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    Des réfugiés syriens dans l'attente d'un parrainage privé au Canada

    La réfugiée syrienne Sara Hlaibeih termine à nouveau l’année en Turquie, où elle attend depuis près de cinq ans l’approbation de sa demande de parrainage au Canada

    Nour Ismail, Hayan Hlaibeih et Sara Hlaibeih dans l’appartement d’Antalya, en Turquie. Ils ont fui la Syrie et attendent une réponse à la demande de parrainage privé déposée au Canada.
    Photo: Michel Huneault Nour Ismail, Hayan Hlaibeih et Sara Hlaibeih dans l’appartement d’Antalya, en Turquie. Ils ont fui la Syrie et attendent une réponse à la demande de parrainage privé déposée au Canada.

    « C’est comme si l’attente s’était réveillée », dit Sara Hlaibeih. Mais ce n’est pas l’espoir qu’elle sent ravivé pour l’instant, « c’est davantage comme si quelqu’un m’avait dit “ ne t’endors pas, tu attends encore ”».

     

    Elle a 28 ans, a fui la Syrie et vit en Turquie depuis bientôt cinq ans. Le cap de la nouvelle année se tournera à nouveau à Antalya, où elle partage un appartement avec son frère Hayan et avec Nour Ismail, sa belle-soeur et amie.

     

    Avec 2018, revient l’impatience de venir au Canada, grâce à un parrainage privé. La soeur de Sara et Hayan, Hala Hlaibeih est établie à Toronto depuis 2007. Son engagement de parrainage, déposé en décembre 2016, vient d’être approuvé.

     

    La prochaine étape sera donc d’être convoqués en entrevue à l’ambassade canadienne à Ankara, dans la capitale turque. Cette entrevue pourrait être imminente… ou pas.

     

    « Nous sommes encore dans l’incertitude pour les délais », avance Sara. Sa soeur Hala calcule que cette attente pourrait durer jusqu’à une autre année. Le ministère fédéral de l’Immigration indique quant à lui qu’encore 7 mois sont nécessaires pour que le bureau des visas d’Ankara traite cette demande.

     

    Avalés dans les statistiques

     

    Hala Hlaibeih avait redoublé d’efforts pour déposer cette demande de parrainage en décembre 2016, avant qu’Ottawa n’annonce un moratoire.

     

    Citoyenne canadienne occupant un poste de responsabilité chez Kijiji, elle avait déjà parrainé ses deux parents et son petit frère qui vit avec le syndrome de Down. Il était donc impossible de refaire rapidement une demande.

     

    Devant l’impossibilité de traiter les dossiers dans un délai raisonnable, le ministère fédéral de l’Immigration a imposé des limites dès janvier 2017 au dépôt de nouvelles demandes de réfugiés parrainés au privé.

     

    Québec, qui gère son propre plan d’immigration, lui avait emboîté le pas quelques semaines plus tard. On apprenait la semaine dernière que ce moratoire provincial est prolongé jusqu’en juin 2018.

     

    Ils sont 40 080 réfugiés syriens à être débarqués au Canada depuis l’arrivée des libéraux au pouvoir en novembre 2015. Plus de 14 000 d’entre eux ont été parrainés par le secteur privé, souvent par leur famille, à l’instar de la famille Hlaibeih.

     

    En Turquie, ce sont plutôt 3,3 millions de réfugiés syriens qui y sont enregistrés. Au total, le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies calcule que ce sont au moins 5,5 millions de personnes qui ont fui le pays.

     

    Sara Hlaibeih avait toujours voulu voyager. Mais au moment où elle avait le plus besoin de mobilité, elle a l’impression que le monde entier lui a tourné le dos. Le fils turc de leur propriétaire actuel est venu à Toronto l’été dernier pour parfaire son anglais. Les parents Hlaibeih l’ont reçu : « C’était terrible de penser qu’il mangeait la nourriture de ma mère, que c’était si facile pour lui. »

     

    Quelques membres de leur famille élargie ont déjà rejoint l’Europe, et elle a vu plusieurs amis partir clandestinement.

