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    Les mots de l'année (6/6): «Fake news», les vraies fausses nouvelles

    La locution «fake news» a commencé à circuler à la télé américaine dans les années 1990 pour désigner les nouvelles douteuses, souvent sensationnelles, déguisées en infos d’intérêt.
    Image: Le Devoir La locution «fake news» a commencé à circuler à la télé américaine dans les années 1990 pour désigner les nouvelles douteuses, souvent sensationnelles, déguisées en infos d’intérêt.

    Freud aurait dit que, parfois, un cigare n’est rien d’autre qu’un cigare. Sous-entendu que parfois un cigare n’est pas le symbole d’un pénis, alors que lui, le géniteur de la psychanalyse, en voyait partout. De même, parfois, une fausse nouvelle n’est rien d’autre qu’une fausse nouvelle.

     

    Le journalisme, selon une autre célèbre formule, une fois décanté au pur jus, se résume à une discipline de vérification. Le non-respect de la règle de base fait diffuser de l’à-peu-près ou du n’importe quoi.

     

    Les petites erreurs abondent dans les médias, sur les noms, les dates, les statistiques par exemple. Les grandes erreurs, les vraies de vraies fausses nouvelles, semblent plutôt rares, mais elles existent.

     

    TVA a diffusé ce mois-ci des infos mal vérifiées et de toute manière infondées concernant un chantier près d’une mosquée du quartier Côte-des-Neiges à Montréal. Le premier ministre Couillard a lui-même dénoncé un « reportage sans fondements ».

     

    Il y a donc de ces vraies fausses nouvelles.

     

    Et puis il y a les fake news, autre mot de cette série sur le vocabulaire marquant de 2017. Le dictionnaire Collins a désigné l’expression apocryphe comme concentré de l’année, après avoir choisi post-vérité en 2016. Ce recueil a de la suite dans les idées linguistiques.

     

    La vérité si je mens

     

    La locution fake news a commencé à circuler à la télé américaine dans les années 1990 pour désigner les nouvelles douteuses, souvent sensationnelles, déguisées en infos d’intérêt. Le candidat républicain puis le président Donald Trump, lui-même ex-animateur de téléréalité, a intégré la formule accusatrice à sa rhétorique anti-médias traditionnels en plus de s’en attribuer la paternité, ce qui est en soi une fausseté. En 2016, l’utilisation du terme a bondi de 365 % dans les marqueurs de Collins.

     

    Dans le monde de Donald Trump, une fake news c’est de la désinformation ou de l’info volontairement truquée par les journalistes pour lui nuire ou nuire à son mouvement politique. Il suffit d’un grain de jugement pour plutôt constater que, dans la très grande majorité des cas, M. Trump dénonce en fait des infos qui ne lui plaisent pas mais qui demeurent néanmoins fondées.

     

    Les quelques fausses nouvelles produites et diffusées par les médias sérieux sont vite retirées après des excuses. Un cas d’espèce s’est présenté quand un journaliste du Washington Post a publié sur son compte Twitter une photo d’une salle peu remplie avant que le président y prononce un discours à guichets fermés. Il a lui-même et très vite corrigé l’erreur tout en s’excusant.

     

    Le problème s’embrouille quand on se rappelle que Donald Trump est un champion faussaire de l’info. Le nouveau président a épuisé des bataillons de vérificateurs de faits. En date du 15 novembre, celui du Washington Post avait déjà identifié 1628 allégations présidentielles fausses ou trompeuses, pour une moyenne de 6 par jour.

     

    Le mensonge planifié

     

    Mais les fake news, ce sont aussi les fausses nouvelles créées sciemment pour nuire dans le cadre des luttes politico-idéologiques. La grande dématérialisation en relaie constamment. Breitbart News de l’ex-éminence grise trumpienne Stephen Bannon en fait presque une spécialité.

     

    Les médias sociaux ont été accusés de servir de caisses de résonance à ces mensonges désinformant qui minent le débat public et nuisent à la démocratie. Pointé du doigt, Facebook, qui a servi à relayer la désinformation russe anti-Clinton pendant la dernière campagne présidentielle, a testé des solutions.

     

    L’une d’elles marque d’un drapeau rouge les informations douteuses. L’icône d’alerte s’est révélée inefficace et même contre-productive. Facebook songe maintenant à proposer des liens vers des sites correctifs.

     

    Et puis, y a-t-il pire aveugle que celui qui refuse de voir la vérité et les mensonges en face ? Le chroniqueur du National Post Rex Murphy, toujours aussi mordant, rappelait la semaine dernière que le grand producteur de fake news a été installé à la Maison-Blanche en partie parce que les médias traditionnels n’ont pas compris sa révolution en marche.

     

    Par exemple en propageant ad nauseam la fausseté que la candidate Hillary Clinton allait l’emporter. Le jour du vote, The New York Times l’assurait de la victoire à 94 %. La vraie de vraie réalité a mis quelques heures à la rattraper, elle, les États-Unis et le monde…













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