Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous
    Sur la route

    Déglacer les routes de façon plus responsable

    Une compagnie d’ici propose une solution de rechange au sel traditionnel, nocif pour l’environnement

    Sur les routes asphaltées, le chlorure de sodium perd ses propriétés déglaçantes à environ -15° Celsius en plus de s’accumuler dans les sols et les puits d’eau potable lors de la fonte des neiges.
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Sur les routes asphaltées, le chlorure de sodium perd ses propriétés déglaçantes à environ -15° Celsius en plus de s’accumuler dans les sols et les puits d’eau potable lors de la fonte des neiges.

    Conscientes de l’impact environnemental négatif des sels de voirie, utilisés pour déglacer les routes en hiver, des municipalités québécoises se tournent de plus en plus vers des méthodes de remplacement pour rendre les trottoirs et routes sécuritaires sans pour autant endommager la faune, la flore et le milieu aquatique.


    Après le jus de betterave, le sirop de maïs ou encore le sable, plusieurs municipalités québécoises répandront sur leurs routes cet hiver des copeaux de bois imbibés de chlorure de magnésium. Une solution de rechange au sel de déglaçage, considéré comme une « substance toxique » par la loi canadienne sur la protection de l’environnement.

     

    Le produit fabriqué depuis deux mois par la compagnie Technologies EMC3, installée à Joliette, s’inspire d’une initiative de la Suisse, qui utilise depuis huit ans déjà les copeaux de bois sur ses trottoirs, pistes cyclables et routes comme antidérapants.

     

    « C’est un produit 100 % biodégradable qui a un pH neutre donc avec moins de risque de polluer les cours d’eau. Et ce n’est pas comme si on pouvait manquer de copeaux de bois au Québec », assure le président de la compagnie, André Prévost.

     

    Cet hiver, le produit sera testé dans plusieurs villes à travers la province. Des commandes sont sur le point d’être livrées à Rosemère et à Lanoraie, près de Montréal, ou encore à Granby, en Montérégie. Des particuliers ont aussi passé commande, et M. Prévost compte bien approcher les quincailleries pour faire adopter son produit par un plus grand nombre de personnes.

     

    Cette technique sera également testée dans les prochaines semaines sur la piste cyclable du pont Jacques-Cartier, qui relie Montréal à sa rive sud. Fermée l’hiver, car jugée trop dangereuse pour les usagers, la piste fera l’objet d’un projet-pilote cette année pour mettre à l’épreuve différentes méthodes de déneigement et de déglaçage.

     

    « Actuellement, on a retenu au moins quatre produits à essayer, dont les tapis chauffants et les copeaux de bois, mais on a encore d’autres types de déglaçants sous forme liquide ou granulaire qui contiennent moins de chlorure de sodium qui sont à l’étude », explique Cathy Beauséjour, conseillère en communication pour la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les copeaux de bois permettraient de recouvrir jusqu’à quatre fois plus de surface que les sels de voirie et dureraient plus longtemps.
     

    Le chlorure de sodium que l’on retrouve dans le sel de déglaçage a tendance à endommager la structure d’acier du pont. Même sur les routes traditionnelles, on constate que le sel perd ses propriétés déglaçantes à environ -15° Celsius en plus de s’accumuler dans les sols et les puits d’eau potable lors de la fonte des neiges.

     

    « Le sel a un impact sévère sur la flore. On le voit rien qu’aux alentours des autoroutes, où la végétation n’est vraiment pas dans un bon état à cause des fondants ou des abrasifs appliqués sur les routes », fait remarquer Marc Olivier, chimiste spécialisé en environnement à l’Université de Sherbrooke.

     

    Contrairement au sel, les copeaux de bois n’atteignent pas la nappe phréatique et ils n’endommagent ni le béton ni l’acier des ponts, souligne André Prévost.

     

    D’une longueur de 5 à 20 millimètres, les petits morceaux de bois s’incrustent dans la neige et peuvent tenir pendant 6 jours, et jusqu’à une température de -30° Celsius, grâce au chlorure de magnésium dont ils sont imbibés, assure M. Prévost.

     

    En Suisse, une fois l’hiver passé, les copeaux de bois sont récupérés comme compost, utilisé pour chauffer les logements l’hiver suivant.

