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    Idées

    Le futur des droits de la personne dépend de nous

    3 janvier 2018 | Béatrice Vaugrante et Alex Neve - Amnistie internationale | Actualités en société
    Les jeunes réfugiés syriens Jamil Haddad (à gauche) et Tony Batekh (au centre) s’amusaient en classe de français, à Montréal, en février 2016. L’an dernier, le Canada a réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens. Mais le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017.
    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les jeunes réfugiés syriens Jamil Haddad (à gauche) et Tony Batekh (au centre) s’amusaient en classe de français, à Montréal, en février 2016. L’an dernier, le Canada a réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens. Mais le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017.

    L'année 2017 s’est avérée particulièrement difficile en matière de respect des droits de la personne. Elle a été marquée, à travers le monde, par de violents remous et des divisions remplies de haine.

     

    La liste des pays dévastés par des conflits s’allonge de plus en plus. Des crises déjà bien ancrées se sont poursuivies en Syrie, en Irak et au Soudan du Sud. De vastes épisodes de nettoyage ethnique contre les Rohingyas ont éclaté au Myanmar, provoquant la destruction de centaines de villages, causant un nombre innombrable de morts et forçant l’exode de plus de 600 000 réfugiés vers le Bangladesh voisin.

     

    La crise au Yémen s’est aggravée, les pertes en vies humaines étant exacerbées par le blocus imposé par l’Arabie saoudite, ce qui a nui à l’aide humanitaire. Le peuple palestinien a franchi le cap des 50 ans de violations des droits de la personne sous l’occupation militaire israélienne. Et puis, cette anarchie qui a ravagé la Libye a finalement fait la une à la suite de rapports d’atroces violations, dont l’esclavage, perpétrées contre les réfugiés et les migrants.

     

    Les actions multilatérales efficaces sont freinées pour des motifs géopolitiques. Il n’existe aucun embargo de vente d’armes à la Syrie, au Soudan du Sud, au Yémen ou au Myanmar ; toutes tentatives en ce sens se trouvent bloquées par les menaces de veto de la part de la Russie et de la Chine.

     

    Diabolisation grandissante

     

    L’augmentation de la haine cette année s’est avérée particulièrement troublante. Bien que le racisme et le fanatisme ne soient d’aucune façon des phénomènes récents, il est terrifiant de constater à quel point la diabolisation est devenue partie intégrante de la politique en général. Les personnes visées — les réfugiés et les migrants, les minorités ethniques et religieuses, ainsi que la communauté LGBTQ — sont celles qui sont déjà les plus marginalisées de la société.

     

    Cela va bien au-delà de la Maison-Blanche de Donald Trump. La diffamation, qui est devenue la politique gouvernementale en Hongrie, en Russie, en Turquie et aux Philippines pour ne nommer que ces pays-là, refait surface lors de toutes les élections tenues en Europe de l’Ouest.

     

    Le Canada a contré ce mouvement en faisant la promotion du féminisme, de l’inclusion et de la diversité. Cette campagne aura besoin, au cours de l’année qui vient, d’une plus grande visibilité, de nouveaux alliés et de davantage d’initiatives concrètes.

     

    Il est devenu dangereux, partout dans le monde, de défendre l’universalité des droits de la personne. Sur une base régulière, les défenseurs des droits de l’homme se voient salis, attaqués, emprisonnés et tués. Ils ont plus que jamais besoin de l’aide du Canada, incluant ces défenseurs qui mettent en lumière l’impact des minières canadiennes sur leurs communautés.

     

    Au Canada

     

    Toute la rhétorique entourant l’adhésion à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones pourrait bientôt obtenir un soutien législatif avec l’appui du gouvernement au projet de loi C-262 présenté par le député Romeo Saganash. Mais les gestes contredisent les intentions d’engagement envers les principes de la Déclaration lorsque le gouvernement fédéral et celui de la Colombie-Britannique vont de l’avant avec le barrage hydroélectrique du Site C, en dépit de l’opposition des Premières Nations, ou lorsque le gouvernement Trudeau ne se conforme pas aux ordonnances du Tribunal canadien des droits de la personne de mettre fin à la discrimination envers les enfants des Premières Nations.

     

    L’enquête nationale tant attendue sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées est en cours, mais elle fait face à des problèmes internes et à la critique. Entre-temps, le gouvernement n’a pas mis en avant les mesures qui font déjà l’objet d’un large consensus, dont une augmentation du nombre de refuges dans les communautés isolées pour les femmes autochtones fuyant la violence.

     

    Un solide respect pour le droit des femmes est un exemple à donner, tout spécialement pour ce qui est de la nouvelle politique d’aide internationale féministe. Est également bienvenue la nouvelle stratégie fédérale en matière de violence en fonction du genre, qui a maintenant besoin d’un plan d’action national qui puisse rassembler tous les ordres de gouvernement afin d’éradiquer ce grave problème.

     

    L’an dernier, le Canada a été félicité pour avoir réinstallé plus de 45 000 réfugiés syriens et son gouvernement poursuit le travail pour défendre les droits des réfugiés à l’échelle mondiale. Par contre, le nombre de réinstallations a diminué de manière importante en 2017. De plus, le refus d’annuler l’entente sur les tiers pays sûrs conclue avec les États-Unis a forcé des réfugiés à fuir les politiques américaines de plus en plus hostiles et à traverser de manière irrégulière et dangereuse la plus longue frontière non défendue du monde afin de demander refuge au Canada.

     

    Sommet du G7

     

    Il y a d’autres inconsistances déconcertantes dans la position du Canada. Tout en contribuant, par exemple, à l’aide humanitaire au Yémen, le Canada poursuit la fourniture de 15 milliards de dollars de véhicules blindés légers à l’Arabie saoudite, ce pays qui est à la tête d’une coalition responsable de crimes de guerre dans le conflit au Yémen. Également, tout en se préparant à ratifier le traité de l’ONU sur le commerce des armes, le Canada met en application une législation prévoyant des exemptions pour le commerce d’armes avec les États-Unis ; ce commerce représente plus de la moitié des ventes d’armes du Canada.

     

    En 2018, le Canada accueillera le sommet du G7, s’activera dans sa campagne pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2020 et se préparera avec le reste du monde au 70e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ; cette année devra s’avérer plus lumineuse et être consacrée à la défense des droits de la personne, car il y a urgence à ce que les leaders politiques entendent enfin les courageux mouvements locaux de défense des droits de l’homme.

     

    Au Québec, comme au Canada, comme partout dans le monde, il appartient à chacun d’entre nous de défendre nos droits : en particulier, nous devons nous intéresser aux questions de racisme systémique envers les groupes racisés comme envers les autochtones ; à la question de l’accès à la justice pour toutes les femmes subissant des violences, en mettant notamment fin à l’impunité ; et à celle des droits économiques et sociaux – l’accès aux services publics en logement, santé, éducation, assistance sociale, etc.

     

    Le futur des droits de la personne dépend uniquement de ce que nous en ferons et de comment nous les défendrons.













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