     

    « Le MU-2B est un appareil de haute performance, qui présente des défis à piloter, spécialement à basse vitesse et en particulier lors d’applications soudaines de la puissance moteur », a dit Natacha Van Themsche, du BST.

     

    Ce modèle d’avion a été impliqué dans quatorze accidents, dont dix mortels, entre les années 2002 et 2005 aux États-Unis, note le BST. L’Administration fédérale de l’aviation américaine a décrété une formation obligatoire pour les pilotes du MU-2B — formation que Pascal Gosselin avait suivie.

     

    Depuis, trois autres accidents de MU-2B sont survenus en Amérique du Nord, dont celui ayant coûté la vie à Jean Lapierre et à quatre membres de sa famille.

     

    Le chroniqueur vedette et ex-ministre fédéral se rendait aux îles de la Madeleine pour assister aux funérailles de son père. Sa femme, Nicole Beaulieu, ainsi que ses frères Marc et Louis et sa soeur Martine ont péri dans l’accident.

     

    Boîte noire

     

    Le BST souligne qu’un enregistreur de vol artisanal, installé par le pilote même s’il n’y était pas obligé, a grandement aidé à l’enquête. Pascal Gosselin avait modifié un téléphone intelligent pour enregistrer les conversations de bord et les données de navigation.

     

    Le coroner Martin Clavet, qui a aussi enquêté sur cet accident, recommande de son côté l’installation d’un « système de détection d’angle d’attaque » pour aider les pilotes lors de « vols à basse vitesse ou de décrochage imminent, afin d’éviter la perte de contrôle de l’avion ». « Ces décès accidentels étaient évitables », conclut le coroner.













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