     

    Impossible de gagner

     

    Que s’est-il passé depuis notre visite, il y a plus de 14 mois ? « Rien, vraiment, rien. » Elle donne des cours d’anglais, et maintenant d’arabe.

     

    Octobre 2016, c’est plutôt l’engourdissement qui dominait Sara. En préparant un repas typique avec ses deux colocataires, elle commentait la couleur des murs, entièrement roses, renforçant l’impression « d’être dans les limbes ».

     

    Des limbes qu’elle n’osait plus secouer, de peur d’être à nouveau déçue. « J’évite simplement de lire les nouvelles et de penser à tout ce que je pourrais faire de ma vingtaine. Je ne peux pas dire à mes élèves et aux gens qui m’entourent “ je veux vraiment partir d’ici ”. On essaie tous de penser qu’on n’est pas “ pris ” ici. »

     

    Cinq ans ont pourtant passé depuis qu’elle a dû fuir Lattaquié. Elle n’avait aucune intention de quitter la Syrie quand la descente aux enfers s’est enclenchée, à partir de manifestations brutalement réprimées par le régime Assad en 2011.

     

    Quand des agents des services secrets ont saccagé l’appartement qu’elle partageait avec son amoureux et quelques amis, ils sont tous partis en quelques jours. Leur seul crime avait été de vouloir vivre différemment, c’est-à-dire ensemble sans être mariés, et de plusieurs confessions différentes. « On voulait se construire un espace pour rêver », dit Sara Hlaibeih. La police syrienne croyait y trouver des preuves d’une affiliation à un mouvement subversif.

     

    C’est aussi un étau qui se resserrait. Accusés d’un côté de ne pas soutenir le régime, même s’ils sont alaouites, tout comme Bachar al-Assad. Leur cousin a quant à lui été tué en 2012, pour la même raison : il était alaouite et enseignait à Deir al-Zour, une ville du nord-est de la Syrie tombée aux mains du groupe EI et repris tout récemment avec l’aide du pilonnage aérien russe.

     

    « La neutralité est la pire position dans une crise », résume la jeune femme. Elle en a fait le titre d’une conférence TedX à l’Université internationale d’Antalya.

     

    Nour, Hayan et Sara craignent maintenant que leurs voisins turcs leur tournent aussi le dos. Ils évitent de parler arabe dans les rues et au marché. Si la guerre était déclarée terminée, ils redoutent que les Syriens ne soient déportés rapidement.

     

    L’horizon s’est resserré depuis la tentative de coup d’État en Turquie en juillet 2016. Le pays « s’islamise », note-t-elle, rappelant qu’un de leurs amis syriens est mort dans l’attentat du club Reina à Istanbul, le 31 décembre dernier. « Ça devient une mauvaise idée de trop célébrer. »

     

    « J’ai l’impression de ne pouvoir rien changer activement. Je peux seulement me dire que les guerres finissent, que les gens vont oublier. Je ne suis pas négative, j’ai juste arrêté de m’en faire », réfléchit Sara à voix haute.

     

    Plus tard elle s’exclamera : « Nihiliste, c’est le mot que je cherchais ! »

     

    « Mon nom est Sara Hlaibeih. Je suis née à Lattaquié […] » Bientôt, les trois membres de la famille encore en Turquie reprendront leur histoire entre les murs de l’ambassade du Canada. Cette fois, Sara ne le fera pas pour enfouir ses souvenirs plus loin, mais en espérant pouvoir en écrire le prochain chapitre.

    Évacuations de la Ghouta occidentale Des évacuations de civils pour cause d’urgence humanitaire ont débuté mardi dernier à partir de la région de la Ghouta, au sud-est de Damas. Dernier fief de la rébellion aux portes de la capitale de Syrie, la privation de nourriture y est utilisée comme tactique de guerre, alertait l’ONU à la fin octobre. La Ghouta est assiégée par les troupes du régime Assad depuis 2013. En échange de ces évacuations, les insurgés ont accepté la libération de détenus du régime, selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. Vendredi, des dizaines de djihadistes et de combattants rebelles ont aussi quitté la région en direction des provinces d’Idleb et de Deraa.












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