     

    S’il reconnaît que son produit s’avère plus cher que le sel, M. Prévost estime que, pour une même quantité vendue, les copeaux de bois permettront de recouvrir jusqu’à quatre fois plus de surface que les sels de voirie et dureront plus longtemps.

     

    « Sans oublier les économies que l’on pourrait faire en déneigeant moins les trottoirs, par exemple, puisque ça s’utilise sans problème sur la neige tassée, comme abrasif plutôt que comme fondant », précise M. Prévost.

     

    De son côté, Mélanie Deslongchamps, directrice de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL), se questionne quant à l’efficacité des copeaux de bois. « Comme les autres abrasifs tels que le gravier et les petites roches, ça se retrouve souvent sur les bords des routes [après le passage des voitures]. »

     

    L’organisme s’inquiète de plus en plus de l’impact des méthodes de déglaçage en vigueur dans la province. Dans la région de Québec, l’APEL a constaté des taux de salinité importants dans l’eau des lacs et des rivières, dont le lac Saint-Charles qui est la principale source d’eau potable des habitants de Québec. De plus, de nombreuses espèces aquatiques ne peuvent survivre dans de l’eau salée et sont donc menacées.

     

    En décembre dernier, l’organisme a donné pour la première fois une formation de sensibilisation à près d’une trentaine d’entrepreneurs dans le domaine du déneigement. « Mais ils font juste remplir leur mandat. C’est auprès des municipalités, des politiciens, des ministères qu’il faut directement agir », croit Mme Deslongchamps.

     

    Et les écoroutes ?

     

    À ses yeux, les méthodes de remplacement utilisées à travers la province n’ont « pas fait de miracle ». « La plupart des produits comportent un minimum de sel, le jus de betterave aussi en plus du sucre qui aura aussi un impact sur la qualité de l’eau », note Mme Deslongchamps.

     

    La solution repose plutôt sur un changement de comportement des citoyens. Elle donne pour exemple les écoroutes d’hiver, sur lesquelles sont essentiellement répandus des abrasifs plutôt que des fondants pouvant contenir du sel. Il en existe une quinzaine dans la province. Elles sont toutefois surtout situées en milieu rural où la vitesse est limitée à 90 km/h et moins, puisque ce type d’abrasif demande que les automobilistes adoptent une conduite considérablement plus lente. « Ça ne peut pas fonctionner sur les autoroutes », regrette Mme Deslongchamps.

     

    Le chimiste Marc Olivier se montre aussi favorable à ces « routes blanches ». « Au temps des calèches, on écrasait la neige au lieu de l’enlever. C’est quand on a décidé qu’on était une société moderne avec des voitures qui demandaient plus de place pour des stationnements qu’on a décidé de faire disparaître la neige et d’étaler du sel partout. »

    Beaucoup d’essais, peu de résultats Ces dernières années, la Ville de Montréal a testé plusieurs méthodes de déglaçage sur ses rues et ses trottoirs afin de trouver une solution de rechange plus écologique au sel de voirie. Du jus de betterave et du sirop de maïs mélangés à du sel ont par exemple déjà été essayés dans certains arrondissements de la métropole. Tout comme des fondants tels que le chlorure de magnésium, qui avait donné une teinte bleue aux rues, ou encore des sels pré-humidifiés qui adhèrent plus vite au sol. Selon la Ville, les résultats n’ont jamais été assez concluants pour abandonner le sel traditionnel et les gravillons. L’administration préfère ainsi travailler pour le moment à mieux gérer les dosages de sel ainsi que l’épandage sur les chaussées.

    Le déglaçage, en quelques chiffres

    Budgets associés à l’achat de fondants routiers en 2016-2017 :

    13 millions de dollars pour 152 000 tonnes de fondants

    0,6 million de dollars pour 35 000 tonnes d’abrasifs

    C’est environ 15 % de plus que pour un hiver moyen, alors que seulement 11 à 12 millions de dollars sont déboursés en fondants. La Ville de Montréal rappelle que l’hiver passé avait été marqué par plusieurs épisodes de températures plus douces suivis d’une chute du mercure. Cela avait favorisé le risque de verglas et nécessité une utilisation plus importante de fondants.

    Source : Ville de Montréal

     













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.